FN : le coup de frein

Victoire indéniable (Photo AFP)

Victoire indéniable
(Photo AFP)

La particularité du premier tour de ces élections départementales est triple : les résultats ont démenti les sondages qui annonçaient un raz-de-marée du Front national ; quel que soit le mode de calcul, l’UMP-UDI arrive en tête ; le PS prend une claque mais résiste ; le taux d’abstention (49 %) est inférieur à ce que l’on craignait, notamment pas rapport aux élections européennes et aux cantonales de 2011 (55,7 %).

LES RÉSULTATS sont confus parce qu’ils donnent lieu à des calculs différents : si on totalise les voix de la gauche, on s’aperçoit qu’elle fait score égal avec la droite, soit 36,2 % contre 36,5 % à l’UMP-UDI. Pourtant, elle a déjà perdu quelque 500 cantons sur moins de 2 000 et en perdra encore beaucoup au second tour. De même, malgré un score moins élevé que prévu, le Front national arrive en tâte dans 43 départements, dont le Var, l’Aisne, le Vaucluse, la Haute-Marne, l’Oise. Enfin, la droite est assurée de reprendre entre vingt et quarante départements supplémentaires et de renverser le rapport avec la gauche.

Le FN n’est pas le « premier »

C’est d’abord un succès pour Nicolas Sarkozy, qui a fait une campagne assidue sinon brillante et a réussi, c’est clair, à rassembler les forces de la droite républicaine. Il maintient à la fois le « ni-ni », c’est-à-dire qu’il refuse tout appel à voter pour le FN ou pour le PS avant le second tour, et son serment de ne passer aucun accord avec le FN. Lequel n’est pas encore, comme il l’espérait tant, le « premier parti de France ». Bien entendu, il faut attendre et voir ce qui va se passer au second tour dimanche prochain, mais, pour le moment en tout cas, la perspective d’un PS relégué aux oubliettes de l’histoire est éloignée.

Pour contenir, au moins momentanément, l’ascension du Front, la gauche a dû surmonter ses divisions et se mobiliser. De ce point de vue, elle a répondu à l’appel de Manuel Valls dont la campagne a été très critiquée, mais dont la dénonciation du péril extrême droitier a de toute évidence incité les électeurs de gauche à se rendre aux urnes en plus grand nombre. Le PS va perdre cette partie et il ne pouvait en être autrement, si l’on tient compte de l’insuffisance de ses résultats sur les plan économique et social. Mais (et assez curieusement, personne ne le dit), il garde une chance pour les échéances électorales à venir. Il a écarté (pour le moment) le spectre du 21 avril (2002), quand Lionel Jospin fut éliminé au premier tour.

Un pays furieusement à droite.

Cela ne signifie pas que nous ne sommes pas entrés dans le tripartisme. Cela ne signifie pas que le FN n’est pas devenu une force politique considérable avec laquelle il faut certes compter mais qui, du coup, mérite que l’on se batte contre elle avec toute la vigueur requise, donc par une mobilisation encore plus grande des partis dits classiques, avant le second tour. C’est aussi l’occasion, pour les frondeurs, pour Martine Aubry, pour le Front de gauche, pour EELV (moins de 2 %) de méditer sur les stratégies fantaisistes et périlleuses qu’ils concoctent sur un coin de table. Le pays est furieusement à droite. Il y a une addition que personne ne veut faire, mais qui traduit une vérité : UMP, UDI et FN représentent 60 % des suffrages. Les instituts d’opinion estiment à 40 % la proportion d’électeurs FN qui pourraient voter UMP au second tour. Avec toute la gauche rassemblée, ce qu’elle n’est pas, le rapport de forces n’est pas loin de deux tiers, un tiers. Dans ces conditions, y a-t-il un avenir pour des idées qui s’inspirent encore aujourd’hui du marxisme ? M. Mélenchon, particulièrement silencieux depuis hier, doit pester dans son coin, mais il est temps pour lui de comprendre que son projet n’a aucune chance et qu’il ferait mieux, s’il ne veut pas qu’un jour le Front prenne le pouvoir, de retourner au PS.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to FN : le coup de frein

  1. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Tout ce que vous dites est juste ; j’ajouterais que M. Sarkozy ne devrait pas pavoiser, mais plutôt faire profil bas (ce qui serait un vrai rôle de composition chez lui !).
    Parce qu’il n’a pas gagné, c’est seulement la gauche, ou plutôt les gauches (les plus bêtes du monde) qui ont perdu.
    Et la pseudo-victoire de M. Sarkozy n’existe que par défaut, pour des raisons arithmétiques, à cause du vide considérable laissé par les gauches.
    Les Français en ont assez des vieux routiers professionnels de la politique, qui encombrent nos assemblées, nos ministères.
    Les électeurs sanctionnent seulement un peu plus ceux qui sont les gérants en place.
    M. Sarkozy est de plus en plus banal, pas drôle quand il fait (?) de l’humour (sauf pour son fan-club de militants de base, qui se comportent alors comme des supporters de foot), n’a pas de propositions, et a montré lorsqu’il était au pouvoir son amour pour les gros capitalistes et leurs actionnaires.
    Tout ce monde (politique) est à des années lumières des vraies problèmes de la France et de la planète (qui sont au bord du gouffre écologique) et à des années lumières des préoccupations de l’électorat.
    il est temps de vraiment changer le personnel politique en France, et c’est là la raison majeure du succès grandissant de Mme Le Pen (et ça va continuer : il n’est que d’entendre la pauvreté des commentaires de dimanche soir des « responsables » politiques, qui n’ont rien compris, et sont restés à des querelles de cour d’école maternelle à savoir lequel « en a une plus grosse que l’autre »).

    Dr Jérôme Lefrançois

  2. Num dit :

    Je ne suis, pour une fois, pas tout à fait d’accord avec votre analyse.
    Le FN fait certes moins que ce que les sondages prédisaient mais progresse de 10 points par rapport aux cantonales de 2011 et confirme son score des européennes de 2014 dans un élection locale supposée moins favorable. Il va faire élire probablement des dizaines de conseillers départementaux – et peut-être gagner quelques départements – qui feront des candidats bien implantés pour les législatives de 2017.
    Quant au PS, cette élection est contrairement à ce que vous avancez, la préfiguration d’un nouveau 21 avril puisqu’il n’est nationalement qu’en 3ème position. Il est par ailleurs éliminé d’un quart des cantons et va perdre des centaines d’élus et sans doute être éliminé totalement de départements entiers.
    Je conclurais néanmoins comme vous : attendons de voir ce que va donner le second tour !

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