Dimanche, la droite

Cambadélis : Sarko est cynique (Photo AFP)

Cambadélis : Sarko est cynique
(Photo AFP)

La droite républicaine va gagner les élections départementales de dimanche prochain, et c’est à peu près tout ce que l’on peut dire de cette consultation compliquée où le Front national va acquérir un ancrage territorial qu’il n’aurait pas espéré il y a encore quelques mois. La campagne d’entre les deux tours a été paralysée mardi par l’accident d’avion qui a fait 150 morts et, lorsque les partis ont cru bon de s’exprimer dans le cadre du débat électoral, on n’a entendu que des commentaires quelque peu excessifs comme le « cy-ni-nisme » que le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, attribue à Nicolas Sarkozy, par ailleurs traité d’ « escroc » par un autre socialiste.

AVANT QUOI, le PS a déclaré que la campagne de la droite était « ordurière ». On ne voit pas très bien en quoi ce langage abusif influencera le vote des Français. Ils n’obéiront pas aux consignes des partis. Ils voteront selon leur conviction et toute l’agitation du Premier ministre, qui s’est conduit en chef de campagne, ne peut avoir pour seul effet que d’inciter les abstentionnistes de la gauche à se rendre aux urnes pour atténuer le succès du Front national. Il est vrai que l’ensemble de la classe politique est obnubilé par le Front, avec la complicité des médias qui, chaque fois qu’une nouvelle star apparaît, se croient obligés de lui consacrer un temps d’antenne interminable. Il est loin le temps où les Le Pen se plaignaient d’être victimes d’un complot destiné à les contraindre au silence.

Un début d’alternance.

Mais la simple vérité est que nous allons assister au début de l’alternance probable de 2017 et que la droite républicaine va redevenir majoritaire, avec un FN et une gauche de calibres comparables. Indubitablement, il s’agit là de l’irruption du tripartisme dans un système qui tend à créer seulement deux grandes forces. Mais, d’une part, le Front n’obtiendra qu’une centaine de cantons et très peu (moins de quatre) départements. Et, d’autre part, on verra si le FN est capable de grossir jusqu’à remplacer l’un des deux mouvements qui ont dominé la vie politique du pays depuis plus de trente ans. On ne le voit pas, en tout cas, supplanter l’UMP, ce qui, depuis longtemps, est l’aspiration ardente de Marine Le Pen. Peut-il alors prendre la place de la gauche ?

Nous avons tous remarqué que, sur plusieurs sujets, par exemple la Grèce ou la Russie, les deux Fronts ont des affinités. Marine Le Pen a applaudi la victoire du parti d’extrême gauche Syriza aux élections grecques et ainsi partagé son plaisir avec Jean-Luc Mélenchon. Ce fut une joie paradoxalement commune, mais de courte durée : le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, n’a pas obtenu de Bruxelles les concessions qu’il espérait. Il a eu beau menacer, il a trouvé devant lui des interlocuteurs intraitables sur la dette grecque et peu disposés à améliorer le niveau de vie des Grecs s’ils abandonnent les réformes dont ils ont tant besoin. La preuve est ainsi fournie que tout pays européen menacé par la crise ne trouve qu’en lui-même les ressorts du rebond, pas dans un acte spectaculaire et suicidaire. C’est une leçon à méditer pour les frondeurs et pour Jean-Luc Mélenchon que, brusquement on n’entend plus. C’est une leçon aussi pour Marine Le Pen qui tient dur comme fer à une sortie de la France de la zone euro.

Le FN restera à la porte du pouvoir.

Où nous conduiraient-ils s’ils s’emparaient du pouvoir ? Je ne crois pas, en outre, que le Front national, aussi puissamment irrésistible que son avancée paraisse, parviendra aux objectifs qu’il s’est fixés. S’il ne peut pas battre l’UMP, peut-il éliminer la gauche ? N’y aura-t-il pas un sursaut de celle-ci lors des prochains rendez-vous électoraux ? Et même si elle sort lessivée du mandat de François Hollande, n’aura-t-elle pas le temps, ensuite, de reconstituer ses forces et de se fixer le cap raisonnable (et réformiste) dont Manuel Valls a tracé le chemin ? Le tripartisme est incompatible avec les institutions, lesquelles se chargeront, comme toujours, de ne conserver que deux candidats au second tour de la présidentielle de 2017 et accorderont une victoire large au candidat le mieux placé. Comme en 2002. Le FN restera donc à la porte du pouvoir même si, de toute évidence, il rassemblera plus d’électeurs qu’il y a 13 ans. Sinon, le pays ne sera vraiment et définitivement vacciné contre lui que s’il a goûté à sa gestion, qui sera, soyez-en sûrs, calamiteuse.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

One Response to Dimanche, la droite

  1. Oj dit :

    Vous avez tout a fait raison concernant la caractérisation par le PS de la campagne de la droite. Et pour l’anecdote, ce parti moralisateur, véritable parangon de vertu s’il en est, mène une campagne dans l’Essonne, qu’il serait légitime de qualifier de honteuse ou ordurière. En effet, même si les électeurs de droite risquent de se voir imposer la candidature à la présidence du conseil général, de Georges Tron, qui doit passer prochainement devant les assises, il n’en reste pas moins qu’il est couvert par la présomption d’innocence. On peut ne pas aimer le bonhomme, mais le stigmatiser comme un épouvantail à moineaux relève de la part d’un parti dit de gouvernement d’une bassesse indigne et sans limite.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.