Doubs : le PS, péniblement

Barbier gagne avec 800 voix (Photo AFP)

Barbier gagne avec 800 voix
(Photo AFP)

Dans la quatrième circonscription du Doubs, le candidat du PS, Frédéric Barbier, l’a emporté de justesse contre la candidate du FN, Sophie Montel, par 51,46 % des voix contre 48,57 %, soit une avance de 800 suffrages seulement. Le Front n’aura donc pas réussi à faire élire un troisième député à l’Assemblée nationale, mais il a bénéficié d’un report de voix impressionnant qui montre que les consignes de vote, réelles ou suggérées, ont été inopérantes.

« JE NE pavoise pas », a déclaré Frédéric Barbier, nouveau député PS qui prend ainsi le relais de Pierre Moscovici. Il a pourtant rendu un fieffé service à tous ceux qui veulent freiner l’ascension du Front et qui voyaient, dans cette législative partielle, une sorte de répétition de ce qui pourrait se passer lors des élections départementales de mars et, au-delà, lors de l’élection présidentielle de 2017. La progression du parti de Marine Le Pen est en effet constante et aucune victoire ne semble désormais interdite au Front si les partis de gouvernement ne se coalisent pas pour l’en priver. Ont manqué notamment à M. Barbier les bulletins blancs ou nuls qui ont été jetés dans les urnes en grand nombre et ont contribué à réduire l’écart avec Mme Montel : du premier au second tour, la candidate FN a gagné 12 % des suffrages. Le PS a sans doute bénéficié de sa forte implantation dans la circonscription, mais, de toute évidence, il a perdu une fraction de son électorat tandis que de nombreuses voix qui vont traditionnellement à l’UMP n’ont pas hésité à voler au secours de Mme Montel.

Ils se battent mal.

À chaque échéance électorale, il se confirme donc que très peu d’électeurs, de droite ou de gauche, « ont honte » d’afficher leur soutien au Front. Il est maintenant possible de venir de la gauche ou de la droite et de voter en faveur de l’extrême droite. C’est un effet de la « dédiabolisation » du FN à laquelle Marine Le Pen ne cesse de s’employer depuis plusieurs années, pour autant que son programme ne soit pas ou n’ait jamais été « diabolique ». L’UMP et le PS se battent très mal contre le Front.

L’UMP refuse d’en souligner les dérives vers l’autoritarisme, le populisme et le mépris des droits de l’homme et croit qu’elle a fait son travail en dénonçant le programme économique et social fantaisiste, avec sortie de l’euro, que les conseillers de Mme Le Pen lui ont concocté. Pourtant, il ne devrait pas être difficile de dire qu’une victoire électorale significative du Front ferait régresser les libertés en France, encouragerait l’intolérance et jetterait les « communautés » les unes contre les autres. Dans la timidité d’un certain nombre de dirigeants de l’UMP, il y a simplement le constat de ce qu’est devenu l’électeur UMP, un homme ou une femme qui n’est pas nécessairement choqué(e) par les propositions frontistes. D’où ces querelles intestines de l’UMP qui conduisent des adhérents ou sympathisants à huer Alain Juppé ou à critiquer Nathalie Kosciusko-Morizet parce qu’ils ne craignent pas de s’élever contre toute indulgence pour le parti de Marine Le Pen, alors que des hommes comme Nicolas Sarkozy et François Fillon restent plus prudents, de peur de s’aliéner beaucoup d’électeurs.

Angélisme PS.

LE PS a adopté une attitude hypocritement angélique, en exprimant sa surprise chaque fois que, malgré ses slogans fondés sur la notion de « front républicain », il n’obtient pas le soutien automatique de l’électorat UMP. Pour jouer le rassemblement face à la menace frontiste, encore faut-il qu’il ait les moyens de convaincre les électeurs de l’opposition. Or le bilan économique et social du pouvoir le prive de tout charisme et il y va de sa propre responsabilité, et pas seulement de celle de la droite, quand des voix UMP passent au FN. Le pire, avec la progression du Front, c’est qu’elle noie le débat politique dans une sorte de crise de l’urgence, où il devient plus important d’écarter l’extrême droite du pouvoir que d’adopter un programme de redressement.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Doubs : le PS, péniblement

  1. Delteil christian dit :

    Il y a une chose que je ne comprends pas : pourquoi la droite refuse de passer ouvertement des accords avec le FN. Le Ps l’a bien fait pour gagner et gouverner avec les communistes et les écolos qui ne sont rien d’autre que des crypto-communistes. Le PS l’a fait ouvertement et sans état d’âme. La droite n’a aucune raison d’avoir honte de passer des accords avec le FN. Et comme le FN sera de toute façon minoritaire par rapport à la droite, il devra abandonner certaines de ses idées et sera ainsi mieux contrôlé. De toute façon, il ne restera au second tour de la présidentielle que le FN et ou le PS ou la droite. Seul, chacun de ces partis ne peut gagner. Il faut donc qu’il s’allie avec son proche voisin. Le PS le fera sans vergogne. Alors, que la droite ait le courage de ses opinions et en fasse autant. Je ne me vois pas voter pour le PS au second tour et pourtant je ne suis pas FN ; mais je trouve beaucoup plus logique de gagner en passant des accords avec ce parti que de perdre et de faire voter PS.

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