Iran : pour le meilleur et pour le pire

Les délégués célèbrent  l'accord (Photo AFP)

Les délégués célèbrent
l’accord
(Photo AFP)

L’Iran a conclu avec les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine et l’Allemagne un accord nucléaire censé éviter qu’il acquière la bombe atomique. Cet accord a été très difficile à négocier et les discussions, qui devaient se terminer le 31 mars au plus tard, ont été poursuivies jusque dans la nuit du 2 au 3 avril. Les dispositions contenues dans le document doivent être précisées au cours de négociations supplémentaires qui dureront jusqu’à la fin du mois de juin. L’Iran célèbre dans la joie la conclusion de l’accord tandis que le gouvernement israélien exprime une vive inquiétude.

PEUT-ON dire qu’il fallait signer cet accord contre la volonté du gouvernement israélien ? Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a appelé Barack Obama dans la nuit pour lui dire toute sa consternation. À quoi le président américain a répondu que les États-Unis ne compromettraient jamais la sécurité d’Israël. L’idée maîtresse qui a guidé les négociateurs occidentaux consistait à ne pas utiliser la force pour stopper dans ses rails la prolifération nucléaire au Moyen-Orient. L’accord prouve au moins une chose : les sanctions commerciales et économiques adoptées contre l’Iran ont amené ce pays à la table des négociations, malgré son gouvernement intraitable, arrogant et menaçant. C’est un premier succès. Le deuxième succès est contenu dans les dispositions du texte qui réduit sensiblement le nombre de centrifugeuses de l’Iran et son stock d’uranium enrichi : tout a été fait pour que le délai entre la production d’uranium enrichi et l’acquisition d’une bombe atomique soit prolongé. Le troisième succès, c’est que les sanctions seront levées progressivement, en fonction de l’application par l’Iran des mesures prévues. L’accord est valable dix ans.

La fermeté de Fabius.

Doit-on faire confiance aux Iraniens ? Non, et la diplomatie française, sous la houlette de Laurent Fabius, a exigé et obtenu quelques garanties supplémentaires par rapport au texte que les Américains étaient prêts à signer. Le moyen de coercition permanent dont les Occidentaux disposent reste les sanctions, qui ne seront levées que si Téhéran montre sa bonne foi et seront rétablies s’il ne le fait pas. Cela ne veut pas dire que le pouvoir iranien ne va pas tricher. Il garde ses installations, capables de produire une ou plusieurs bombes. Mais il ne pourra pas tenter d’en produire sans que les États-Unis le sachent. Il restera sous surveillance.

Il est vrai que l’accord entre dans le cadre du projet de M. Obama d’en finir avec toute intervention militaire de son pays au Moyen-Orient, d’essayer d’y établir (projet utopique) un semblant de stabilité et de mettre un terme au conflit israélo-palestinien. Sur ce dernier chapitre, il n’est pas aidé par la récente victoire électorale de M. Netanyahu, qui espère l’arrivée au pouvoir du parti républicain en janvier 2017, mais qui n’en a guère l’assurance et a joué contre M. Obama avec une arrogance faisant bon marché de la non intervention d’un État dans les affaires d’un autre État.

Discorde entre Jérusalem et Washington.

Le conflit entre Washington et Jérusalem est plus grave qu’il n’y paraît parce que M. Obama et M. Netanyahu pratiquent des politiques qui excluent à terme la présence de l’autre. La victoire récente de M. Netanyahu prive M. Obama de tout espoir de parvenir à un accord entre Israéliens et Palestiniens avant la fin de son mandat. L’accord avec l’Iran lui donne en revanche un prestige accru, même si les républicains jurent qu’ils le dénonceront s’ils prennent le pouvoir lors des élections de novembre 2016. Les hommes politiques en présence comptent infiniment moins que les actes historiques qu’ils accomplissent. Pour ma part, je soutiens l’accord avec l’Iran, j’approuve Laurent Fabius, qui a joué un rôle utile pour les intérêts des Occidentaux et d’Israël, je souhaite que M. Netanyahu se rende compte qu’il ne peut pas se fâcher avec la seule puissance prête à défendre Israël. Personne n’est obligé de croire que les ayatollahs se sont transformés en anges. Tout le monde peut accepter l’idée que leur soudaine douceur est contrainte. Et il me semble que l’Iran est assez surveillé pour qu’une tromperie de sa part ne soit pas immédiatement décelée et combattue.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Iran : pour le meilleur et pour le pire

  1. caron dit :

    Au delà de l’Iran et de sa désormais forte probabilité à moyen terme d’acquérir l’arme nucléaire, il existe un fort potentiel de dispersion (comme lors du démantèlement de l’ex-URSS). Il s’agit d’un État jeune, dont la stabilité n’est pas assurée, avec des soubresauts tirant vers les extrêmes et le radicalisme religieux. Par le jeu de la chronologie de ces faits, l’arme sera acquise bien avant que les esprits ne soient apaisés, notamment envers Israël.
    La diplomatie a ses limites et elles ont été, je pense, atteintes et dépassées. Par analogie, Churchill nous a fait bénéficier de son esprit : « Un conciliateur c’est quelqu’un qui nourrit un crocodile en espérant qu’il sera le dernier à être mangé. » ou pire : « Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur, vous aurez la guerre »…
    Pourvu qu’il se trompe…

  2. sayag dit :

    Netanyahou a entiérement raison de s’inquiéter du feu vert donner à l’Iran pour poursuivre sa politique agressive et destabilistarice . Le jour de la signature de l’accord , le chef de l’organisation militaire la plus puissante d’Iran a déclaré que » la destruction d’israel n’était pas négociable » ; peut on dés lors se fier à cet état et à ses dirigeants? Obama fait il preuve de naïveté ou a t’il une idée derrière la téte?Les occidentaux pensent ils économie ou equilibre politique lorsqui’ils font mine de croire que l’Iran n’a que des intentions pacifiques . Nétanyahou a bien raison de s’inquiéter et nous avec….

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