Télé : la création et l’argent

Delphine Ernotte (Photo AFP)

Delphine Ernotte
(Photo AFP)

France Télévisions démarre la saison avec punch et enthousiasme, grâce, notamment, à la présence active de sa nouvelle présidente, Delphine Ernotte. Elle a beaucoup d’ambition et veut faire du service public une organisation exemplaire en y multipliant les programmes de qualité.

ON NE PEUT que souscrire à un plan capable de donner à la télévision et à la radio publiques une force qui les placerait au-dessus des médias commerciaux, lesquels n’échapperont jamais à leur plus grand travers, le recours excessif à la publicité. Un gâteau dont les dimensions ne sont pas infinies et qu’ils doivent se partager dans un climat de moins en moins favorable. Mme Ernotte, qui vient d’Orange, où elle aurait fait merveille, connaît néanmoins le ressort de son exigence : c’est l’argent. Et elle en réclame. Comment lui en accorder davantage, voilà la question, d’autant que, dans leur état actuel, nombre de radios et télévisions publiques sont déjà déficitaires. De l’argent, il en faut donc à la fois pour équilibrer leurs comptes et pour faire mieux que ce qui a été fait jusqu’à présent.

Les deux inconvénients à la fois.

La France n’est certes pas le seul pays où le public est « invité » à payer la redevance mais aussi à supporter les espaces publicitaires. Dans cette double alimentation en moyens, il y a une contradiction désagréable. Quand la première chaîne de télévision a été vendue à un opérateur privé, son nouveau propriétaire avait mis en cause un système où les chaînes publiques pouvaient le concurrencer en s’arrogeant une partie du marché publicitaire et en touchant néanmoins le produit de la redevance. En bonne justice, la taxe devrait aller entièrement au service public, à l’exclusion de la publicité. Ce n’est pas la conception de Mme Ernotte qui demande que la publicité soit autorisée de nouveau sur le service public au moins jusqu’à 21 heures et que la redevance soit augmentée tout en même temps.

Et la réforme, alors ?

Sa requête, faite au nom de la création, est respectable, mais elle contredit la promesse de François Hollande de baisser les impôts. Ce qui conduit le public à penser que, chaque fois que les impôts baissent, il y a nécessairement des exceptions qui font que, au total, ils ne diminuent pas. On devine néanmoins que, pour des raisons électorales, les revendications de la P-DG de France Télévisions ne seront pas entièrement satisfaites. Ce n’est pas en France, nous dit-on, que la redevance est la plus élevée, un peu comme si, en devenant la plus chère d’Europe, elle atteignait un sommet de vertu. En réalité, le service public, comme tout le reste, a besoin d’être réformé. On y a fait par le passé des dépenses inconsidérées et son personnel est pléthorique. Bien entendu, dans une période où le taux de chômage est insupportable, une réforme qui se traduirait par des centaines de licenciements serait mal vue. De sorte que, plutôt que de faire des économies, on songe à une dépense accrue. Ainsi les médias publics n’échappent-ils à cette maladie bien française qui fait qu’on est aveugle au chômage dans le privé, qui résulte pourtant en partie d’une surabondance d’effectifs dans le public, car l’État paie les fonctionnaires avec de l’argent qu’il emprunte et dont il prive les investissements productifs.

RICHARD LISCIA

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One Response to Télé : la création et l’argent

  1. Oj dit :

    Merci de ce texte qui expose bien l’équation explicitant un effet de vases communicants que l’on devrait toujours avoir à l’esprit.

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