Grèce : fête d’un naufrage

Liesse à Athènes (PHOTO AFP)

Liesse à Athènes
(PHOTO AFP)

Alexis Tsipras a certainement remporté une grande victoire politique dans son pays, avec un « non » au référendum qui recueille plus de 61 % des suffrages. Il a aussi ouvert la porte qui conduit la Grèce à la sortie de l’euro. Il affirme qu’il est maintenant en mesure de négocier à partir d’une position de force. Il se trompe et, avec lui, se trompent toux ceux qui viennent d’applaudir au triomphe du « non ».

M. TSIPRAS, en bon stratège, a tenté de replacer la crise financière de la Grèce dans le champ politique. Il estime que la rhétorique peut donner le change, si j’ose dire. Ses amis et lui ont prononcé des mots qui, dans n’importe quelle négociation internationale, auraient rompu le dialogue. Dire, comme ils le font, des pays européens, notamment la France, qu’ils se conduisent en « terroristes », c’est insulter, avec une violence et une malhonnêteté que rien n’excuse, les victimes du terrorisme. Dire que les institutions européennes ont exercé sur la Grèce un « chantage » alors que le référendum lui-même a été l’instrument du chantage, c’est susbtituer le mensonge à la vérité. Affirmer, comme les partisans du « non » ne cessent de le faire, que c’est la Grèce qui va changer l’Europe au moment même où la Grèce risque de ruiner la zone euro, c’est se moquer du monde. Le peuple grec est dans un délire, que l’on perçoit dans les déclarations faites par les citoyens grecs dans la rue et dans les analyses des journalistes grecs qui travaillent pour les médias français. L’arrogance d’un peuple qui arbore de telles prétentions alors qu’il n’y a plus un fifrelin dans les banques grecques pour payer les salaires et les retraites est tout simplement absurde, hors du monde et hors du temps.

Une occasion sinistre de réformer l’euro.

Il y a la Grèce, il y a l’Europe et il y a la France. On devine sans effort que François Hollande, bien qu’il soit très agacé par le comportement de l’extrême gauche grecque, veut encore négocier et sauver la Grèce malgré elle pour qu’il ne soit pas dit qu’un pays de la zone euro peut en sortir, pour faire croire que le choix de l’euro est éternel et irréversible. La crise grecque a mis en lumière, en réalité, les erreurs profondes qui ont été commises par l’extension de l’Union à un trop grand nombre de pays et de la zone euro à des pays qui n’ont rien à y faire. Elle donne l’occasion sinistre de réformer la zone euro. Certes, M. Tsipras vient de donner un gage en laissant son ubuesque ministre de l’Économie, Yanis Varoufakis, démissionner, prenant par surprise tous les gouvernements européens ; car Varoufakis avait dit qu’il démissionnerait si le « oui » l’emportait. M. Tsipras croit qu’un tel sacrifice va détendre l’atmosphère, convaincu qu’il est que tout est politique. C’est faux. Tout est chiffres, à commencer par ces trois cents milliards de dettes cumulées et ces sommes considérables que la Banque centrale européenne a continué à accorder aux banques grecques jusqu’à l’annonce du référendum, qui a contraint Mario Draghi, président de la BCE, à fermer le robinet. Acte terroriste, bien sûr. Comment des gens qui ne savent pas de quoi ils vont vivre le lendemain peuvent-ils tenir la dragée haute aux Européens, alors que l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et la France poursuivent des programmes de réduction de la dépense publique, ces programmes que les Grecs viennent justement de rejeter ? Comment peuvent-ils pousser des cris d’orfraie alors que les pensions en Grèce, après les baisses, sont encore supérieures à celles qui existent dans certains États de la zone euro auxquels les Grecs demandent, avec une superbe incroyable, de leur donner, oui, donner, puisqu’ils refusent de rembourser, de l’argent ?

Non au maître-nageur.

