Grèce : ça passe ou ça casse

Merkel et Hollande hier à Paris (Photo AFP)

Merkel et Hollande hier à Paris
(Photo AFP)

Les Européens auront au moins fait l’effort d’unifier leurs positions avant d’entendre les nouvelles propositions de la Grèce, comme en témoignent le sommet franco-allemand d’hier et la réunion de l’Eurogroupe aujourd’hui. Il est sûrement préférable de ne pas s’attarder sur les rancoeurs qu’ont fait naître quelques insultes irresponsables prononcées par les dirigeants grecs, d’autant plus arrogants que leur position est fragile.

IL NE S’AGIT pas d’en finir avec la Grèce. La recherche ultime d’un compromis doit être approuvée. Une sortie de la Grèce de la zone euro serait une catastrophe pour le peuple grec, elle ne se ferait pas non plus à l’avantage de l’Union européenne qui apporterait ainsi la preuve de sa fragilité. Mais il ne faut pas que le gouvernement grec se serve du « Grexit » comme d’un épouvantail. Le temps du chantage est terminé. Dans le cadre du retour à la raison, on peut tout imaginer sur le mode positif : la continuité du soutien de la Banque centrale européenne (BCE) aux banques grecques, qui n’ont même plus de billets, un plan de réformes en Grèce qui s’attaque enfin à quelques tabous, un rééchelonnement de l’énorme dette qui allège le fardeau porté par les Grecs et même, pour autant qu’il ne disloque par le système bancaire européen, un effacement d’une partie de la dette.

Les dangers du « Grexit ».

L’alternative, nous la connaissons. Ce serait que la Grèce prenne le large et adopte une monnaie nationale. C’est ce qui pend au nez d’Alexis Tsipras s’il continue de croire qu’il a en face de lui non pas des amis et des soutiens mais des adversaires à combattre et à traiter de terroristes. Je crois personnellement que le peuple grec, malgré l’ovation qu’il vient de faire à son gouvernement, demanderait sa démission et des élections anticipées, sans parler d’un soulèvement des plus pauvres. Pour nous, Européens, ce serait un coup de semonce, qui sonnerait le glas de nos illusions et des imperfections de la zone euro et annoncerait la nécessité urgente d’une réforme de la monnaie unique, ou plutôt d’un accompagnement de l’euro par une convergence des systèmes économiques, fiscaux et sociaux propre à empêcher une autre crise.
Je crois que le rythme européen est lent et que l’Union ne supporterait pas d’être ainsi bousculée. Et c’est pourquoi, d’un point de vue strictement européen, l’accord avec Athènes est cent fois préférable. Mais il sera coûteux et il faut que nos concessions soient examinées avec assez d’attention pour que soit assurée la stabilité des banques et compagnies d’assurances qui détiennent encore de la dette grecque.

Continuité de l’État grec.

Le pire serait que la négociation se déroule sur le mode politique, que M. Tsipras, sous le prétexte qu’il est fraîchement élu, n’assume pas la continuité de l’État grec, qu’il continue à louvoyer au lieu de reconnaître la réalité telle qu’elle apparaît dans les chiffres. Les négociateurs européens ne doivent en aucun cas céder à l’anxiété : il existe une manière de procéder calmement au « Grexit » et ils doivent la présenter au gouvernement grec, justement pour empêcher que la sortie de la Grèce se produise, puisque le seul argument de M. Tsipras est de nature apocalyptique. Le message à la Grèce doit être le suivant : nous Européens, ne souhaitons pas votre départ. Pour rester dans la zone euro, vous devez procéder à de sérieuses réformes, en échange de quoi nous sommes prêts à envisager toutes sortes d’avancées en votre faveur. Mais si vous préférez l’aventure, nous vous assurons que vous prendrez des risques sans commune mesure avec ceux auxquels nous sommes exposés.

RICHARD LISCIA

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