Une majorité déchirée

Cambadélis, maître d’école
(Photo AFP)

Le débat entre les dirigeants du parti socialiste et ses dissidents devient inaudible, violent, disruptif. Alors que plus de trente députés refusent de voter la « modulation » des allocations familiales, le  premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, envisage l’exclusion de Benoît Hamon, ancien ministre. Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, estime que la défection de Delphine Batho, Benoît Hamon et Aurélie Filipetti (qui se sont abstenus lors du vote d’une partie des recettes du budget) est un « manquement au devoir ».

DIATRIBES incessantes, bataille de mots, menaces même pas déguisées, on assiste à la fois à un durcissement de l’attitude du gouvernement à l’égard de ses « frondeurs », tout récemment fédérés par Martine Aubry, et à une contre-offensive de l’opposition interne du PS, qui s’exprime en termes particulièrement durs. Benoît Hamon justifie la distance qu’il prend avec l’action du gouvernement par une « politique de l’exécutif qui conduit vers un immense désastre démocratique ». Il pense en effet que François Hollande et Manuel Valls font à peu près tout ce qu’il faut faire pour que la gauche perde les élections de 2017 et favorise l’avènement de Marine Le Pen. Rappelée à l’ordre par M. Cambadélis, Aurélie Filipetti riposte en rappelant qu’elle n’a « aucune leçon à recevoir de qui que ce soit ».  Ce climat de tension extrême est délétère.  Valls et Cambadélis sont placés dans l’inconfortable position du maître d’école qui tance ses élèves dissipés. Mais ils ont affaire à des adultes, parfois anciens ministres, qui ont des convictions et n’entendent pas y renoncer.

Évadés du fisc.

La partie se joue sur fond de scandale, avec la révélation du « Canard enchaîné », selon lequel une soixantaine de parlementaires n’auraient pas déclaré la totalité de leur patrimoine, par négligence ou par volonté d’échapper au fisc. Le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone,  se félicite du travail de la Haute Autorité pour la transparence, mais gauche et droite devraient se demander si l’électorat va accepter sans se lasser les comportements inacceptables d’une partie de la classe politique. Ces querelles, ces scandales, ces divisions au sein des grands partis pendant que, de toutes parts, des voix s’élèvent pour réclamer un changement de pouvoir, un changement de République, et des programmes nouveaux qui équivalent tous au plus périlleux des aventurismes, donnent aux gens l’impression non seulement qu’ils ne sont plus dirigés mais que n’importe quelle alternative ne serait pas pire que le mode de fonctionnement actuel. L’affaire fiscale dans laquelle est impliqué Patrick Balkany, député-maire de Levallois-Perret, ami proche de Nicolas Sarkozy semble indiquer que la droite ne pourra revendiquer le pouvoir que lorsqu’elle aura fait chez elle un ménage complet.

L’affaire Filoche.

Un incident mineur, mais non moins révélateur du climat général, donne la température du pays. Grand habitué des médias, où il tient un discours fait à la fois de dureté idéologique et de compassion humaine, de mépris pour l’économie et d’adoration du social, le socialiste Gérard Filoche a commenté ainsi la mort accidentelle de Christophe de Margerie, P-DG de Total : « Un hommage à l’humain ? Oui. Au suceur de sang ? Non. » M. Cambadélis annonce des sanctions contre M. Filoche, qui vient de nous prouver de façon éclatante comment on peut, par amour pour les pauvres et les opprimés, devenir abject, exercice pourtant très ardu. Oui, mais, en définitive, qui va rester au PS ?

RICHARD LISCIA

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