Une majorité de rechange ?

Laissons-lui une chance
(Photo AFP)

La crise économique entraîne des situations politiques inédites : par exemple, des députés socialistes menacent de voter contre le plan d’économies du gouvernement alors que l’UDI (centristes) envisage de voter pour. Le président de la République et le Premier ministre se livrent aujourd’hui à un énorme effort de persuasion en direction du PS  avant le vote qui aura lieu demain à l’Assemblée.

MANUEL VALLS espère convaincre sa majorité. Il n’y parviendra qu’au prix de lourdes concessions. Il s’apprête en effet à « dégeler » les petites retraites (1 200 euros par mois ou moins), à augmenter le RSA (en septembre) et « à prendre une mesure de soutien au pouvoir d’achat des ménages les plus modestes, effective dès cette année ». Il prévoit enfin une clause de revoyure pour le gel du point d’indice des fonctionnaires. Il faudra qu’il dise où il va trouver l’argent, par quelle réduction d’une autre dépense publique il va compenser les sommes qui feront défaut à son plan de 50 milliards. Le psychodrame que joue la gauche sur les tréteaux nationaux a surtout pour effet de distraire l’opinion des enjeux réels du plan d’économies du gouvernement. Il s’agit d’un tournant historique dans la gestion du pays, d’un effort sans précédent pour taxer moins et dépenser moins, de la mise en place d’une politique économique innovante. Ce choix ne signifie pas que la France va recevoir une récompense immédiate, et il implique des sacrifices. Mais, après l’échec des autres tentatives de redressement et l’aggravation simultanée des comptes et du chômage, toute hésitation serait criminelle.

La responsabilité des élus.

Le trouble idéologique que provoque la politique de l’offre, proposée par un gouvernement socialiste, contestée par la gauche, approuvée par le centre, et combattue seulement pour le principe par la droite, suffit à montrer que la représentation nationale a dans son ensemble une énorme responsabilité. Le jeu politique ne doit plus consister en une bataille frontale entre droite et gauche ;  chacun de ces deux gros ensembles englobe des courants disparates qui se battent au sein de leurs formations politiques et sont sommés par la conjoncture d’avoir enfin le courage de leurs idées. Je ne vois pas pourquoi des élus de droite de bonne volonté n’auraient pas le droit de dire que, même s’ils sont hostiles à la gauche dans son ensemble, ils jugent utile le pacte de stabilité. Sans doute n’est-il ni parfait ni complet,  mais il amorce un virage politico-économique indispensable. Inversement, on peut saluer les élus socialistes qui ont apporté leur soutien au plan Valls alors qu’il est vivement combattu (si l’on ajoute les mécontents du PS et l’extrême gauche) par une majorité de gauche hétérogène. On peut souhaiter, comme les centristes, un plan de 80 milliards ou même de 100 milliards. Mais si l’Assemblée rejette demain le plan de 50 milliards, le pays s’enfoncera dans l’ornière à laquelle il tente péniblement de s’arracher.

Cas de conscience.

Pousser M.  Valls dans ses retranchements, placer M. Hollande devant un choix politique drastique, celui de la dissolution, espérer une refonte politique du pays à la faveur d’un choc institutionnel qui, compte tenu de sa très grande fragilité, finirait par rompre le tissu national, tout cela relève de l’irresponsabilité. D’autant que l’UMP, par la voix de Jean-François Copé, a déjà rejeté l’idée de cohabitation. Elle le fait moins par principe que parce qu’elle n’est pas prête à gouverner, d’autant qu’elle n’a  toujours pas de chef consacré. Qui accepterait de gouverner avec M. Hollande ? La légitimité de M. Copé est faible, et celle de François Fillon n’est pas forte non plus. Et on n’a pas l’impression qu’Alain Juppé se précipiterait pour accepter une tâche aussi dangereuse.

Certes, on n’est pas rassuré par les contorsions de la gauche, par ses états d’âme, par ses frustrations, tous comportements qui augurent mal d’une gestion qui a besoin d’être promptement menée et sans trop de palabres. Mais hommes et femmes politiques sont placés devant un cas de conscience, tous sans exception : ou bien ils donnent une chance au redressement, ou bien ils reportent une fois de plus l’échéance bien qu’il soit urgent et nécessaire d’agir. Droite, gauche, responsabilité, solidarité, pacte ne sont plus que des mots usés et plats au coeur d’une crise où les faits, au contraire, sont saillants et coupants. Il n’y a pas une minute à perdre.

RICHARD LISCIA

 

 

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3 Responses to Une majorité de rechange ?

  1. guinard dit :

    « Contre la peur, un seul remède : le courage ». Louis Pauwels
    « L’impossible recule devant celui qui avance ». Ella Maillart
    Les politiques auront-ils enfin le courage d’avancer ?

  2. geyl dit :

    Comment vider la rubrique « Archives » ?

  3. Lefrançois dit :

    Entre la droite la plus bête du monde, et la gauche (en train de nous asséner tous les jours de façon de plus en plus convaincante qu’elle est) la plus bête du monde, donc des « responsables » politiques plus irresponsables les uns que les autres (les exceptions n’ayant pas souvent des succès électoraux…), notre pays est bien mal parti!
    Où est le courage dont devraient faire preuve les représentants (les députés, par exemple) du peuple?

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