La guerre de Valls

Valls : l'anti-FN (Photo AFP)

Valls : l’anti-FN
(Photo AFP)

Manuel Valls a fait campagne pour la majorité avec son énergie coutumière et en prononçant parfois des propos très durs pour le Front national. Il a récidivé ce matin en affirmant que le FN nous conduit tout droit à la « guerre civile », que ce parti est une « arnaque » et qu’il ne faut pas craindre de le combattre et de le démystifier.

ON N’EST PAS surpris par la teneur des commentaires de campagne du Premier ministre, conforme à son discours habituel (naguère, il n’a pas craint de parler d’apartheid à propos de la société française), à son tempérament et à ses convictions qui ajoutent une très forte aversion pour l’extrême droite à une certaine distance avec la gauche idéologique. Il aura été l’un des acteurs les plus présents dans la campagne où l’ancien ministre Xavier Bertrand, lui aussi, s’est battu inlassablement contre le Front national. Ainsi le partage des tâches entre le président de la République et le chef du gouvernement a-t-il été clair pour les observateurs : M. Valls était à la manoeuvre, notamment quand il a fallu retirer les listes socialistes dans trois régions (mais deux seulement ont obtempéré), avec l’aval du chef de l’État. L’exécutif a voulu montrer qu’il se battait contre le Front par les actes et non plus par les mots, comme le fait la droite, qui dénonce le Front mais n’hésite pas à lui prendre ses idées quand elle les juge bonnes.

Une progression irrésistible.

Il est trop tard et en tout cas inutile de faire des pronostics mais il semblerait que la percée du FN va être contenue à la fois en Paca et dans le Nord, et que même le maintien de la liste socialiste dans le Grand Est ne permettrait pas au FN d’emporter la présidence de région. Mais la question se pose en termes différents. Il ne s’agit plus de compter les régions qui tombent aux mains du Front, mais de constater que, de toute façon, il est présent partout dans le territoire avec de fortes minorités qui pèseront sur la gestion de presque toutes les régions. Il y a quelque chose d’irrésistible dans cette progression plus inquiétante que les précédentes. À l’instauration du tripartisme, par nature incompatible avec les institutions de la Vè République, s’ajoute la transformation du FN en parti de gouvernement.

De la place pour deux seulement.

Toutes choses avec lesquelles il va falloir désormais compter et que complète une perspective peu réjouissante pour les 60 à 70 % des Français qui ne votent pas FN : puisque les élections présidentielle et législatives obéissent au scrutin majoritaire à deux tours, le bipartisme sera ré-instauré par la force même des institutions, ce qui signifie qu’un parti ou un groupe, par exemple Les Républicains ou le PS, deviendra ultra-minoritaire si, comme M. Valls l’a parfois laissé entendre pour son propre camp, il ne disparaît pas complètement.
Sous l’effet de la crise multiple que subit la France, une forte partie du peuple tente par son vote de changer de système. Cette partie envisage donc un Parlement d’où seraient pratiquement exclues soit la droite soit la gauche. C’est à ce point de l’histoire qu’une autre partie du peuple pourrait être tentée par cette guerre civile qu’envisage M. Valls. Bref, on ne dira jamais assez combien les choix que nous allons faire dimanche sont importants, non pas en eux-mêmes, mais par l’avenir immédiat qu’ils vont préparer. On voudrait être sûr que tous les électeurs savent exactement ce qu’ils font.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to La guerre de Valls

  1. Oj dit :

    La solution n’est elle pas de s’engager dans les réformes utiles pour notre pays. Il ne s’agit pas de parler uniquement des réformes à impact économique direct (baisse des charges et des impôts) mais de réformes :
    – de l’enseignement : décloisonnement de l’enseignement général et professionnel. Le seul fait de faire assurer par les professeurs de l’enseignement général, des cours dans les lycées d’enseignement professionnels pourrait contribuer à modifier l’idée péjorative qu’ils contribuent à entretenir dans l’esprit des jeunes et de leurs parents (parents qu’ils sont eux-mêmes d’ailleurs). Cela permettrait d’aider les jeunes de ces lycées qui satisfaits de l’enseignement technique souhaitent faire de la physique ou des maths un peu peu plus que les autres, d’accéder aux écoles d’ingénieur sans passer neçessairement par la case BTS. On peut décliner cela avec les filières STG, etc,… Peut être cela permettra-t-il de rééquilibrer le sex-ratio de certaines filières de l’enseignement supérieur avec quotas qui se féminisent au-delà du raisonnable au risque de déséquilibrer le focntionnement des corps professionnels. Sans parler de la pression sur les femmes qui doivent tout savoir faire en un temps limité,car quoiqu’on en dise, elles souhaiteront toujours légitimement élever leurs enfants.
    – des régimes de retraite : avec l’intégration des régimes spéciaux qui plus on attend, plus leur intégration coûtera cher à la collectivité.
    – de la sécurité sociale : avec un changement de paradigme. La prévention à un coût. Il ne suffit pas de la décréter ou de faire des reproches aux professionnels de santé. Que ce soit la sécurité sociale ou les mutuelles, il faut la financer.
    – du CE de EDF : cette exception nationale et peut être même européenne est inacceptable.
    – du fonctionnement de la commission européenne qui produit des normes en veux-tu en voilà, mais a attendu les attentats du 13 novembre pour traiter la question de la sécurité aux frontières de l’espace Schengen, de la communication des donnees des fichiers de circulation des personnes des compagnies aériennes.

    Le jour où le citoyen aura le sentiment que la classe politique, par une action concertée, à l’instar de ce que font nos voisins allemands même si ce c’est probablement pas parfait, s’attaque aux problèmes fondamentaux de la société française, il retrouvera le chemin des urnes ou ira voter pour des projets et non plus pour sanctionner en choisissant de donner sa voix aux partis populistes tels que le FN et le Front de gauche.

  2. Sthul Albert dit :

    Bonjour, pour me situer, je précise que je suis retraité, entre autres ex-directeur d’un établissement sanitaire privé, centre chirurgical.
    Cet article comme beaucoup d’autres et à l’instar de nombre de déclarations de femmes et hommes politiques, montre que la quasi totalité des journalistes et des politiques, prennent les citoyens pour… des imbéciles ! Tout ce petit monde s’estime au-dessus du lot et s’érige en donneur de leçon. Si vous ne faites pas comme on vous dit de faire, si vous ne pensez pas comme on vous dit de penser, vous n’avez rien compris, disent les réactions de ces « élites auto-proclamées » sur les plateaux de télé au soir du référendum en 2005 !
    C’est tout le sens de cette « belle » conclusion de » « bas étage », dernière phrase de l’article de M. Richard Liscia…
    Vive la « pensée unique », vive les « chiens de garde » …à bas la réflexion et la prise de conscience citoyenne et l’éveil de l’esprit…A bas le genre humain – Vive les androïdes de demain!

    Réponse
    Je ne me suis jamais posé en donneur de leçons. J’ignore la pensée unique, je ne connais que la mienne. Je suis libre et je n’ai pas peur de vous, tout mandarin que vous soyez. Vos éructations, insultes, anathèmes correspondent exactement à la conduite publique et privée du Front National. C’est tout simplement indigne.

  3. Pene dit :

    Si je comprends bien Oj il suffit de renvoyer à la maison les femmes (d’ailleurs ça correspond à un désir profond chez elles, dont elles ne se rendent pas compte, les pauvres) pour que la société des vrais mâles aille mieux et soit rééquilibrée (sans que ces vrais mâles en question aient à travailler plus, cela va de soi, par exemple pour réussir les concours); Eric Zemmour, sors de ce corps !

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