Les Grecs sont libres. Il faut respecter leur liberté. Il faut respecter le peuple grec. Il faut accepter qu’il décide lui-même de son sort. Nous, Européens, n’avons pas à lui imposer nos conditions. Ce sont des gens qui se noient dans la piscine parce qu’ils n’ont jamais appris à nager et qui, en plus, refusent l’aide du maître-nageur. Cela s’appelle un suicide. Toutefois, tout ce qui reste de commisération colérique chez les acteurs de l’Union européenne les incite à s’occuper encore des Grecs, envers et contre tout, pour répondre au devoir d’assistance à personne en danger. Mais nous ne ferons pas leur bonheur contre leur gré. Et nous, nous ne serions pas libres, nous serions engagés par une décision unilatérale de la Grèce ? Faisons un référendum pour savoir si les citoyens européens sont disposés à allonger un sou de plus à la Grèce, vous verrez le résultat. Il est tout simplement honteux que l’on nous ait présenté ce scrutin comme le produit du meilleur esprit démocratique, un peuple de 10 millions d’âmes dictant ses conditions à 480 millions d’Européens. Les marchés et l’euro ont montré ce matin qu’ils étaient capables d’encaisser le choc. M. Tsipras prétend qu’il n’a rien contre la zone euro, mais il est tout de même curieux qu’il soit adoubé par le Front national, par Mélenchon, par Dupont-Aignan par le PC et par Podemos, ce nouveau parti qui s’apprête à prendre le pouvoir aux prochaines élections législatives espagnoles. Extrême gauche, extrême droite, même combat ! Je suggère à François Hollande d’écouter ce soir ce que Mme Merkel a à dire. S’il y a une façon de rattraper cette chienlit indescriptible, je ne suis pas contre. Mais bon, il est temps de se résigner à une évidence : la générosité sans fin, c’est le sabre du hara-kiri.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Grèce : fête d’un naufrage

  1. Peu importe que les Grecs votent oui ou non, ce pays que je connais depuis l’enfance pour son histoire et depuis 50 ans pour l’avoir régulièrement visité depuis les Colonels jusqu’à 2009, n’a pas les structures politico-administratives héritées du IIe Millénaire ou est très en avance sur celles du IIIe, marqué par le triomphe de l’argent virtuel stratosphérique. La finance à vitesse nanométrique/seconde ne repose plus sur rien, donc pousse aux surendettements irresponsables.
    Regrettons la voix de Mélina Mercouri réclamant que les JOs du XXIe siècle aient toujours lieu en Grèce pour rentabiliser les investissements voulus par le sinistre Samaranch qui voulait tout, sauf que les JOs aient lieu à Paris, notamment en 2000. L’argent partit sur des comptes suisses et il ne reste de l’aventure qu’un très beau Musée au pied de l’Acropole!
    Les Français sont des poires dans cette affaire même s’ils ont vendu des armes à la Grèce sur le thème « Qu’est-ce que tu m’offres avec ton argent? »
    Ceci dit, enfin, on parle de géopolitique pour s’apercevoir que l’appendice sud-est de l’Europe est la Grèce au territoire ingérable puisque maritime truffé d’îles aux portes d’une Asie-Afrique globalement terrestre et continentale.
    La seule solution d’intégration des Grecs à des structures politico-administratives à l’Européenne est l’interconnection de tous les citoyens à une informatique centralisée et uniformément adaptée à des valeurs matérielles et immatérielles adoptées par tous. Vous avez dit Big Brother? Non, pas spécialement, car j’avais voté oui au référendum de 2005 et nettement déduit ce qui allait se passer avec ce rejet qui n’a profité à personne, USA compris.

  2. Delteil christian dit :

    J’en ai marre de payer pour les Grecs. Un emprunt doit être remboursé, comme on dit dans les publicités. La Grèce doit rembourser ou être sortie manu militari. Je ne suis plus disposé à payer 1 000 euros de mes impôts pour des gens qui se foutent ouvertement de nous. Voir la tête du Premier ministre ce jour. Je les déduirai à la fin de cette année de ma feuille d’impôts. On ne va pas encore une fois baisser son froc.

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