La menace du PRG

Baylet fait sa crise
(Photo AFP)

La majorité gouvernementale ne cesse de s’effriter, à tel point qu’elle risque de se transformer en minorité. Après les « frondeurs » qui clament qu’ils ne voteront pas le budget, c’est le parti radical de gauche (PRG) qui exige le retrait de la suppression de la première tranche du barème de l’impôt. Il pourrait faire sécession vendredi après avoir réuni ses instances. Or il représente une dizaine de députés et six sénateurs, voix précieuses pour l’adoption du budget 2015.

LE PRÉSIDENT du PRG, Jean-Michel Baylet, a perdu son siège de sénateur lors des élections de septembre. Figure politique du sud-ouest, il n’a pas digéré sa défaite et, au méli-mélo des difficultés du gouvernement, il apporte sa propre contribution en multipliant les exigences. Il a commencé par critiquer sévèrement la réforme régionale, il s’en prend maintenant aux dispositions du projet de budget. Les radicaux de gauche ont mal vécu l’arrogance de leurs amis du PS avec lesquels la cohabitation n’est pas toujours facile. Mais aujourd’hui, l’exécutif ne peut plus les traiter comme menu fretin : il a besoin de leurs voix. Lundi soir encore, des conversations entre le PRG et Matignon n’ont abouti à aucun résultat positif. Certes, un autre leader historique des radicaux de gauche, Roger-Gérard Schwartzenberg, a affirmé que le PRG voterait avec la majorité, mais on n’entend pas le même son de cloche du côté de M. Baylet, qui envisage de retirer du gouvernement les trois ministres issus de son parti.

Une énergie nouvelle.

Le gouvernement de Manuel Valls ne peut pas se priver des votes parlementaires du PRG. Il lui faut, à tout prix, trouver un accord avec lui. Le Premier ministre manque d’amis, d’appuis et de soutiens. Toute sa politique est suspendue à la bonne volonté de ceux qui ne souhaitent pas déclencher une crise de régime. De son côté, le PRG semble penser que le moment est venu pour lui de montrer ses muscles. Il tire son énergie nouvelle (et imprévue), ou son pouvoir de nuisance, de la déliquescence de la majorité. Il n’a pas trouvé de meilleur moment pour exister. Du coup, la fragilité de la majorité et celle du gouvernement, sans compter l’affaiblissement du président de la République, sont accentués par le mélodrame que jouent les radicaux de gauche.

C’est un jeu néanmoins pervers et dangereux, au moment où s’affaiblit, se disloque, s’effondre le réformisme du gouvernement. Les mesures de M. Valls souffrent de la prudence qui les accompagne, mais il aurait plus de chances de les faire adopter s’il avait une majorité absolue et sûre. La crise de nerfs du PRG met en péril non seulement le projet de budget mais la stabilité politique du pays, auquel il manque, de toute évidence, une force large et majoritaire pour entreprendre la tâche exceptionnellement ardue qu’il doit accomplir.

Une droite fragmentée.

Ce qui se passe à gauche avec le PRG est comparable à ce qui se passe au centre, dans l’opposition. L’UDI se cherche un chef, n’est pas sûre de vouloir fusionner avec le MoDem de François Bayrou, n’entend pas apporter des supplétifs à l’UMP. Tout se passe comme si Jean-Louis Borloo, qui a mis fin à ses activités politiques, manquait cruellement aux centristes. Une convergence de la droite et du centre sont pourtant nécessaires si l’opposition se veut crédible. Tout dépendra du candidat que l’UMP (qui, entretemps, aura sans doute changé de nom et se sera réformée) décidera de présenter à l’élection présidentielle. Il ne faut pas être grand clerc pour savoir qu’Alain Juppé, qui devance Nicolas Sarkozy dans tous les sondages, serait plus acceptable que Nicolas Sarkozy pour les centristes toutes tendances confondues, de l’UDI au MoDem.

RICHARD LISCIA

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