Juppé, meilleur candidat

Discrète suprématie (Photo AFP)

Discrète suprématie
(Photo AFP)

Le suspense, puis les coups de théâtre des élections régionales ont changé quelques candidats qui resteront parfois dans les annales comme des héros. Mais il ne faut pas s’y tromper : ni la droite ni la gauche ne semblent prendre l’exacte mesure du message que leur a adressé l’électorat. Si elles ne s’adaptent pas rapidement au tripartisme décidé par près de sept millions d’électeurs qui ont choisi le FN, elles encourent de graves déconvenues.

COMMENÇONS par l’opposition : Nicolas Sarkozy verrouille son parti en écartant Nathalie Kosciusko-Morizet parce qu’elle le conteste en permanence. Il n’est pas seulement agacé (ou même exaspéré) par elle. Il estime que le pays est désormais massivement à droite. La gauche, toutes tendances confondues, ne représente plus qu’un gros tiers de l’électorat. Deux Français sur trois votent pour les Républicains, le centre ou le Front national. Dans ces conditions, pactiser avec la gauche au pouvoir n’a aucun sens. Ce n’est pas ce que lui demande NKM. Elle pense que, sur la base d’un programme susceptible de résoudre les problèmes d’emploi, de précarité et de pouvoir d’achat, la droite et le centre peuvent séduire une partie de l’opinion qui vote traditionnellement à gauche. NKM menace de se porter candidate à la primaire. Cela dit, si l’on en croit un sondage publié dans « le Figaro » de ce matin, François Hollande serait absent du second tour à la présidentielle dans tous les cas de figure, et Alain Juppé serait le plus qualifié pour triompher de Marine Le Pen. M. Juppé recueillerait 31 % des voix au premier tour, (contre 26 seulement à M. Sarkozy) et 70 % au second contre Mme Le Pen (30%).

Les faiblesses de Sarkozy.

Certes, la situation politique sera différente en 2017 de ce qu’elle est aujourd’hui et les inconnues sont multiples. M. Hollande ne disparaît au second tour que si Mélenchon, Duflot et d’autres sont candidats. S’il les convainquait de ne pas se présenter, s’il parvenait à conclure un pacte avec l’ensemble de la gauche, ce qui est, il est vrai, improbable, il pourrait arriver en première position au premier tour, sauf si M. Juppé est candidat. Curieusement, il semble moins victime de la désaffection de l’opinion que des candidatures possibles de M. Mélenchon et de Mme Duflot. De la même manière, si François Bayrou se lance dans la bataille, M. Sarkozy risque de perdre, car le sondage ne lui accorde que deux points de plus que Mme Le Pen au premier tour dans ce cas de figure. Le problème de l’ancien président, c’est qu’il a beaucoup d’ennemis, au sein de son parti et en dehors.

Les modes de pensée changent.

L’idée d’une coalition droite-gauche ou d’un gouvernement de salut public est en contradiction totale avec les institutions de la Vè République et ne sera jamais, sans doute, suivie d’effet. Mais les élections régionales ont modifié les esprits et les modes de pensée. Christian Estrosi, nouveau président de Paca, ouvre les bras à la gauche, reconnaissant qu’il est de son désistement. Xavier Bertrand prend ses distances de LR et annonce un mode de gouvernement plutôt consensuel dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie. En Bretagne, Jean-Yves le Drian a rejeté toute alliance avec les écologistes. Bien entendu, il avait une avance suffisante au premier tour pour ignorer leur sollicitude. Dans sa région, il leur a fait sans doute ce que François Hollande, pour des raisons électorales, n’a pas voulu leur faire, se venger de leurs caprices multiples, de leur façon d’être à la fois au pouvoir et en dehors du pouvoir et de leur tendance à croire qu’ils sont au centre du monde alors que leur poids électoral, comme on vient de le voir, est négligeable. La plupart des élus ont décidé de ne garder qu’un mandat, par exemple M. Bertrand, saisi par la grâce, qui se démet de ses fonctions de maire de Saint-Quentin et de député et renonce à sa candidature à la primaire de la droite.
Le Front national rassemble certes un tiers des électeurs. Il peut encore progresser. Mais il ne peut conclure aucune alliance parce que là où il n’est pas adoré, il est haï. C’est aussi, d’une certaine manière, le cas de M. Sarkozy. Il y a ceux qui donneraient leur vie pour lui, mais il y a ceux, aussi, qu’il a déçus, ceux qui, à droite, ne l’ont jamais supporté, ceux qu’il inquiète et enfin, à gauche, ceux qui lui feront barrage avec autant de vigueur que pour empêcher Marine Le Pen d’entrer à l’Élysée.

RICHARD LISCIA

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