Gaza, ou le mauvais procès

Gaza, drame humanitaire
(Photo AFP)

Ce qui me frappe le plus, au terme de trois semaines de vacances, c’est l’immobilité de l’actualité. En France, pas plus de croissance au deuxième trimestre qu’au premier. En Irak, toujours l’invasion et la persécution des minorités. En Ukraine, Poutine poursuit sa drôle de guerre : il hésite entre l’annexion pure et simple et d’autres moyens plus détournés. À Gaza, la paix n’est pas pour demain. 

LES JOURS qui viennent me permettront de revenir sur tous ces sujets, notamment la crise politique et économique en France. Aujourd’hui, je souhaite traiter de la question de Gaza, sujet très actuel parce que la trêve est censée se terminer ce soir et qu’un accord politique entre Israël et le Hamas semble hors de portée. Je ne suis pas satisfait des commentaires que j’ai lus dans la presse française. J’y ai trouvé une critique plutôt appuyée des positions israéliennes et même de la communauté juive française, pourtant vouée aux gémonies par les manifestants, notamment ceux de gauche, que l’expression « mort au juifs ! » semble laisser indifférents. J’ai lu, dans « l’Express » notamment, un sermon adressé aux Français juifs pour qu’ils résistent à la peur, pour qu’ils se désolidarisent du gouvernement israélien et pour qu’ils désavouent la « Ligue de défense juive », groupuscule qui défend les lieux de culte juifs mais n’a pas commis, que je sache, la moindre exaction. S’il est illégal, le gouvernement n’a qu’à le dissoudre. Ce n’est pas la peur qui incite plus de Français juifs à émigrer vers Israël (voler vers un pays sous le feu des roquettes ?), c’est le sentiment que ce néo-antisémitisme scandaleux et agressif constitue déjà une atteinte grave à leur citoyenneté.

Le monde renversé.

C’est, comme d’habitude en France, le monde renversé. Qui est victime de l’antisémitisme le plus violent de l’après-guerre ? Dans cet interminable conflit israélo-palestinien, il y a désormais deux aspects essentiels : le premier est l’absence totale de dynamique politique dont le gouvernement de Benjamin Netanyahu a la responsabilité : il est impossible de minimiser la terrible crise humanitaire engendrée par la guerre à Gaza ; le second est la provocation grossière à laquelle le Hamas s’est livré en déclenchant une bataille dont le seul objectif était de le remettre en selle sur le plan politique. Les illuminés de Gaza avaient un plan : assassiner trois adolescents israéliens pour forcer Israël à riposter; se servir des victimes gazaouies (près de deux mille morts) pour lancer une propagande mensongère contre leur ennemi; obtenir, au terme du carnage, un assouplissement du blocus pour renforcer la base militaire créée à Gaza.

Ce plan était non seulement cruel, il était aussi naïf : la bande de Gaza n’est pas un territoire occupé. Elle serait prospère et libre si le Hamas avait souhaité la développer et y créer des conditions propices à la paix. Il a fait tout le contraire. Blocus ou non, le Hamas a réussi à  détourner les fonds humanitaires qui lui ont été versés, à importer des armes lourdes, à creuser des tunnels, à causer de lourdes pertes aux Israéliens. Il l’a fait, comme tous les deux ans, au mépris de la vie des civils palestiniens.  Il veut poursuivre Israël pour « crimes de guerre », mais il est le criminel de guerre numéro un, lui qui bombarde les civils israéliens avec des milliers de roquettes. En outre, ses combattants ont utilisé des mosquées, des écoles, des boucliers humains pour pouvoir stigmatiser ensuite le comportement militaire d’Israël. Le Hamas, en réalité, est isolé et désespéré. Le gouvernement égyptien lui sert d’intermédiaire bien que le pouvoir du Caire, hostile aux Frères musulmans (dont le Hamas est la branche palestinienne) lui tienne la dragée haute et participe activement au blocus. Le conflit syrien l’a privé d’un soutien important, celui de Bachar Al-Assad et celui de l’Iran.

Ce que veut le Hamas.

Les exigences du Hamas sont inacceptables non seulement pour Israël, mais pour l’Égypte qui, dans le Sinaï, combat des bandes qui attaquent les postes militaires ou de police, et font de nombreuses victimes. Il n’en cherche pas moins à reconstituer la force qu’il a perdue en quelques semaines et à réclamer publiquement le droit d’agresser  Israël. C’est infantile ou cynique, comme on voudra. Mais il aura la responsabilité entière d’un échec des négociations qui se terminent aujourd’hui dans la capitale égyptienne. Ce que disent les manifestants français, c’est que le combat du Hamas est juste parce qu’Israël ne fera la paix que s’il y est contraint par la force.  Et que, en l’absence de progrès diplomatiques, seules les armes apporteront le changement. Pourtant, ce n’est pas ce que veut le Hamas. Chaque fois qu’a soufflé une petite brise annonciatrice de la paix, il a commis des attentats pour mettre un terme à tout espoir. Il refuse de reconnaître Israël. Il prône la destruction de l’État hébreu. Quel pays au monde accepterait de négocier sa propre disparition ? Ceux qui ont manifesté en France, ceux qui ont cru bon de faire la leçon aux Français juifs comme s’ils étaient des demeurés, ceux qui n’ont pas bronché quand on a crié « morts aux juifs ! » à quelques centimètres d’eux, tous ceux-là soutiennent non pas la cause palestinienne, mais le fanatisme et la haine.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Gaza, ou le mauvais procès

  1. Chambouleyron dit :

    Votre chronique est juste. Les commentaires vous hérissent, c’est de bon sens. Mais parlez-nous donc de la gestuelle de la France qui gouverne. Épargnons-nous ses proclamations penaudes : nous ne laisserons pas le conflit s’installer « dans notre république » ou « nous seront fermes ». Ne voit-elle pas le fossé qui sépare deux France bientôt irrémédiablement opposées ? Nos gouvernants dansent sur un volcan !

  2. phban dit :

    Excellente analyse qui a le mérite (et le courage) de mettre au clair la logique criminelle du Hamas, l’illogisme buté d’une certaine gauche et le machiavélisme pestilentiel d’antisémites forcenés.

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