Sacrifier les retraités

La retraite n’est plus ce qu’elle était
(Photo S. Toubon)

La CGT lance un cri d’alarme : les retraites ne seront pas revalorisées en avril, ni plus tard. Le gouvernement, selon le syndicat, n’aurait pas d’autre choix que de les geler. Déjà, les retraites complémentaires sont « désindexées », c’est-à-dire que leur revalorisation est inférieure à l’inflation. Bref, le pouvoir d’achat des retraités est menacé.

LE GOUVERNEMENT fait dans l’urgence ce qu’il n’ose pas faire dans ses réformes. Le gel des retraites, imposé par le niveau des déficits, résulte du refus des pouvoirs publics de prolonger les carrières. L’augmentation du nombre de trimestres cotisés est pénible dans la mesure où elle force à travailler des salariés vieillissant. Elle est dictée, toutefois, par une espérance de vie prolongée et par une bonne qualité de vie chez les plus de soixante-cinq ans. Enfin, elle n’a aucune incidence sur le pouvoir d’achat, sinon qu’elle l’améliore, puisqu’il est entendu qu’un salaire est toujours supérieur à la pension qu’il procure.

Économies introuvables.

En outre, si le Premier ministre en arrive à geler les retraites, c’est bien parce qu’il rencontre des difficultés apparemment insurmontables dans sa recherche d’économies budgétaires. Il est cerné de toutes parts : d’un côté, la commission de Bruxelles affirme qu’il ne tiendra pas ses engagements en matière de rééquilibrage du budget (déficit de 2,8% en 2015), de l’autre les membres du gouvernement sont tous très réticents face à l’effort d’économie. Il suffit, pour s’en convaincre d’observer ce qui se passe avec l’écotaxe. À la suite de la révolte bretonne, l’écotaxe a été reportée sine die, c’est-à-dire, en réalité, que le gouvernement l’abandonne. Mais il avait été prévu de consacrer son produit à des projets des collectivités locales. Lesquelles s’aperçoivent aujourd’hui que l’abandon de la taxe va supprimer quelque six mille emplois.

C’est un raisonnement diamétralement opposé à celui qu’il faut tenir : les projets publics créent certes des emplois mais reposent sur l’impôt. Plus il augmente, plus il limite la capacité du secteur privé à investir. La pression fiscale actuelle est assez élevée pour limiter le pouvoir d’achat, donc la consommation, donc les taxes sur la consommation. Geler les retraites, c’est diminuer la dépense publique dans un premier temps, mais, dans un second temps, c’est aussi réduire la recette fiscale. Il s’agit donc d’un cercle vicieux que le gouvernement ne peut éviter qu’en réduisant ses dépenses. Il se consacre avec une ardeur soutenue au pacte de responsabilité, ce qui est méritoire, mais il doit avancer sur tous les fronts à la fois et la question des déficits et de la dette nationale demeure très préoccupante.

S’attaquer à l’obésité de l’État.

La France, en effet, n’est pas considérée par Bruxelles, comme le pays européen qui se porte le mieux. Le leadership dont elle bénéficie avec l’Allemagne la contraint à obtenir  dans l’effort pour un retour aux équilibres fondamentaux, des résultats plus concrets et plus rapides que ceux de l’Espagne ou de l’Italie. Au moment où tout le monde, non sans un optimisme quelque peu excessif, croit percevoir une reprise de la croissance, notre pays doit évoluer vers une diminution tangible de ses déficits publics. Les échéances électorales, la crise politico-morale, la révolution ukrainienne ont relégué des problèmes nationaux qui, pour le pouvoir, représentent néanmoins le test numéro un. Certes, rien n’assure les Français qu’une forte contraction de la dépense suffise à les sortir de l’ornière. Mais la logique économique qui, aujourd’hui, semble la plus raisonnable, consiste à protéger le pouvoir d’achat afin de ne rien faire qui freine la croissance et à s’attaquer à l’obésité de l’État.

RICHARD LISCIA

 

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 Responses to Sacrifier les retraités

  1. lamarche- arène dit :

    Peut-être qu’il faut protéger le pouvoir d’achat, mais les retraités d’aujourd’hui sont ceux qui, hier, en 1995, ont rejeté de façon égoïste et massive les réformes qui étaient nécessaires et qui auraient pu adoucir les méthodes dures prises dans l’urgence.
    Que leur pouvoir d’achat soit diminué aujourd’hui me semble normal, leur attitude passée, négligeant totalement la charge incroyable laissée aux générations futures, en est la cause.

    • A3ro dit :

      Pas faux. Mais à vue de nez, ils doivent peser facilement 20 % de l’électorat, et rien ne les affecte plus qu’une baisse des retraites. Cela m’étonnerait franchement qu’un gouvernement s’y risque.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.