Paysans : laxisme ou fatalité ?

Tracteurs à Paris (Photo AFP)

Tracteurs à Paris
(Photo AFP)

Ce blocus de Paris par des paysans mécontents donne l’impression du déjà-vu. La crise du monde agricole, qui dure depuis au moins six mois, devait aboutir inévitablement à une explication entre les agriculteurs ou éleveurs d’une part, pouvoirs publics d’autre part. Il ne faut donc pas s’étonner de ce que, en définitive, le gouvernement, avant même de recevoir les agriculteurs, ait satisfait partiellement leurs revendications.

C’EST QUAND MÊME surprenant : tout le monde savait que les paysans ne se contenteraient pas des mesures très modestes que le gouvernement leur proposait ; François Hollande, en outre, ne peut pas s’offrir une crise de cette dimension alors que les agriculteurs commencent à rejoindre le Front national et risquent, par leur vote, d’achever la gauche aux régionales et en 2017. Dans ces conditions, on ne comprend pas cette sorte de guerre d’usure que le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a engagée avec la FNSEA, syndicat agricole majoritaire, dirigée par Xavier Beulin, dont personne n’ignore, par ailleurs, qu’en tant que propriétaire agricole, il n’est pas particulièrement représentatif du petit producteur étranglé par les charges et par les normes.

Les tourments infligés aux Parisiens.

C’est peut-être la personnalité de l’interlocuteur qui a conduit le gouvernement à refuser, ou plutôt à faire la sourde oreille aux propositions de la FNSEA (en gros, une aide de trois milliards, très contestée par la Coordination agricole, le syndicat rival). À quoi l’épreuve de force d’aujourd’hui pouvait-elle conduire, sinon à de nouvelles concessions gouvernementales, étant entendu que toute la gouvernance de François Hollande repose sur la placidité et le refus d’engager le combat ? Là-dessus, les manifestants, munis de leurs tracteurs, n’oublient pas d’évoquer les tourments qu’ils ont infligés aux Parisiens, mais le résultat est le même : quand il y a un problème, conflit social ou économique, c’est la population parisienne qui est prise en otage. Elle ne sait pas vraiment si elle comprend les manifestants au point de les pardonner ou si elle leur en veut, ou si elle doit vilipender le gouvernement. Amis franciliens, c’est notre sort inéluctable : non seulement on nous empoisonne la vie, mais nous ne sommes même pas sûrs qui nous devons blâmer pour nos désagréments.

Concurrence illégale ?

La crise agricole méritait un traitement économique. Certes, cela finit par une nouvelle dépense de l’État, qui aura bien du mal à la financer, mais le fond du problème, c’est encore les scléroses de la société française, trop normative (et, dans le cas des produits d’origine agricole, soumise au principe de précaution), qui fait peser sur les producteurs des handicaps dont les autres pays d’Europe sont indemnes. On remarque que les solutions envisagées par les autorités ou par les paysans, comme acheter français ou se débarrasser de certains normes trop contraignantes, font bon marché de nos engagements européens. Si tous les Français faisaient l’effort de n’acheter que ce qui est produit par leur pays, ils pratiqueraient une concurrence illégale. Et cette réflexion est valable pour les normes de production, égales pour tous les pays membres de l’UE. La commission de Bruxelles, qui a d’autres chats à fouetter, n’en fait pas encore un fromage, si j’ose dire, mais elle ne tardera pas à sévir si le jambon allemand ne se vend plus chez nous.
M. Le Foll est au centre de la crise. Elle l’a même exténué et ses collègues du gouvernement ne tarissent pas d’éloges sur son compte. On devine chez lui quelque chose qui ressemble à de la lassitude ou un vacillement dû à la fatigue. Il aurait souhaité remplacer François Rebsamen au poste de ministre du Travail, qui a été confié à la jeune Myriam El Khomry, encensée par ses pairs. Dès lors que le président de la République condamne Stéphane Le Foll à régler la crise agricole, il est logique qu’il lui en donne les moyens.

RICHARD LISCIA

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