Immigrés : désordre et confusion

Migrants en Grèce !Photo AFP)

Migrants en Grèce
!Photo AFP)

Ce soudain engouement des Européens pour les immigrés a des effets qui ne sont pas forcément positifs. Il n’aura rien fait, en tout cas, pour unifier la position de l’Union européenne. Il y a ceux qui veulent accueillir les migrants, ceux qui ne veulent pas, ceux qui saluent le geste humanitaire, ceux qui en dénoncent les conséquences négatives. Enfin, il y a ceux qui ne veulent recevoir que des chrétiens, lesquels il est vrai, risquent de disparaître du Proche-Orient, ce qui n’empêche pas le choix de leurs hôtes d’être discriminatoire.

FRANÇOIS HOLLANDE n’a pas cédé à l’émotion. Il se contente d’accepter la décision de la commission européenne d’affecter 24 000 migrants à la France. On aura beau faire, invoquer les impératifs catégoriques, la répartition des immigrés entre les 28 États-membres donnera lieu de toute façon à de vives contestations. L’Allemagne, comme toujours, a donné le la, en jurant qu’elle était capable d’absorber 800 000 demandeurs d’asile, ce qui est énorme mais risque, avec le temps, d’être bien insuffisant. Qui peut chiffrer avec exactitude le nombre de ces malheureux qui arrivent sur nos côtes ? On entend et on voit des reportages sur des migrants qui ont été accueillis dans des familles françaises, exceptionnellement généreuses parce qu’elles ont devancé le voeu des autorités. En même temps, Marine Le Pen fait feu de tout bois en dénonçant l’irresponsabilité de l’exécutif. Des maires, saturés de problèmes avec la diminution des dotations de l’État, s’insurgent et refusent d’ouvrir les bras au moindre immigré.

L’ordre européen.

M. Hollande, comme tout le monde en Europe, établit clairement la distinction entre demandeurs d’asile politique et migrants économiques. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire que ce classement ne rend pas compte de la réalité, qu’il est très difficile de reconduire chez eux ceux qui n’ont pas le statut politique, et que le problème humanitaire n’est pas mois aigu pour eux que pour les autres. Ce n’est pas, de ma part, une forme de maximalisme. C’est du réalisme. Vous verrez que la plupart de ceux qui sont venus et viennent encore au nom de la précarité où ils se trouvent ne repartiront pas. L’ordre que veut instaurer la commission de Bruxelles en édictant des règles dont elle a le secret mais qui correspondraient à une juste répartition va vite voler en éclats.

Un conflit politique majeur.

La situation n’est donc pas moins explosive maintenant que nous ouvrons les portes de l’Europe aux Syriens persécutés que lorsqu’elles étaient théoriquement fermées. Elle va produire en France un conflit politique majeur. Le Front national va surfer sur cette crise en administrant la preuve que la générosité, en l’occurrence, est un ingrédient proche de la dynamite et qu’il va affecter le tissu social et culturel du pays. La droite va s’inscrire plutôt dans une évaluation négative de l’arrivée des migrants, qu’elle décrira comme massive même si personne ne peut dire avec certitude que l’arrivée subite de plusieurs dizaines de milliers d’étrangers dans un pays qui compte 65 millions d’habitants va entraîner des difficultés majeures. Ce qui est sûr, c’est que notre taux de chômage, de 10,5 %, ne nous permet pas de croire que les nouveaux venus vont rapidement trouver un emploi et participer à la création de richesse nationale, comme tentent de nous le faire croire des observateurs bien intentionnés.
Le fait nouveau, c’est qu’à l’affrontement politique entre la gauche et le FN se substitue une bataille de valeurs, entre la prise en compte de ce qu’il y a d’humain chez les immigrants et qui, il est vrai, ne doit pas être négligé, et le refus d’une grande partie de la population de faire des sacrifices en ces temps pénibles, entre l’émotion et le réalisme, entre la compassion et la répression. On va retrouver ce clivage lors des échéances électorales et il ne sera pas difficile, pour Marine Le Pen, de mettre en avant les « folles » décisions prises par le pouvoir qu’elle n’oubliera pas d’attribuer à un nouveau diktat européen. La charité n’est pas l’incitation la plus efficace à voter pour celui qui s’en réclame.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Immigrés : désordre et confusion

  1. Rossini dit :

    Hollande ne fait que du coup par coup, il n’a aucune vision du monde et des enjeux. Ça fait combien de temps que ces pauvres gens errent dans des camps et c’est maintenant qu il faut réagir ?

  2. lionel dit :

    Il est humain de les aider. En revanche, ces flux de migrants ne sont pas exclusivement composés de femmes accompagnées de nourrissons; il y a beaucoup d’hommes dans la force de l’âge. Ne pourrions nous pas former militairement ces hommes afin qu’ils puissent libérer leur pays ? En effet, cet accueil massif, en particulier en Allemagne, qui croit naïvement gagner une main d’œuvre bon marché risque à terme de déséquilibrer la société.
    Par ailleurs, cet altruisme européen ne pourrait-il pas être accompagné par les pétromonarchies du Golfe ? L’Arabie Saoudite, le Qatar et consorts ne peuvent-ils pas participer au soulagement de ces populations ? A moins que ces pays ne soient eux-mêmes instigateurs (financeurs?) de ce chaos.

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