Exécutif : point de rupture

Macron en remet une couche
(Photo AFP)

La question de l’assurance-chômage donne lieu, depuis une semaine, à toutes sortes de déclarations contradictoires de l’exécutif qui présentent un double inconvénient : elles créent un climat délétère dans la majorité (sans compter la colère des dirigeants syndicaux) et elle souligne les incohérences du gouvernement. En effet, Manuel Valls a affirmé lundi dernier qu’il fallait réformer l’assurance-chômage, trop coûteuse pour l’État, il a été recadré mercredi par l’Élysée, puis le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, en a remis une couche et l’Élysée déclare ce matin que l’on parlera plus tard de l’assurance-chômage.

ON SE PERD en conjectures : supposons que, dans son zèle réformiste, le Premier ministre ait sérieusement envisagé de réformer l’assurance-chômage. Ses propos traduiraient seulement un constat : ce poste social est déficitaire de quelque 4 milliards bon an mal an et sa dette cumulée est de 20 milliards. C’est un système relativement généreux par rapport aux autres pays européens, notamment en ce qui concerne les cadres dont l’indemnité chômage est plafonnée à 6 300 euros par mois. Cependant, s’il est vrai que tous les régimes sociaux sont déficitaires, il serait plus juste de commencer par d’autres postes avant d’entamer les indemnités de ceux de nos concitoyens qui souffrent le plus de la précarité.

Trois hypothèses.

Ce n’est pourtant pas le fond du problème qui pose les questions les plus lancinantes : on se demande plutôt à quoi riment ces allers-retours entre le gouvernement et la présidence de la République, le premier insistant sur la nécessité, et même l’urgence, d’une réforme de l’assurance-chômage, la seconde noyant le sujet soit par un démenti, soit, comme ce matin, par une sorte de déclaration oecuménique : oui, il faut réformer, mais pas maintenant. Tout en notant que les propos de l’Élysée, du mercredi au lundi, ne sont pas tout à fait cohérents (ou bien c’est non, ou bien c’est oui, mais plus tard), on en est réduit à formuler des hypothèses.

La première est que la partie de tennis entre l’Élysée et Matignon est savamment orchestrée, M. Valls et, occasionnellement, Emmanuel Macron, étant chargés de lancer des ballons-sondes pour tester la réaction de la majorité. Sur ce point, c’est clair : qu’on ne compte ni sur les élus socialistes ni sur les syndicats pour accompagner une réforme qu’ils rejettent viscéralement, cette fois non sans raison, dans la mesure où les économies que le gouvernement est tenu de faire ne doivent peut-être pas commencer là où ça fait le plus mal. La suppression des allocations familiales pour les ménages aisés, également envisagée, nous semble plus pertinente.

La deuxième hypothèse est que M. Valls, confronté aux fluctuations incessantes de François Hollande, capable de tout envisager mais incapable d’agir, veut forcer la main de son patron, qui refuse de se laisser faire. Et que le Premier ministre a enrôlé M. Macron pour jouer les irréductibles. Dans ce cas, l’affaire serait plus grave car elle exposerait le début d’un schisme entre les deux têtes de l’exécutif. La troisième est la pire, elle signifierait que ce que l’on voit est tout ce qu’il y a à voir et que l’incohérence des propos résulte d’un manque de communication entre l’Élysée et le gouvernement, ou que le président n’a pas cru bon à ce jour, de convoquer son Premier ministre pour lui montrer la ligne à suivre.

« Que sais-je ? »

Une semaine particulièrement difficile commence pour le pouvoir. Mercredi à Bruxelles, il devra défendre un budget qui est davantage un patchwork qu’un maillage de mesures cohérentes. Ce moment de tension extrême est dû à l’incapacité où nous sommes de prendre des décisions courageuses, mais douloureuses. Je ne sais pas si le risque d’un rejet de notre budget par la commission européenne est réel. Je note simplement que la partition jouée par le pouvoir nous plonge dans une méditation sur le scepticisme. Comme nous l’explique Montaigne, nous ne pouvons rien affirmer avec certitude. Nous ne pouvons pas dire si l’assurance-chômage sera réformée, nous ne savons pas vraiment pourquoi on en parle au sommet du pouvoir, et nous ignorons les motivations de ceux qui s’expriment. Et, plutôt que de dire que nous ne savons rien, nous nous demandons : « Que sais-je? »

RICHARD LISCIA

 

 

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2 Responses to Exécutif : point de rupture

  1. Delteil christian dit :

    Le TGV, le Concorde, l’usine marée motrice sur la Rance, le nucléaire et bien d’autres choses encore, ont fait la force et la renommée de la France. En ce temps-là ily avait un chef, quelqu’un qui pensait à la grandeur de son pays et non à ses avantages et à sa ré-élection, quelqu’un qui ne dilapidait pas l’argent des contribuables, qui avait une vision. En ce temps-là…il s’appelait de Gaulle et qu’on l’aime ou non, force est bien de reconnaître que depuis sa démission, aucun de ses successeurs ne lui arrive à la cheville. C’est cela qui manque à la France, un chef digne de ce nom.

  2. Faivre dit :

    J’ajouterai que, depuis Robert Schuman et de Gaulle, modèles de moralité en général et politique en particulier, le spectacle de ses successeurs est lamentable et démoralisant.

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