Malaise post-électoral

NKM se fâche (Photo AFP)

NKM se fâche
(Photo AFP)

La FN a été contenu, mais on ne discerne pas le moindre signe de satisfaction à droite ou à gauche. Chez les Républicains, Nicolas Sarkozy fait le ménage avec une sorte de fébrilité qui traduit son inquiétude. Dans la majorité, Manuel Valls se défend comme un beau diable contre la gauche qui réclame un changement de ses orientations économiques et sociales.

NICOLAS SARKOZY a cru bon d’annoncer à Nathalie Kosciusko-Morizet qu’elle était virée de son poste de vice-présidente de LR. NKM, qui reste au bureau politique, a commis la double faute d’avoir réclamé la constitution du front républicain souhaité par les socialistes et d’avoir dit que, si la stratégie de M. Sarkozy avait été appliquée, la droite aurait perdu les deux régions des dames Le Pen, le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ce en quoi elle a absolument raison, sauf que NKM a ainsi contesté la ligne établie par le chef et que l’ancien président, qui ne supporte pas d’être placé face à ses erreurs, a décidé de se débarrasser de la « dissidente ». Méthode d’un autre âge, « stalinienne », affirme NKM, qui songe de nouveau à se présenter à la primaire de la droite pour la présidentielle.

Plan de carrière.

M. Sarkozy n’aurait pas pris le risque de dévoiler son autoritarisme d’une manière aussi flagrante s’il n’était inquiet de l’évolution de son parti. Il n’y règne plus en maître. Sa stratégie est discutée, ses démêlés avec la justice pèsent sur son avenir et diminuent ses chances de l’emporter en 2017, l’ensemble de la droite et l’opinion en général pensent qu’il n’est pas le meilleur candidat de son camp. Il entend donc bousculer et éliminer ses rivaux et il commence par les moins menaçants. Alain Juppé, cependant, ne s’est pas privé de critiquer ses méthodes après l’éviction de NKM. On s’approche à grands pas d’une grande explication, qui risque de faire couler le sang.
En tout cas, M. Sarkozy ne croit pas devoir tirer la leçon des élections régionales. Il ne croit pas qu’il y ait mieux à faire, pour gagner dans quinze mois, que de continuer à faire la danse du ventre pour l’électorat du FN. Il ne croit pas qu’il faille offrir à l’opinion quelques certitudes sur l’action d’un gouvernement de droite, qui se traduirait notamment par une baisse du chômage. De nombreuses voix, chez les Républicains, se sont élevées pour demander que la primaire fût avancée. M. Sarkozy s’y est refusé parce qu’il considèrait cette revendication comme une façon de le mettre en minorité. Est-ce assez clair ? Il est moins intéressé par l’immense aggiornamento qu’exigent les Français que par ses chances d’obtenir son second mandat présidentiel.

Ce que Hollande doit faire.

À gauche, les frondeurs, Martine Aubry et le Front de gauche veulent que le gouvernement change de cap économique et social, qu’il s’adresse en premier lieu au chômage et à la précarité, bref qu’il dépense à tout-va et qu’il en finisse avec la politique d’Emmanuel Macron. Ce n’est pas nouveau, mais la revendication contient une analyse des régionales qui se borne à conforter les positions de ceux qui la font. M. Valls est placé dans la situation d’un chef de gouvernement entêté et apathique alors que, en réalité, ce qu’il veut, c’est élargir son action en faveur de l’embauche par la réduction des charges sociales, la réforme du travail et un effort en faveur de l’apprentissage. MM. Valls et Macron sont sur la bonne voie, mais il faut qu’ils multiplient rapidement leurs initiatives s’ils veulent donner une chance à François Hollande d’obtenir des résultats sur le front de l’emploi avant 2017. Le président ne souhaite pas se fâcher avec sa gauche parce qu’il a besoin d’une majorité solide avant la grande bataille de la présidentielle. Néanmoins, il est temps pour lui de dépasser l’embrouillamini des partis, de s’adresser à l’opinion (ce qui a été fait pour le second tour des régionales), d’aller chercher une majorité dans l’électorat si par bonheur il parvenait à satisfaire au moins une partie de ses revendications. Je l’écris ici sans parti-pris : le pays ne peut pas attendre le calendrier électoral. Les Français viennent de crier qu’il faut soulager les précaires, créer des emplois, leur donner un espoir. Ils doivent voir tout de suite les signes du changement.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Malaise post-électoral

  1. Num dit :

    100% d’accord avec vous sur votre dernier paragraphe et votre analyse de la gauche.
    Moins sur celle de la droite: pourquoi Sarkozy (et la droite) ne prendrait pas en compte les préoccupations de l’électorat du FN que sont le chômage, l’insécurité et l’immigration ? On peut les désapprouver mais pas les balayer d’un revers de main, ne serait ce que par cela concerne 30% de l’électorat aujourd’hui (soit autant que toute la gauche). Si Sarkozy alignait son programme sur celui du PS, il ouvrirait un boulevard à Le Pen, sans rien prendre à Hollande. On ne peut pas ignorer le message adressé dans les urnes.
    Pour rappel, tous les centristes (hormis Morin de justesse en Normandie) ont été battus alors que Wauquiez, Retailleau et Pecresse, tenants d’une droite assumée, l’ont emporté.
    Quant à NKM, qu’elle se présente aux primaires des Républicains : ce sera l’occasion de voir ce qu’elle pèse rellement dans l’électorat de droite !

    • Num dit :

      Je suis en revanche d’accord avec vous sur le fait qu’il est maintenant critique que la droite propose un projet économique et social ambitieux, visionnaire et pragmatique visant à restaurer rapidement la compétitivité de nos entreprises et donc réduire le chômage, les déficits et la dette. Ça manque (sauf chez Fillon).

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