Merkel baisse les bras

Un soudain revirement (Photo AFP)

Un soudain revirement
(Photo AFP)

Encensée par tous les humanistes, c’est-à-dire ceux qui veulent ouvrir les frontières de l’Europe aux réfugiés politiques venus notamment de Syrie, la chancelière allemande, Angela Merkel, a été contrainte de suspendre les accords de Schengen et de fermer les frontières de son pays à la vague de migrants.

C’EST, BIEN SÛR, un coup de théâtre qui prend à revers tous ceux qui ont applaudi Mme Merkel mais qui montre aussi la gravité de la crise migratoire : si la chancelière allemande revient sur la politique qu’elle a adoptée il y a à peine quelques jours, cela prouve que le flot des migrants est excessif et que les structures allemandes d’accueil sont débordées. Les Européens en reviennent donc au point de départ, c’est-à-dire au principe de répartition par quotas de la charge migratoire, ce qui déplaît profondément aux pays qui ont déjà déjà vivement rejeté ce principe.

L’erreur de la chancelière.

Après les louanges, les critiques : le gouvernement français s’est bien gardé de dénoncer la décision allemande. Il fait valoir, à juste titre, que la fermeture des frontières allemandes n’est que provisoire, le temps d’absorber le flux sans précédent de migrants. Dans l’opposition, en revanche, on estime, à l’instar de Bruno Le Maire, que Mme Merkel a commis une erreur en agissant seule. Et, ajoutera-t-on, peut-être de manière précipitée. Il me semble toutefois que la chancelière a voulu surtout donner un coup d’arrêt à la froide logique qui condamnait pratiquement tous les migrants au refoulement impitoyable vers leurs pays d’origine. Qu’elle a voulu, principalement, rappeler aux Européens, notamment ceux qui ont adhéré plus récemment à l’Union, que leur engagement contient des devoirs autant que des droits et qu’ils ne sauraient exclure les premiers au profit unique des seconds. Et enfin, que l’Allemagne allait donner l’exemple en annonçant qu’elle accueillerait cette année 800 000 réfugiés.

Nouvelle réunion à Bruxelles.

Le problème, c’est qu’ils arrivent tous en même temps, qu’ils étaient déjà en chemin et que Mme Merkel a omis de signaler les difficultés de l’entreprise. Ce qui l’a conduite à un revirement de 160 degrés. Comme, en la matière, la crise migratoire se double d’un débat venimeux entre les pays et entre les partis de chaque pays, les opposants à une politique migratoire généreuse se sont précipités, non sans logique, sur les auteurs de cette politique qui, tout Allemands qu’ils soient, ont vu trop grand et ont été contraints beaucoup trop vite à rebrousser chemin.
Cet après-midi, les Européens sont de nouveau réunis à Bruxelles. Il ne leur reste plus qu’à nous surprendre en acceptant tous une répartition des réfugiés entre les 28 pays membres de l’UE. Mais c’est peu probable, car l’hostilité aux actes de nature humanitaire est inspirée par des raisons économiques et par le climat d’intolérance ou de xénophobie qui règne dans nombre de pays. C’est en ce sens qu’il faut admettre l’influence des extrêmes droites en Europe. Le gouvernement hongrois de Viktor Orban ne cesse de dériver vers le racisme depuis que s’est constitué un parti pire que le sien, Jobbik, qui le menace. On demande à M. Orban un courage qu’on ne demande pas à la droite française qui, à ce jour, n’a pas su déclarer clairement que, même si l’arrivée des migrants pose des problèmes insurmontables, il n’y a pas d’autre choix que d’accueillir tous les réfugiés politiques. D’abord parce que le spectacle de cette détresse est intolérable, ensuite parce qu’ils ne peuvent pas, pour le moment, rentrer chez eux, enfin parce que nous sommes des démocraties et que cela ne veut rien dire si nous laissons ces visiteurs encombrants mourir à nos portes.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Merkel baisse les bras

  1. pierre schweizer dit :

    Pour commencer, la meilleure des décisions aurait été de ne pas soutenir les rebelles syriens.
    De quel droit s’arroge-t-il le droit d’intervenir dans un pays souverain ? Idem pour notre ex-président. Grâce à eux, il y a et aura des centaines de milliers de morts en plus.
    Notre président s’imagine encore qu’il dirige la cinquième puissance mondiale alors que, nous sommes en faillite totale et vivons à crédit
    Le bouquet est son revirement concernant la fermeture des frontières. Huit jours avant, il disait exactement le contraire.
    Maintenant, c’est malheureusement trop tard, il ne pourra plus arrêter les millions de migrants qui vont se déverser en Europe.

    • chambouleyron dit :

      Madame Merkel est la seule vrai européenne et elle a fait un geste fort sans tergiverser, suivez mon regard.. Merci à elle. Honte à nous. Mais je croyais que le pragmatisme était une qualité !!! Elle s’adapte. J’adore ces commentateurs qui fanfaronnent dans les circonvolutions des autres avec maestria et insignifiance.

  2. louis traissac dit :

    Les migrants sont pour la plupart musulmans :
    1) Pourquoi ne vont-ils pas dans les pays musulmans riches plus proches de leur pays ?
    2) Que font ces pays riches pour eux et pour les accueillir ?
    Même si les chrétiens ne sont pas totalement efficaces, des efforts considérables sont faits: d’accueil et même de soutien sur place.
    Bizarre…Bizarre. Où est l’islamophobie?

    Réponse
    Voir mon blog du 11 septembre

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