Sarkozy encerclé

Cerné de toutes parts
(Photo AFP)

Nicolas Sarkozy était écouté par la police alors qu’il s’entretenait au téléphone avec son avocat, Thierry Herzog. Dans l’une de ses conversations, qui a été révélée vendredi dernier par « le Monde », il était question des complaisances éventuelles d’un juge, Gilbert Azibert, susceptible d’aider M. Sarkozy à en savoir plus sur l’évolution de la demande qu’il a adressée à la justice pour la récupération de ses carnets présidentiels, saisis dans le cadre de l’affaire Bettencourt.

M. SARKOZY était écouté dans le cadre de l’affaire Kadhafi : il est soupçonné d’avoir obtenu des fonds libyens (quelque 50 millions de dollars) pour sa campagne électorale de 2007. Ce nouveau scandale des écoutes, après les révélations sur les relations entre l’UMP et une entreprise de communication qui aurait surfacturé ses prestations, et sur les enregistrements par Patrick Buisson des conversations de l’ancien président de la République, démoralise l’UMP à la veille des élections municipales. Il risque surtout de détourner l’électorat de droite de l’UMP, soit par le report des suffrages vers le Front national, soit par l’abstention.

Sarkozy déstabilisé.

Il porte un coup sévère à la stratégie de Nicolas Sarkozy, qui entend bien être candidat à un mandat présidentiel en 2017. Les bénéficiaires immédiats des trois affaires qui ont éclaté la semaine dernière sont ceux qui, comme François Fillon et Alain Juppé, ne détesteraient pas que soient écartés de la course M. Copé et M. Sarkozy. On saura, dans les semaines qui viennent, si les propos qu’ont échangés M. Sarkozy et Me Herzog représentent le « scandale d’État » dénoncé par quelques ténors socialistes. Entretemps, on ne peut pas ne pas s’étonner de la succession d’affaires judiciaires dont le timing est tout à fait étrange. Bien entendu, la gauche, déchaînée une fois encore contre Sarkozy, son obsession, met en garde les commentateurs contre la « théorie du complot », ce qui lui évite de discuter sur la base de l’argument le plus simple : à qui profite le crime ?

Pour autant, rien ne nous oblige à croire que la destruction de Sarkozy est organisée dans une officine de l’Élysée, même s’il devient de plus en plus évident que François Hollande ne redoute, au sujet de la campagne présidentielle de 2017,  que son prédécesseur.  Il n’est pas question d’imaginer des faits improbables pour étayer une théorie. En revanche, il suffit d’observer les événements pour reconnaître que la justice s’est livrée contre Sarkozy à un harcèlement incroyable. Contrainte de prononcer un non-lieu dans l’affaire Bettencourt, elle n’en garde pas moins les carnets présidentiels, de sorte que M. Sarkozy est obligé de les réclamer jusque devant la Cour de cassation ; saisie d’une plainte sur le financement par Kadhafi de la campagne électorale de Sarkozy en 2007, elle prend des dispositions exceptionnelles, comme si elle avait affaire à un roi mexicain de la drogue. Elle va, en effet, jusqu’à écouter les conversations d’un citoyen avec son avocat.

C’est légal, affirme le droit, dans certaines situations où la gravité de l’affaire rend indispensable le recours à cette mesure. Mais la justice va plus loin : elle perquisitionne le bureau et le domicile de Me Herzog, et même l’appartement de son fils, et elle emporte tout, ordinateurs, documents, téléphones. Enfin, comme, pour le moment, elle semble n’ avoir rien trouvé au sujet des fonds de Kadhafi, quelqu’un, mais qui ? livre au public le contenu des conversations que la justice a fait écouter ; et M. Sarkozy est épinglé au sujet d’une histoire qui n’a rien à voir avec les raisons pour lesquelles il était écouté.

Un administré comme les autres.

Les pires détracteurs de M. Sarkozy, s’ils sont objectifs, se diront peut-être que, plus on cherche noise à quelqu’un, plus on a de chances de trouver. Que, à force de fouiller dans sa vie privée, on finira par le détruire moralement. Qu’il n’est pas normal d’ignorer la confidentialité des relations entre un avocat et son client. Qu’il est curieux que le nouveau procureur financier voulu par le gouvernement pour combattre la corruption façon Cahuzac n’ait eu d’autre réflexe que d’aller fouiller dans la vie de M. Sarkozy. Que, justement parce qu’il est un administré comme les autres, M. Sarkozy ne mérite pas de subir un traitement qui n’est jamais réservé à aucun autre. Que la double violation du secret professionnel et du secret de l’instruction est intolérable, mais pratiquée.

La question n’est pas de savoir qui sera le candidat de la droite à l’élection présidentielle de 2017. Elle est de savoir si la haine contre Sarkozy a favorisé la mise en place d’une machine judiciaire dont le moteur est moins le droit que la passion.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Sarkozy encerclé

  1. A3ro dit :

    Une chronique qui récapitule bien toute l’affaire. J’ai peur que Sarkozy ne puisse s’en prendre qu’à lui même, malheureusement. A cause de son côté rentre dedans et m’a tu vu, il s’est mis à dos beaucoup trop de gens, dont des magistrats, qui font du coup du zèle pour le faire tomber. Le problème, c’est qu’il a probablement tendance à ne pas respecter les lois à la lettre pour mener ses affaires, sans être pour autant un truand fini ; à cet égard, Copé doit être un peu pareil, d’ailleurs. A priori, la justice devrait suivre son cours et départager tout cela, surtout avec l’attention des médias pour éviter les abus.

    Il n’empêche que sa personnalité et sa tendance à prendre des raccourcis peuvent être utile dans un gouvernement, comme il l’a montré à l’Intérieur, mais qu’il ne peut pas faire un président efficace à une époque ou les réformes à faire sont aussi importantes qu’impopulaires. Je garde espoir que Fillon et Juppé arriveront à tirer leur épingle du jeu.

  2. Edrei Yves dit :

    Nous savions que certains de nos dirigeants pouvaient être corrompus,nous savions que certaines écoutes étaient illégales,mais à présent allons nous vers une dérive stalinienne de l’État ?
    Cette impression anxiogène est fort déstabilisante !

    • LECRU JEAN dit :

      Oui mais nous n’y allons pas, nous y sommes ; de plus, la collusion entre les médias à la botte du pouvoir est patente (« le Monde et le Canard enchaîné (que bien nomme). Et on s’offusque que la NSA écoutait Angela Merkel ; mais ce n’est pas Staline qui inspire les dirigeants socialistes, c’est plutôt feu Bokassa et autre dictateurs au petit pied qui nous font bien rigoler tant il y a de contradiction entre leurs actes et leur leçon de morale.

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