Tiens, voilà Aubry !

Pas une « frondeuse »
(Photo S. Toubon)

Dans « le Journal du dimanche » d’hier, Martine Aubry  critique sévèrement la politique économique du gouvernement. Du coup, elle donne une figure de proue aux « frondeurs » du PS, mouvement qui risque de grossir. Elle n’aime pas le terme, se défend de représenter un recours et réaffirme ce matin sur RTL qu’elle a toujours voulu que François Hollande réussisse.

ON NE risquait pas d’entendre des imprécations dans la bouche de Mme Aubry. On n’est pas non plus surpris qu’elle prenne fait et cause pour les « frondeurs » qui ne sont appelés ainsi que par commodité. On n’est pas davantage obligé de ne pas la croire. Elle a le droit de vouloir peser sur la politique de M. Hollande ; cela ne signifie pas qu’elle pense aux élections de 2017. On lui fera même le crédit de ne dire que ce qu’elle pense, de ne faire que ce qu’elle croit, de marquer sa différence parce que, tout simplement, elle n’est pas d’accord, même s’il y a, entre elle et le président, un contentieux relativement lourd. De sorte que les paroles finissent par se transformer en actes. Dès lors que Michel Sapin refuse, dans la foulée, de tenir compte des objections de Martine Aubry, il faudra bien que le conflit de tendances se traduise sur le terrain par une bataille qui, à terme, ne pourra être qu’électorale.

Où est le désaccord ?

Je me demande pourtant de quoi l’on parle. Je ne vois pas la pomme de discorde. Je ne comprends pas que des nuances dans les réflexions des uns et des autres conduisent à des clashes aussi sérieux. Faut-il le répéter ? Le gouvernement de Manuel Valls n’a pas mis en oeuvre une politique d’austérité ; il est très en retard sur la résorption des déficits publics ; ses réformes épargnent encore les ménages les moins aisés ; il tient tête à l’Allemagne et tente ardemment d’obtenir de Berlin des aménagements dans la politique monétaire européenne qui dégageraient des investissements. Certes, M. Valls se heurte à un mur, en l’occurrence Angela Merkel. Mais même la chancelière commence à s’inquiéter de  la panne de croissance en Europe, qui affecte aussi l’économie et le commerce extérieur allemands. La situation n’est pas inerte. Les choses bougent. Les appels à l’investissement et à l’étalement des efforts de désendettement se multiplient chez les économistes, les organismes internationaux, les gouvernements européens. Présenté comme un dogmatique inflexible, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, finira bien par lâcher prise.

L’enjeu n’en vaut pas la chandelle.

Dans ces conditions, le schisme interne du PS est-il bien nécessaire ? L’enjeu en vaut-il la chandelle? Un compromis ne peut-il être trouvé ? Au fond, les frondeurs ne font pas autre chose que de céder, parfois avec hystérie (mais ce n’est pas le cas de Mme Aubry), à la panique. L’absence de résultats économiques et sociaux met en danger tous les élus de gauche. Leur erreur est de croire que l’impasse dans laquelle nous nous trouvons disparaîtrait si nous prenions des mesures de relance nationales et si nous laissions filer les déficits (encore plus que maintenant). Ce serait, bien sûr, une catastrophe que le président et le Premier ministre veulent conjurer à tout prix, pour autant que la fronde ne se transforme pas en partition, que la croissance mondiale reparte, ce qui n’est pas assuré si l’on tient compte du malaise boursier, qu’apparaissent enfin les premiers signes de reprise économique, ceux que, perchée sur son donjon, soeur Anne ne voit toujours pas venir.

RICHARD LISCIA

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