Inénarrable Ségolène

Garde à vous !
(Photo S. Toubon)

L’actualité est assez dense pour que l’on ne s’arrête pas aux toutes dernières incartades de Ségolène Royal. Je vois pourtant matière à réflexion dans son comportement de nouveau ministre. Selon « le Point », elle vient d’imposer au personnel de son vaste ministère de l’Écologie des contraintes tout à la fois puisées dans sa vanité, inapplicables et complètement anachroniques. Si l’histoire est vraie, elle mérite d’être racontée.

SELON l’hebdomadaire, Ségolène Royal exigerait que, lorsqu’elle donne un déjeuner, ses subalternes fassent silence dans les couloirs pour ne pas déranger les conversations d’État qu’elle pourrait avoir dans sa salle à manger ; elle souhaite que l’on se lève quand elle apparaît dans sa toute puissance ministérielle et à cette fin, elle se ferait précéder d’un huissier ; et elle interdirait même aux dames de porter des décolletés. Dans un tweet, elle a démenti l’affaire des décolletés, comme si le reste était vrai. Son attitude, dans ce cas, est déplorable.

Attitudes aristocratiques.

En effet, elle ne semble pas avoir compris qu’on ne tire pas son autorité des gestes révérencieux de son entourage mais de la simplicité et de la force de la pensée qu’on exprime. Je veux bien qu’elle ait découvert je ne sais quel laxisme dans un personnel peu sensible aux différences hiérarchiques, mais après tout elle est issue du parti socialiste et ne saurait se désavouer en adoptant des attitudes aristocratiques, d’autant qu’elle prononce le mot républicain plus souvent qu’à son  tour.

Je soupçonne Mme Royal de croire qu’elle a un destin à part dans l’aréopage socialiste. Elle ne serait pas une femme politique comme les autres mais une ancienne candidate à la présidence de la République, un peu comme si d’avoir simplement brigué ce mandat suprême lui conférait un pouvoir supplémentaire, bien que, en définitive, elle ne l’ait pas obtenu. Ou bien alors croit-elle que d’avoir été pendant tant d’années la compagne du président et d’avoir eu quatre enfants de cette union lui apporte une aura indélébile. Cela, hélas, résumerait sa fonction à des faits d’une nature privée dont chacun a pu mesurer la fragilité. Aux primaires de 2012, elle a souffert de sa défaite jusqu’à en verser des larmes, justement parce que ce qu’elle avait accompli jusqu’alors ne lui avait été d’aucune utilité. Elle aurait dû, dès lors, en concevoir un peu d’humilité.

Au service du peuple.

Je n’ai rien contre Mme Royal. Elle a souvent exprimé des idées utiles et les a parfois appliquées. Elle a gagné en un tournemain les primaires pour 2007. Elle est célèbre. Mais on aurait pensé qu’une si belle intelligence pouvait dominer et même refouler son narcissime. On s’aperçoit en réalité qu’elle voit dans son entrée au gouvernement, aussitôt après l’effacement de sa rivale, Valérie Trierweiler (celle-là même qui l’a empêchée, avec les électeurs, d’être élue député et d’accéder à la présidence de l’Assemblée nationale), la preuve indiscutable de sa supériorité, peut-être par rapport à d’autres ministres. Mais ce n’est pas pour son propre contentement qu’elle a été affectée à l’Écologie. C’est, si j’ose dire, pour écologiser. Pour servir un peuple assez accablé par la crise, assez découragé, assez malheureux pour qu’il trouve chez ses élus et son gouvernement de la compassion, de l’aide, du soutien. Toutes choses, d’ailleurs, dont Ségolène Royal est parfaitement capable, comme elle l’a montré en de nombreuses occasions, mais qu’elle semble oublier dans l’exaltation que lui procure son triomphe personnel.

Lequel n’est, rappelons-le lui, qu’éphémère, comme sa propre expérience l’a démontré. Il n’y a pas de grandeur particulière à avoir obtenu un poste parce qu’on l’a réclamé avec insistance, sans doute en excipant non seulement de sa compétence mais aussi des liens que l’on a avec le président. On peut en outre prendre sa revanche sans empoisonner l’existence des autres. La tâche d’un ministre est si difficile et sa contribution au bien-être collectif si légère qu’il a intérêt non pas à revendiquer sa supériorité mais à se mettre au niveau le moins élevé, celui du service à rendre à ses semblables.

RICHARD LISCIA

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7 Responses to Inénarrable Ségolène

  1. Lanfranchi André dit :

    « Vanitude »

  2. Jeanjean dit :

    Ségolène Royal pourrait aussi se rêver en recours pour la présidentielle de 2017. Pour y parvenir, elle dispose d’un ministère d’affichage assez intéressant qui lui permet de s’exprimer très fréquemment pour faire des propositions audacieuses et des incantations. La responsabilité de suivre ou pas ses préconisations incombant alors au président de la République et au Premier ministre. Ce qui aura pour avantage de la faire monter dans les sondages et aux deux autres de marcher sur des œufs en permanence, craignant sa liberté d’expression et sa relation avec les Français. En effet, même si la transition énergétique n’est pas sa priorité, l’opinion publique y est sensible.
    Ségolène Royal croit probablement tenir sa revanche sur le passé. Reste à savoir si elle saura faire preuve de la solidité nécessaire face à un ténor de la manipulation même si le fait d’avoir fait appel à son ex-compagne et rivale est un aveu de faiblesse. Que le spectacle commence ! L’intérêt du pays dans tout cela ? On le cherche !

  3. Herodote dit :

    Le « Figaro » d’hier nous informe que le singe macaque est susceptible d’opérer une addition élémentaire. Les commentaires des lecteurs se partagent en deux groupes : celui de ceux qui voient les macaques entrer à l’ E.N.A. et celui qui assure les y voir déjà. Quoi qu’il en soit il manquait à ce gouvernement un bel oiseau dont « le ramage se rapporte au plumage ». C’est fait.

  4. Chambouleyron dit :

    Vanitude est fort plaisant. Oui il faut parler de Me Royale qui me parait avoir une fameuse résilience.

  5. Jean GERNEZ dit :

    La tâche d’un ministre … à se mettre au niveau le moins élevé, celui du service à rendre à ses semblables.
    Vous avez raison, car éthymologiquemet, « ministère » vient du mot « service ». Ce que tout le monde semble avoir oublié, les premiers concernés en tête.

    • Dr Ivana Fulli dit :

      Que voulez-vous, nous vivons dans une de ces républiques corrompues d’Europe du Sud où l’espèce des électeurs-pigeons prolifère en proportion de celle des électeurs qui ne prennent pas la peine de voter parce qu’ils se résignent face à l’existence d’une caste de politiciens corrompus. Tous ne sont pas corrompus mais tolèrent volontiers les corrompus et usant avec naturel de privilèges qu’il est dangereux pour un politicien de s’attribuer dans les républiques d’Europe du Nord.

  6. Il est certain que Madame Royal a gagné contre Monsieur DSK. Faut-il s’en plaindre ?

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