Le choix du chômage

Rebsamen compte les coups
(Photo AFP)

Le chômage, selon les statistiques du mois de septembre, continue d’augmenter en France (19 200 chômeurs de plus) et le ministre du Travail, François Rebsamen, qui n’aime pas la langue de bois, reconnaît l’échec du gouvernement en matière de création d’emplois. Plusieurs voix se sont élevées dans la majorité pour demander que le nombre d’emplois aidés augmente. Malheureusement, ils coûtent cher au budget.

LA CRISE de l’emploi est presque indescriptible et elle résulte de choix qui ont été fait depuis le premier choc pétrolier. Aucun gouvernement, de droite ou de gauche, n’a voulu admettre que le ralentissement de la croissance, au terme des Trente Glorieuses, était de nature structurelle ; aucun n’a perçu assez tôt les conséquences de la mondialisation, qui s’est ajoutée à la hausse du prix de l’énergie, à la concurrence des pays dits émergents, à la saturation de la consommation interne. Au moment du changement du siècle, on a cru en France que la réduction du temps de travail, à la fois dans la semaine et dans l’année, permettrait de partager les emplois disponibles. Cela aurait été vrai si la semaine de 35 heures (une réduction de 10 % du temps de travail par rapport aux 39 heures) avait été assortie d’une diminution égale de la compensation salariale. Il a donc fallu payer chaque année des milliards aux entreprises pour qu’elles puissent financer des salaires trop élevés par rapport à un temps de travail trop court. On espérait que la productivité comblerait à terme le prix des 35 heures, on sait maintenant ce qu’il en est.

Deux grandes classes sociales.

À quoi un ministre du Travail peut-il bien servir sinon à faire le constat mensuel de chiffres déprimants ? Fût-ce au moyen des emplois aidés, un gouvernement n’a pas le pouvoir de créer des postes de travail, seules les entreprises peuvent le faire. Et elles ne le feront que si elles en ont besoin, si on leur passe de nouvelles commandes qu’elles ne pourraient honorer qu’en embauchant. C’est très simple, mais en réalité, c’est un casse-tête chinois. Désormais tout le monde est d’accord : pas de baisse du chômage sans croissance. Le gouvernement fait ce qu’il peut pour la relancer, mais il bute sur ses propres dogmes. Depuis près de 40 ans, la France a fait le choix du chômage. Elle a mis au point un système d’indemnisation relativement généreux pour les chômeurs qui, touchant un pécule, n’étaient pas censés se plaindre. Résultat : elle a créé un immense ghetto où elle les a parqués. Sous ce gouvernement tant hostile aux inégalités, il y a maintenant deux grandes classes sociales : ceux qui ont un emploi et ceux qui n’en ont pas.

Sortir les chômeurs du ghetto.

De sorte que les entreprises sont épouvantées à l’idée de recruter une personne qui, avec un CDI (contrat à durée indéterminée) ne pourrait être licenciée, en cas de vaches maigres, qu’à un prix trop élevé. D’où l’idée, celle de Jean Tirole, prix Nobel de l’Économie 2014, de réformer le marché du travail et, sans doute, de réformer les contrats, d’en faire un seul en vérité, un contrat qui éviterait qu’une personne au travail soit inexpugnable et qu’une personne sans emploi ne puisse avoir accès à l’emploi. François Hollande, qui rencontre beaucoup de personnalités, a-t-il reçu M. Tirole ? S’il ne l’a pas fait, c’est sans doute qu’il craint la réaction des syndicats, complices des salariés, au détriment des chômeurs. Voilà pourquoi la réforme de l’assurance-chômage est un tabou. Son régime nous coûte 4 milliards bon an mal an et il a accumulé un déficit de plus de 20 milliards. Bien entendu, si les indemnités chômage étaient diminuées en valeur et dans le temps, la situation du chômeur serait encore moins enviable qu’elle ne l’est aujourd’hui. Il n’empêche que l’idée qui préside à la réforme, c’est que les contrats d’embauche étant moins protégés, l’accès à l’emploi sera plus facile pour ceux qui sont dans le ghetto.

François Hollande n’est pas resté inerte. Il a créé le CICE qui devrait, à plus ou moins terme, favoriser l’embauche. Il doit maintenant réformer le marché du travail et éviter de donner une rente de situation aux salariés afin de permettre aux chômeurs d’accéder à l’emploi.

RICHARD LISCIA

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