Le sursaut démocratique

 Pécresse : de justesse (Photo AFP)

Pécresse : de justesse
(Photo AFP)

Il n’y a pas deux façons de le dire : le Front national a perdu les élections régionales. Il n’emporte aucune région, la droite en obtient sept et la gauche cinq. Ce résultat est dû à deux facteurs : le premier, c’est le désistement du PS en Paca et dans le Nord ; le second, c’est le retour aux urnes de quelque quatre millions d’électeurs qui ont voulu faire barrage au FN.

POUR TOUS les démocrates, c’est un soulagement. De ce scrutin, il y a des leçons immédiates et à plus long terme à tirer. Parmi les leçons immédiates, qui sont assez réjouissantes pour que l’on ne boude pas son plaisir, il faut noter que le FN n’est décidément pas un parti de second tour. Il coalise toutes les colères et les frustrations, mais ceux qui ne votent pas pour lui éprouvent aussi contre lui une aversion suffisante pour aller aux urnes au second tour et le repousser. L’essor du FN n’est pas dû uniquement à sa popularité : il gagne grâce à l’abstention au premier tour. Et c’est alors qu’il est perçu comme un danger que le peuple doit écarter.

Le front républicain s’est fait tout seul.

Le débat sur le front républicain était inutile. Il s’est constitué tout seul, sans mots d’ordre et sans sermons à l’électorat. La stratégie de François Hollande et de Manuel Valls a été payante. En appelant sans ambages les socialistes à voter pour la droite en Paca et dans le Nord, ils sont apparus comme les premiers défenseurs de la démocratie, plaçant Nicolas Sarkozy, qui a rejeté le front républicain et les désistements dans la situation du politicien à l’ancienne qui ne reconnaît pas le danger quand il apparaît, ou pis, comme un homme qui aurait été indifférent à la victoire du FN dans une ou plusieurs régions. À noter cependant que le maintien de la liste socialiste dans le Grand Est n’a pas empêché la droite de l’emporter et que Marine Le Pen et Marion Maréchal Le Pen ont été littéralement écrasées par les scores de leurs adversaires. Preuve indubitable que l’électorat de gauche a voté comme un seul homme en faveur de la droite classique et que le vote était dirigé contre le seul FN.
La droite, toutefois, n’a pas remporté un victoire éclatante, même si elle conquiert sept régions sur treize et la gauche sauve les meubles, avec cinq régions gagnées, loin de son résultat de 2010 qui lui avait permis de prendre 21 régions sur 22.

La bataille d’Île-de-France.

Cependant la gauche perd l’Île-de-France de justesse (moins de deux points d’écart avec la droite). Valérie Pécresse, LR et ancienne ministre, est ainsi récompensée de cinq années d’efforts inlassables pendant lesquels elle s’est donnée corps et âme à sa région. Pressentant sa victoire, le président de la République avait demandé à Claude Bartolone de prendre la tête des socialistes, ce qu’a fait le président de l’Assemblée nationale, qui semblait menacer Mme Pécresse, bien que la gauche ait été au pouvoir dans la région pendant dix-sept ans. La paille qui a brisé le dos du chameau socialiste, c’est probablement un propos de M. Bartolone : il a accusé Mme Pécresse d’être la candidate « de Neuilly, de Versailles et de la race blanche ». « Abject », a répondu la candidate qui a porté plainte. M. Bartolone s’est tiré une balle dans le pied : Neuilly, Versailles et d’autres beaux quartiers se sont mobilisés contre l’homme du 9-3. Lequel a un temps de retard : l’électorat exige des solutions aux problèmes économiques et sociaux, il ne trouve aucune satisfaction dans les querelles vulgaires.
Le FN a perdu une bataille, il n’a pas perdu la guerre : c’est la leçon pour le long terme. Il dispose d’un tiers de l’électorat, il a introduit le tripartisme dans un pays dont la constitution favorise le bipartisme, il dénonce les tactiques destinées à lui nier sa victoire comme anti-démocratiques et, de nouveau, il joue les victimes d’un système voué à sa perte. Florian Philippot a relevé l’expression de « guerre civile » utilisée par Manuel Valls pour décrire les conséquences d’une éventuelle victoire du Front. On peut comprendre la lassitude du numéro deux du FN devant tant de haine pour son parti. Mais lui-même, Marine Le Pen et Marion Maréchal laissent-ils le choix aux électeurs républicains ? La violence de leurs attaques contre tout ce qui n’est pas FN ne les isole-t-elle pas nécessairement ?
Quoi qu’il en soit, la partie de 2017 s’annonce plus compliquée que jamais, avec un FN qui pourrait être au second tour, avec une droite classique qui n’a encore ni candidat ni programme, et avec une gauche divisée. Les partis politiques doivent à la fois résoudre les problèmes liés à leur usure et trouver des solutions nouvelles pour des crises profondes, par exemple le chômage qui, s’il ne commence pas à être résorbé, finira par envoyer Marine à l’Élysée.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

One Response to Le sursaut démocratique

  1. Labro dit :

    Je ne suis pas sur que notre système électoral, scrutin majoritaire à deux tours, soit le plus démocratique. Les scrutins à deux tours n’existent que dans deux pays (dont la France) en Europe. Les grandes démocraties comme l’Angleterre, le Canada ou les Etats-Unis votent à un scrutin majoritaire à un tour. Quant à l’Allemagne que nous voulons imiter, c’est un scrutin semi-proportionnel à un tour.
    L’entre deux tours permet toutes les magouilles possibles comme nous venons de le voir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.