Valls à la barre

L’atout unique du président
(Photo AFP)

Le Premier ministre s’est employé, ces derniers jours, à démontrer que les déchirements de la majorité ne le feront pas reculer. Après un entretien publié ce matin par « le Nouvel Observateur » nouvelle formule et qui, pour l’occasion, a pris le nom d’ « Obs », Manuel Valls était ce matin sur BFM-TV RMC pour exposer ses idées, sa philosophie et, surtout, sa volonté de garder intact son programme et de progresser dans les réformes.

« IL FAUT de la constance et non remettre en cause en permanence une politique économique », a dit M. Valls et, sur ce point, on ne peut que l’approuver. Certes, l’exécutif souffre affreusement de n’avoir obtenu à ce jour aucun résultat ou presque, mais les réformes sont à la fois douloureuses et lentes. C’est pourquoi tous ceux, de quelque bord qu’ils soient, qui préconisent, non sans panique, des bouleversements institutionnels ou des choix aventureux, ne font que proposer des remèdes pires que le mal. Le Premier ministre est donc hostile à la création de cette VIè République qu’Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon appellent de leurs voeux. Il se réaffirme socialiste, même s’il souhaite changer le nom du parti auquel il appartient et sa vision politique est extrêmement claire : c’est avec le centre qu’il souhaite gouverner, à la fois parce que le centre est, comme lui, réformiste et parce que, face à l’opposition d’une partie du PS, il songe à de nouvelles alliances.

Des différences avec Hollande.

Le chef du gouvernement bénéficie d’un avantage : il peut pousser ses idées jusqu’en deça de ce point de rupture qui contraindrait François Hollande à le limoger. Ce point est éloigné : le président ne saurait changer de Premier ministre une fois par an. Y a-t-il entre les deux hommes des différences qui risquent de se creuser ? C’est probable et on les devine dans certains propos que tient le président, notamment hier, lorsqu’il a décoré M. Valls des insignes de grand-croix de l’Ordre national du Mérite. « On peut réussir aussi son parcours sans devenir président », a ironisé le chef de l’État en rappelant que Clemenceau, très admiré par M. Valls, n’a jamais occupé la magistrature suprême. M. Hollande sait en outre que, si son Premier ministre pouvait lui apporter un regain de croissance sur un plateau, ce serait bon pour sa popularité.

Ripostes réformistes.

Car le débat idéologique ouvert par les « frondeurs » et aggravé par leurs prises de position iconoclastes conduit M. Valls à  envoyer un message unique : personne n’a la solution et donc on ne peut pas arrêter les réformes au milieu du gué. Il faut laisser une chance de réussir à la politique actuelle. Voilà pourquoi s’épanouissent  les idées d’Emmanuel Macron, le nouveau ministre de l’Économie, que M. Valls laisse faire, quitte à prendre sur lui le déluge d’imprécations de la gauche du PS. Voilà pourquoi le Premier ministre contre-attaque non pas en donnant à ses opposants internes des noms d’oiseau mais en se livrant au service après-vente de son action. Chaque fois que les « frondeurs » montent à l’assaut, le gouvernement annonce de nouveaux projets inspirés des idées social-libérales. Aux abstentions de certains élus,  répondent des dispositions réformistes.

Au fond, Valls est le dernier espoir de Hollande et le président ne s’offrira pas le luxe, dans une conjoncture aussi défavorable, de se quereller avec son Premier ministre, même s’ils divergent sur des nuances. Il est difficile de dire si le chef du gouvernement tirera un avantage politique de son présent travail. Mais il ne manque pas de courage, lui qui doit compter avec une gauche divisée, avec une droite déchaînée, et surtout avec l’adversité.

RICHARD LISCIA

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