Les coupes, ça fait mal

« Un gel ? Ce n’est pas vrai »
(Photo AFP)

Par les voix du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, et de la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, le gouvernement a démenti ce matin son intention de geler les salaires et les primes des fonctionnaires pour économiser quelque 1,2 milliard d’euros dans le cadre du programme de réduction de la dépense publique (50 milliards en trois ans). L’information avait pourtant été révélée par Bruno Le Roux, chef des députés socialistes à l’Assemblée.

PERSONNE N’EST DUPE. Le démenti du Premier ministre n’est valable que pour le moment. Il veut choisir la date de son inévitable affrontement avec les syndicats sur les coupes budgétaires qu’il est forcé de réaliser. Un gel des revenus des fonctionnaires serait relativement injuste, car leurs salaires de base n’ont pas été augmentés depuis 2010. Mais la désindexation des pensions, notamment pour les cadres, n’est pas moins injuste : un mot qui perd de sa signification quand les priorités sont établies. Nous ne pouvons pas continuer à nous endetter pour nourrir l’hypertrophie de l’État. Le gouvernement a fait le choix, malheureux selon moi, de renoncer au non remplacement d’un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite. Le seul instrument qui lui reste pour amoindrir le coût démesuré de la fonction publique, c’est de geler les salaires, primes, bonus et avancements.

Un complot ?

Les syndicats voient dans le ballon sonde lancé par Bruno Le Roux le signe avant-coureur d’un complot destiné à juguler non seulement les dépenses de l’État, mais les prestations sociales. Ils n’ont pas tort. L’action du gouvernement est jugée négativement par tous les observatoires de la vie macro-économique, y compris la Cour des comptes qui, dans son rapport annuel publié au début de la semaine, a dénoncé de nombreuses dépenses indues mais a surtout estimé que le déficit budgétaire de 2013 serait supérieur à 3,6 % du PIB. Or c’était la limite que le gouvernement s’était engagé à ne pas dépasser. Les hausses massives d’impôt ont en effet diminué la consommation et donc les recettes de la TVA. Manque à gagner : quelque sept milliards.

 Un coût politique.

Inutile de dire que, dans ces conditions, le pouvoir doit réaliser cette année un parcours encore plus difficile que celui auquel il s’attendait. On a du mal à croire que le petit jeu des déclarations contradictoires engage une réforme solide de maîtrise des dépenses. D’autant que M. Ayrault n’hésite pas à affirmer que ce que prétend M. Le Roux « n’est pas vrai ». Ce qui n’est pas vrai aujourd’hui le sera sûrement demain et l’hypocrisie ou la défausse ne sont pas les meilleurs instruments du changement. Le pouvoir gagnerait à expliquer à ses administrés qu’ils ont à peine commencé à faire des sacrifices, que le niveau des impôts a atteint la cote d’alerte et qu’il lui faut donc viser à l’équilibre budgétaire par la diminution des dépenses. Il lui en coûtera politiquement, d’autant que la gauche du PS se mobilise contre les décisions de M. Ayrault, mais il ne peut s’en prendre qu’à lui-même : ces décisions ardues, il aurait dû les adopter dès juin 2012.  Un « mix » hausse des impôts modérée-réduction immédiate des dépenses aurait eu un effet moins négatif sur la consommation.

L’autre solution, pour la fonction publique, consistait à diminuer les effectifs pour ne pas réduire le pouvoir d’achat. C’est ce que Nicolas Sarkozy avait commencé à faire. Le président Hollande a rayé cette réforme d’un trait de plume. Il a ainsi donné aux fonctionnaires le sentiment qu’ils pouvaient être de plus en plus nombreux tout en obtenant des augmentations. Ils vont tomber de haut.

RICHARD LISCIA

 

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