Grèce : par ici la sortie

Tsipras : l'heure de vérité (Photo AFP)

Tsipras : l’heure de vérité
(Photo AFP)

Le Fonds monétaire international (FMI) a claqué la porte des négociations sur la dette de la Grèce. Les Européens continuent de rechercher un accord avec Athènes qui contraigne la Grèce à honorer ses engagements sans pour autant qu’elle quitte la zone euro. Mais le malaise général des places financières devient insupportable. Il faut trancher le noeud gordien.

LE PRÉSIDENT de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde (sans rapport avec Christine Lagarde, directrice du FMI), s’est prononcé ce matin pour une sortie de la Grèce de la zone euro. Il estime que le programme d’Alexis Tsipras, chef du gouvernement grec, est incompatible avec un monnaie forte. L’économie grecque ne peut retrouver un minimum de compétitivité qu’avec une monnaie dévaluée. Ce qui implique un retour au drachme. Les marchés veulent que les dirigeants de la zone euro maintiennent à n’importe quel prix le principe en vertu duquel l’euro protège toutes les économies situées dans la zone. Ce principe, en l’état, est inapplicable, sauf à jeter encore et encore des milliards dans le tonneau des Danaïdes.

Les Grecs dans l’illusion.

Un « Grexit » (ou sortie de la Grèce de la zone) entraînerait certes des perturbations, de nature plus psychologique que financière, car la Grèce ne représente que 5 % du produit intérieur brut de l’Union européenne. Mais, après quelques turbulences, les marchés reviendraient à la raison et M. Tsipras pourrait appliquer le programme pour lequel son parti, Syriza, a été porté au pouvoir par les électeurs grecs, déjà déçus par un gouvernement qui n’a que quelques mois. Nos amis grecs nous décrivent à l’envie, et de manière tonitruante, leurs souffrances économiques et sociales. Ils tendent à oublier que leurs précédents gouvernements ont truqué leurs comptes pour obtenir l’adhésion de leur pays à la zone euro. Ils ne semblent pas comprendre que les ajustements de leurs salaires et de leurs retraites, l’ascension vertigineuse du chômage corrigent des avantages factices qui leur ont été accordés sans souci de leur coût.

La déroute est contagieuse.

Certes, cinq ans d’austérité, c’est trop long, et c’est, on en conviendra, injuste. Mais la Grèce à 300 milliards de dettes, 177 % de son produit intérieur brut. La générosité des partenaires européens de la Grèce a été immense. Elle a ses limites, à savoir que, si nous continuions à prêter de l’argent aux Grecs, ils nous entraîneraient dans un désastre continental. À quoi il faut ajouter que M. Tsipras a négocié à la Grecque, en louvoyant, en présentant des concessions illusoires, en tentant parfois de résoudre la quadrature du cercle, ce qui ne risquait pas de duper des négociateurs avertis par les mensonges grecs de naguère. Le gouvernement, qui se classe lui-même à l’extrême gauche, s’est montré à ce jour incapable de procéder aux réformes indispensables, fiscalité de l’Église orthodoxe, cadastre pour l’impôt foncier, répression de la fraude fiscale qui va des plus riches aux propriétaires de café ignorant la TVA, prolongation des carrières pour éviter trop de départs à la retraite. C’était pourtant un rôle que ses convictions lui assignaient.
La Grèce n’a donc pas d’autre choix que de pratiquer la dévaluation compétitive et, pour cela, elle doit retourner au drachme, ce qui certes se traduira pas un nouvel appauvrissement de son peuple, mais lui permettra de retrouver des marges de manoeuvre dans la production et l’export. Dans une Europe interdépendante, la déroute financière est contagieuse. Le sauvetage des Grecs ne saurait se traduire par l’affaiblissement, et même la destruction de la zone euro. Nous avons beaucoup donné aux Grecs et nous l’avons fait au nom de la solidarité européenne, au nom de l’affection que nous gardons pour la Grèce antique et le rôle qu’elle a joué dans la civilisation européenne. Il faut néanmoins avoir les pieds sur terre et, surtout, cesser de tergiverser. Ou bien les Grecs acceptent les conditions de leurs créanciers, qui se sont adoucies au long de la négociation, ou bien, au plus tard la semaine prochaine, nous leur signifions la rupture.

RICHARD LISCIA

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