Impôts : l’État déboussoulé

Eckert : ne payez pas (Photo AFP)

Eckert : ne payez pas
(Photo AFP)

Conformément à une mesure adoptée en 2008 et qui supprime la demi-part des veuves, 900 000 retraités ont constaté que leur taxe d’habitation avait fortement augmenté cette année. 250 000 d’entre eux ont été assujettis à cette taxe pour la première fois.

SI CE N’ÉTAIT douloureux pour les intéressés, il faudrait en rire. Non pas de la hausse de la taxe d’habitation, qui ne surprend personne, mais de la panique qu’elle a provoquée au sein du gouvernement. Manuel Valls s’est dépêché d’informer les retraités les moins solvables que le mal allait être réparé. Ce qui témoigne de l’impréparation du gouvernement qui a laissé partir les avis d’imposition. Puis, sommé par François Hollande, de trouver une solution immédiate, le secrétaire d’État au Budget, Christian Eckert, a tout simplement demandé aux retraités concernés de ne pas payer la taxe d’habitation.

Une fâcheuse conjonction d’événements.

Certes, la mesure, que le gouvernement avait apparemment oubliée, arrivait à un moment particulièrement sensible, à la veille des élections régionales qui devraient se traduire par une débâcle de la majorité et alors que les Français, jusqu’à présent très dociles sur le plan fiscal, commencent à se rebeller ouvertement contre l’impôt. Mais on n’a jamais vu un gouvernement demander aux contribuables de ne pas payer un impôt. Les retraités ainsi exonérés demanderont la garantie que le fisc, muni de ses mises en demeure habituelles, ne les relancera pas ; d’autres retraités, dont les revenus sont plus confortables, se rangeront peut-être dans la catégorie des insolvables, ce qui donnera lieu à des discussions interminables avec les agents du Trésor public. Bref, l’affaire semble échapper au contrôle du gouvernement qui non seulement ne l’a pas vu venir mais a réagi aux protestations des contribuables avec une fébrilité proche de la panique.

La peur de l’opinion.

Il n’est d’ailleurs pas impossible que les pouvoirs publics aient simplement souhaité l’application d’une disposition capable d’augmenter les recettes de l’État et se sont épouvantés ensuite de l’effet qu’elle faisait dans l’opinion. Personne n’ignore que le budget 2016 n’est guère équilibré, que le gouvernement n’a pas vraiment essayé de contenir la dépense publique et qu’il cède, cette année encore, à sa propension naturelle à augmenter les impôts. Or, si la diminution des dépenses est indispensable, c’est parce que les ponctions dans le portefeuille du contribuable nuisent à son pouvoir d’achat et donc à une croissance qui, en France, dépend principalement de la consommation interne. On ne saura jamais si nos dirigeants ont laissé courir l’abandon de la demi-part des veuves dans l’espoir qu’elle passerait inaperçue. Ce qui est sûr, c’est qu’ils ont été terrorisés par le concert de cris d’indignation poussés par les retraités.
Le gouvernement a lourdement souligné qu’il n’était pas responsable d’une mesure qui remonte à la présidence Sarkozy. C’est un moyen de défense hypocrite. Le président de la République et son Premier ministre sont responsables de tout ce qui se passe pendant le mandat de M. Hollande. Il leur appartenait de gérer en amont une question qui n’a pas tardé à se transformer en crise aigüe. En effet, la pression fiscale est encore trop élevée, y compris dans le budget de l’année prochaine ; une désaffection à l’égard de l’impôt se manifeste dans la société française depuis quelque temps et elle risque de se transformer en aversion dangereuse pour toutes les formes de prélèvement. Pendant ce temps, l’ancien Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, n’a pas de meilleure idée qu’une réforme fiscale en profondeur qui se traduirait par une fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu et donc une vive hausse des prélèvements obligatoires pour les foyers de la classe moyenne. M. Hollande, s’il se représente pour un second mandat, devrait veiller à rassurer ses concitoyens.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Impôts : l’État déboussoulé

  1. Alex dit :

    J’espère bien qu’il n’y aura pas de second mandat.
    Nous aurons déjà beaucoup de mal à nous relever du premier.
    Les Français moyens que nous sommes paient sans arrêt pour financer des dépenses inconsidérées de l’Etat. Cela suffit.

  2. Radaxès dit :

    Ce n’est pas du mandat actuel que nous allons avoir du mal à nous relever, mais des six derniers. Car la droite ne fait pas mieux : depuis l’échec et le désaveu d’Alain Juppé en 1995, plus aucune réforme susceptible de titiller une opinion publique versatile et mue par l’émotion spontanée n’a été prise par nos gouvernants.
    Nos derniers gouvernements de droite n’ayant pas fait la politique et les réformes de droite qu’ils auraient dû, le gouvernement actuel se voit sommé de faire les-dites réformes alors qu’elles ne relèvent pas de l’esprit de la gauche. Il se trouve en schizophrénie.
    Il aurait pu s’en sortir si François Hollande s’était jeté à l’eau comme l’avait fait Schröder et avait fait les réformes nécessaires en acceptant de dégringoler encore plus bas dans la cote de popularité. Il aurait peut être ainsi acquis l’estime d’une partie de la droite, comme le fait Manuel Valls, sauf qu’en France, un électeur de droite même s’il apprécie Manuel Valls ne votera jamais pour lui. Nos partis politiques sont des clubs à l’image des clubs de foot, avec des groupes d’influence et des supporters qui s’occupent davantage de la couleur du maillot que des compétences, des programmes et peut-être plus grave, de l’honnêteté des candidats.
    C’est le courage politique qui manque à nos dirigeants à cause de leur trouille de ne pas être réélus. Il en sera ainsi tant que la politique sera un métier dans lesquels des gens pourront faire carrière, carrière qui passe alors pour eux bien avant l’intérêt général.
    La seule façon d’en sortir serait de mettre fin au cumul des mandats dans le temps : pas plus de deux mandats dans une vie (au total bien sûr : sinon ils feraient deux mandats de maire, deux de député, deux de sénateur, et ce serait le même bazar…).
    De Gaulle avait une certaine idée de la France.
    Pompidou avait une certaine idée de l’État.
    Giscard avait une certaine idée de sa fonction.
    Mitterrand avait une certaine idée de lui-même.
    Chirac avait une certaine idée du salon de l’agriculture.
    Sarkozy a une certaine idée du pouvoir.
    Hollande a une certaine idée de Solférino.

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