Poker menteur

Mme Merkel n’est pas un monstre
(Photo AFP)

À Bruxelles, se déroule une partie de poker menteur à laquelle on attache une importance excessive parce qu’elle entraîne des commentaires l’un plus agressif que l’autre : nous serions soumis aux diktats de l’Union européenne, nous ne devons pas confier l’examen de notre budget à la Commission, nous perdons notre souveraineté, notre Parlement doit être le seul à décider.

IL EST tout de même curieux que nous essayions par tous les moyens de nous arracher à des règles que nous avons nous-mêmes établies et que nous avons avalisées dans des documents que nous avons signés. Le problème ne réside pas dans la tutelle européenne, il réside dans notre incapacité à tenir des engagements que nous avons pris pour assainir nos propres finances qui, si elles continuent à dériver, nous plongeront dans une crise sans précédent. Les arguments invoqués par le gouvernement français ne sont pas négligeables : la France souffre à la fois d’une panne de croissance et d’un début de déflation. Privés, par conséquent, d’un développement économique qui aurait augmenté nos recettes fiscales et d’une inflation qui aurait érodé notre endettement, nous ne parvenons ni à réduire nos dépenses ni à augmenter les recettes publiques. Manuel Valls, ou plutôt ses émissaires envoyés à Bruxelles, demande donc à la Commission de faire preuve de compréhension.

Le problème, c’est la dépense.

Je ne crois pas du tout que l’équipe de José Manuel Barroso, encore en exercice, ait la moindre volonté de nous sanctionner, d’autant que la sanction est financière et que réclamer de l’argent à la France (on parle de 4 milliards) au moment où elle n’en a plus, n’est pas exactement rationnel. Depuis près d’un an, le débat tourne moins autant de l’équilibre budgétaire que de la crise de la dépense publique en France, qui, étant excessive, puisqu’elle atteint 57 % du produit intérieur brut (PIB), doit baisser de quelques points. Mais un point, c’est 20 milliards, et on ne les trouve pas sous le boisseau. Il est souvent dit que nous ne sommes pas seuls, que nous avons des alliés, par exemple l’Italie, dont le Premier ministre, Matteo Renzi, défend lui aussi le principe d’un retour à la croissance antérieur au désendettement. Mais, dans le même temps, les Italiens nous reprochent d’avoir contribué à exercer des pressions sur eux pour qu’ils fassent des économies que nous refusons de faire aujourd’hui pour nous-mêmes.

L’heure de vérité.

Il s’agit donc, à Bruxelles, non pas de condamner la France à je ne sais quelle peine infamante, mais de trouver un compromis sur la structure du budget français 2015. Lequel est en cours de discussion à l’Assemblée nationale où, comble de malheur, la gauche du parti socialiste mène une guérilla contre le projet du gouvernement. Le pire n’est pas dans le projet de budget, il est dans le fait que, bien que ses dispositions soient insuffisantes, elles sont encore trop sévères aux yeux d’une quarantaine de députés socialistes. Le gouvernement de M. Valls n’est pas responsable de nos faiblesses structurelles, elles résultent de trente ans d’incurie et la droite, jadis au pouvoir, y a sa part de responsabilité. Mais la gauche gouverne aujourd’hui et l’heure de vérité coïncide avec sa présence aux affaires. C’est à elle de porter le fer dans la plaie, et à personne d’autre.

M. Valls, comme je l’expliquais hier, n’est pas seulement agacé par la fronde d’une partie du PS. Il entend bel et bien changer le modèle économique et social du pays. Nous ne pouvons plus nous permettre d’aggraver le déficit et donc l’endettement du pays à un moment où les taux d’intérêt risquent de remonter, comme le montre l’instabilité des économies mondiales, soudainement saisies par un coup de froid, notamment en Chine où la croissance n’est plus ce qu’elle était et dont l’endettement considérable s’ajoute à celui des pays occidentaux et du Japon.

Le combat pour une croissance induite par les investissements publics est infiniment plus vertueux et il est vrai que les Allemands, aussi accrochés à leurs dogmes que nous sommes intoxiqués à la dépense, devront bientôt lâcher du lest. On parle d’un fonds européen de 300 milliards d’euros pour financer de grands projets européens, acceptons-en l’augure. Et d’un rachat de liquidités par la Banque centrale européenne auquel Angela Merkel oppose un « nein » apparemment définitif. Mais ne voyons pas dans le dialogue avec la Commission une affreuse agression contre notre libre-arbitre. C’est notre propre liberté qui nous commande de faire les réformes.

RICHARD LISCIA

 

 

 

 

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