Le Brésil au bord du chaos

Une sortie très digne (Photo AFP)

Une sortie très digne
(Photo AFP)

La destitution de la présidente Dilma Roussef rend compte de la crise économique grave que traverse le Brésil et ne constitue en aucun cas un remède capable de remettre le pays sur pied.

EN RÉUNISSANT assez de voix parlementaires pour contraindre Dilma Roussef à quitter ses fonctions et lancer une enquête de six mois, au terme de laquelle sa destitution sera confirmée ou non, les anciens amis et les ennemis de la présidente n’ont fait qu’obéir aux injonctions d’un peuple à la fois déboussolé et en colère. Mme Roussef est principalement la victime d’une crise profonde qui affecte les pays émergents et notamment ceux dont les exportations sont sérieusement affectées par une baisse des prix historiques. Le reste n’est que politique tropicale, dans un pays où les élans de la joie de vivre, de la danse et de la musique peuvent être suivis d’une forte déprime.
Dilma Roussef a succédé au président Luiz Inàcio Lula Da Silva et son parti des travailleurs (PT) a fait des miracles en tirant de la pauvreté des dizaines de millions de citoyens brésiliens. Les réformes économiques et sociales de Lula ont été aidées par une conjoncture inespérée et le Brésil apparaissait, il y a peu, comme une grande puissance en devenir.

Croissance négative.

Malheureusement, l’économie brésilienne, affaiblie par la diminution mondiale du prix des matières premières, est maintenant en récession, ce qui remet en cause les acquis auxquels les Brésiliens s’étaient habitués. Ceux qui sont restés sous le seuil de pauvreté n’ont plus l’espoir d’un changement prochain de leur statut. C’est pourquoi ils se sont dressés contre le pouvoir en place. À leur inquiétude s’est ajoutée la colère pour aux moins deux raisons : d’une part, le Brésil, soucieux de prouver son importance, dépense sans compter, pour des raisons liées à la fierté nationale, pour des événements sportifs mondiaux, au détriment de ceux qui sont dans le besoin ; d’autre part, la justice, enfin vouée à la lutte contre la corruption, a mis au jour ce que tout le monde savait. Les révélations sur le scandale Petrobras, du nom de la compagnie pétrolière nationale, montrent que la plupart des élus du pays touchent des pots-de-vin, y compris au sein du Parti des Travailleurs.

Une pratique courante.

Mme Roussef n’est pas accusée d’avoir elle-même touché des prébendes. Il n’y a eu dans son cas, et comme elle l’a rappelé en partant, aucun enrichissement personnel. