Immigration : et les États du Golfe ?

Des pèlerins, oui, des migrants, non (Photo AFP)

Des pèlerins, oui, des migrants, non
(Photo AFP)

Un des lecteurs de ce blog, Lionel, a soulevé une idée qui me trotte dans la tête depuis quelques jours : pourquoi les riches États du Golfe n’accueillent-ils pas les migrants qui viennent du monde arabe ? Une analyse rapide montre que cette solution n’est pas plus simple que les autres.

L’ARABIE saoudite, le Qatar et les Émirats aident financièrement le Liban et la Jordanie, peut-être la Turquie, à abriter les millions de réfugiés qui ont fui les guerres d’Irak et de Syrie. Quel que soit le niveau de cette aide, ils pensent qu’ils sont quittes. Ils ne le sont pas. Ils n’ont aucun argument en leur faveur : Irakiens et Syriens sont musulmans, sunnites pour la plupart, et leur accueil sur des terres musulmanes, désertiques mais vastes, ne brise aucun de leurs nombreux tabous. Disons-le tout net: leur passivité dans cette affaire relève du plus insolent des égoïsmes. Avec un peu d’argent, ils se débarrassent du problème. Ils n’ont pas plus de compassion pour les musulmans que pour les hommes et femmes pratiquant une autre religion. C’est d’autant plus consternant que l’Arabie se voit comme la gardienne de l’islam. Pour le pélérinage de la Mecque, elle fait chaque année des investissements considérables et reçoit des foules énormes de touristes religieux. Elle veut bien recevoir ces visiteurs payants, elle ne veut rien savoir de la misère du monde, fût-elle la conséquence de conflits où l’Arabie est partie prenante dans son bras de fer avec l’Iran.

Choc culturel.

À sa décharge, on dira que les migrants veulent tous aller en Europe, que les passeurs ne proposent guère de voyage vers la péninsule arabique, et surtout que la méfiance à l’égard de monarchies rétrogrades est aussi grande en Syrie et en Irak qu’est étouffante la nature des régimes monarchiques. Les exilés, en définitive, ne se contentent pas d’échapper à un chaos qui risque de les éliminer de la surface de la terre, ils souhaitent, tant qu’à faire, aller vivre dans des pays où l’on pratique les libertés essentielles, ce qui, en somme, est bien naturel. Curieusement, le choc culturel que peut ressentir un Syrien à Ryad n’est pas moins puissant que celui qu’il éprouve à Berlin ou à Paris.

Leur en toucher deux mots.

Mais le fait que l’Europe se présente comme un Eldorado aux migrants n’exonère pas les États du Golfe de leurs responsabilités. On parle beaucoup des mesures que les pays membres de l’Union européenne devraient prendre pour cantonner le phénomène migratoire au Proche-Orient, notamment en participant au changement de certains régimes politiques. Mais commençons déjà par actionner nos diplomaties qui seraient bien inspirées si elles demandaient aux pays de la péninsule arabique d’examiner le problème et de contribuer à sa résolution. Que la destination du Golfe ne soit envisagée par personne n’est pas un postulat. Que les monarchies pétrolières aient adopté, en la circonstance, la politique du silence absolu, en disparaissant des radars, n’explique ni n’excuse leur comportement, qui est d’ailleurs en contradiction totale avec un engagement religieux tellement intense qu’il leur sert de politique et de base institutionnelle : l’Arabie est une théocratie (comme l’Iran). On pourrait peut-être leur en dire deux mots ?

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Immigration : et les États du Golfe ?

  1. Jack40 dit :

    M. Liscia découvre cela aujourd’hui?
    L’hypocrisie des diplomates a ses équivalents journalistiques.
    La veulerie est la chose du monde la mieux partagée.
    Le citoyen impuissant même à s’exprimer depuis qu’il délègue aussi son pouvoir aux médias peut enfin reprendre la parole grâce à Internet.
    C’est fait! Mais tout autant inefficace ! Hélas.

    Réponse.
    En revanche, un message agressif, injuste et désagréable, voilà qui est efficace.

  2. chambouleyron dit :

    Holà! Les amis, vous iriez vous dans ces théocraties où l’on décapite et coupe les mains ?

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