La Tunisie à l’épreuve

Messages contre la haine (Photo AFP)

Messages contre la haine
(Photo AFP)

L’attentat commis hier au musée du Bardo aura été un modèle de perversité et d’efficacité maléfique. Il a entraîné la mort de vingt personnes; il a été perpétré contre un site attenant au siège de l’Assemblée tunisienne; il visait, une fois encore, un lieu culturel; il a d’affreuses conséquences économiques dans un pays, la Tunisie, qui vit en partie du tourisme. Mais, comme les actes de terrorisme, il a déclenché un robuste mouvement de solidarité nationale et internationale.

BERCEAU du « printemps arabe », la Tunisie est la seule à avoir réussi une révolution pacifique au bout de quatre ans d’épreuves. Pour les barbares qui l’ont agressée hier, elle représente un immense défi à leur nihilisme. Le peuple tunisien veut vivre dans la liberté, dans la modernité, dans le progrès et s’est doté, pour y parvenir, d’institutions exemplaires. Elle ne manque pas de musulmans intégristes, mais ils sont comme contaminés par l’idéal démocratique : Ennahda, parti fondamentaliste, a pris le pouvoir, n’y a pas brillé, s’est désisté, et le peuple s’est rendu aux urnes pour élire une représentation nationale et un gouvernement qui gèrent le pays en respectant toutes les tendances. C’est ce modèle exemplaire que les fanatiques ont voulu abattre. Ils ont porté à la Tunisie un coup terrible. Mais ils ont trouvé son peuple uni pour leur tenir tête.

Principales victimes : les musulmans.

Le coup est terrible, parce que les victimes étaient d’innocents touristes venus en ce pays accueillant et ouvert pour y goûter ce qu’il a d’attachant par son climat, par la gentillesse des Tunisiens, par l’amitié qu’ils inspirent. Déjà, les tour operators annulent des voyages prévus pour l’été prochain. Cependant, à lire les messages extrêmement nombreux de soutien aux Tunisiens, à entendre sur les médias ces Français qui ont l’intention de passer des vacances en Tunisie, on constate que le sursaut qui a suivi les attentats des 7 et 9 janvier à Paris est complété par un mouvement de solidarité avec la démocratie tunisienne. Ces sauvages qui n’écoutent que leurs pulsions criminelles ne semblent pas discerner les effets de leurs atrocités : elles abolissent la notion de camps opposés. Les Occidentaux ne sont pas les seules cibles de l’intégrisme. Les musulmans eux-mêmes, partout, en Syrie, en Irak, en Libye, en Afrique, en Tunisie, sont les victimes principales des exactions commises par le barbarisme.

Un statut d’esclaves.

Le message de Daech et d’Al Qaïda est transparent : nous n’entendons pas vous convaincre, nous entendons vous imposer notre loi par la force et sommes disposés à tuer beaucoup d’entre vous pour que les autres se soumettent. Nous vous proposons un statut d’esclaves. Ils surestiment la puissance de la terreur : l’histoire est jalonnée par des mouvements de libération pour qui il valait mieux mourir que d’être privé de liberté. Je ne veux pas pour autant tomber dans l’irénisme. La Tunisie est située dans une région du monde où la violence règne : en Libye, par exemple, où il n’y a plus d’État, où le chaos est total. La Libye qui exporte des réfugiés et peut-être des djihadistes à travers sa frontière avec la Tunisie, la Libye qui menace le Sud tunisien, la Libye que l’Égypte elle-même considère comme menaçante. Les moyens militaires de la Tunisie sont insuffisants, la protection de ses frontières illusoire, l’industrialisation précaire, les besoins sociaux immenses.

Le terrorisme, fléau hélas durable, exige, plus que la solidarité internationale, une forme de communion entre les peuples de bonne volonté. Nous sommes tous concernés. La France, bien sûr, doit aider la Tunisie et ce n’est pas tâche facile quand nous-mêmes devons trouver les voies et moyens de la croissance, quand nos armées sont déjà déployées sur plusieurs fronts, quand nous avons du mal à réveiller les autres pays européens qui continuent à ignorer la gravité du danger. Mais il ne faut se faire aucune illusion : si la Tunisie devait être emportée par le maelström djihadiste, le théâtre de guerre se déplacerait à l’intérieur de nos frontières.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to La Tunisie à l’épreuve

  1. Henry dit :

    Bravo, enfin une réflexion pertinente dont les Français doivent s’inspirer!

  2. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Merci et bravo pour votre commentaire.

    Il me semble qu’il est beaucoup trop oublié par les médias le fait que c’est Sarkozy qui est responsable de la guerre en Libye, guerre qui a mis en route une cascade d’évènements dont cet attentat est probablement un avatar (même si les données du problème « terroriste islamiste » sont à multiples entrées).
    A l’occasion de cet attentat chez nos amis Tunisiens, voisins de la Lybie, il serait bon de le rappeler.

    Et que fait Sarkozy pour rattraper cette énorme « bourde » qu’est sa guerre (celle qu’il s’est « offerte » aux dépens des Français, et de la stabilité de cette région formée par la Libye et tous les pays avoisinants)?

    Dr Jérôme Lefrançois

  3. Oj dit :

    Entre l’ambivalence, qui a longtemps prédominé dans l’attitude des pays de la péninsule arabe, la fragilité d’un Maghreb qui ne brille pas par son unité et dont nombre de cerveaux sont allés voir si l’herbe pousse plus verte ailleurs, l’Etat d’Israël qui n’a cessé depuis des années d’entretenir un brûlot au Proche-Orient, jouant ainsi les apprentis sorciers et, pour finir, une Europe amorphe, il y a de sérieuses raisons de s’inquiéter. Il suffit en effet que le Maghreb tombe et Daech est à nos portes. L’Algérie devrait jouer un rôle majeur et moteur dans la lutte contre les djihadistes. Encore faudrait-il que ses dirigeants soient capables de mobiliser un pays qui ne dispose plus des cadres nécessaires, qu’elle n’a pas su conserver en maintenant régime non redistributif et en ne restaurant pas la confiance des citoyens après cette guerre civile qui a fait tant de victimes.

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