Hollande à l’offensive

Le refus du découragement
(Photo AFP)

Il n’y a aucun mystère dans cette frénésie médiatique qui saisit en ce moment le président de la République : sa cote de popularité a gagné quelques points et il souhaite l’améliorer encore en occupant le terrain. Nous sommes donc entrés dans une séquence, celle de la période des voeux, où on va beaucoup le voir et beaucoup l’entendre. La faille de cette vaste entreprise de communication, qui a commencé depuis un mois, c’est que les faits économiques sont têtus et que François Hollande n’est toujours pas en mesure de signaler une embellie sur le front du chômage et du pouvoir d’achat.

L’AUTRE EXPLICATION de l’offensive médiatique du président, c’est qu’il est tout à fait conscient des difficultés politiques qui l’attendent. En fait, sa situation est plus qu’alarmante. Il s’attend à une déroute aux élections départementales (mars) et régionales (décembre) de cette année, il est très vivement combattu par la gauche du PS et par les Verts, la gauche a perdu les 12 élections partielles qui ont suivi les législatives de 2012 et, même si elle progresse, sa cote de popularité reste très basse. M. Hollande espère donc inverser un courant qui risque de lui être fatal et, pour y parvenir, il se présente comme aussi combatif que possible : il est candidat à un second mandat, il est inlassable, il ne laisse pas une minute son Premier ministre lui faire de l’ombre. Il est président à plein temps.

Le compte n’y est pas.

On peut rendre hommage à son courage et sa persévérance dans l’adversité. Le parcours qui lui a permis, contre toute attente, d’être élu président en 2012, restera dans les annales et sa résistance aux mauvaises nouvelles répétitives deviendra légendaire. Mais le compte n’y est pas. Le PS va perdre la majorité absolue à l’Assemblée et son congrès prévu pour le printemps risque d’accentuer ce qui ressemble bien à une scission idéologique entre partisans de la politique gouvernementale et frondeurs. En face de M. Hollande, personne n’est inerte, ni Cécile Duflot, qui a annoncé dimanche qu’elle ne voterait pas la loi Macron, ni Delphine Batho, ex-ministre socialiste, qui rejoint sur ce point la position de Mme Duflot, ni Martine Aubry, qui rejette tout projet de travail dominical. M. Hollande a lancé des réformes très importantes, CICE, pacte de responsabilité, baisse des charges sociales pour les entreprises, dont l’impact se produira cette année. Mais il ne dispose pas d’une majorité franche pour soutenir ses efforts, soumis, comme il se doit en France, à d’incessants débats qui recouvrent  des ambitions personnelles et de profondes divergences.

Est-il encore socialiste ?

Ce qu’il a réussi brillamment lors de la conquête du pouvoir a préparé sa déroute lorsqu’il lui a fallu exercer le pouvoir. Car François Hollande n’apparaît pas, en définitive, comme l’homme de la situation. Certes, en remplaçant Jean-Marc Ayrault par Manuel Valls et Arnaud Montebourg par Emmanuel Macron, il a donné l’impression d’une accélération des réformes, auxquelles les noms du Premier ministre et du ministre de l’Économie sont intimement liés. Mais, pour sa part, il est resté celui qui veut incarner la gauche, comme si, en rejoignant des idées que la droite ne désavouerait pas, il n’avait pas entamé sa posture socialiste. Il continue à cultiver les Verts, qui semblent être à ses yeux le parti d’appoint dont il a besoin pour garder la majorité, mais, sous la férule de Mme Duflot, il n’y a pas la moindre chance qu’ils passent un accord avec lui, alors même que, dans le contexte de la polémique qui coupe le PS en deux, la gauche continue à se désagréger. M. Hollande, si courageux qu’il soit, sait bien que les élus socialistes se demandent aujourd’hui s’il est bon qu’il se présente à un second mandat et combien d’entre eux  seront victimes des défaites électorales annoncées.

RICHARD LISCIA

 

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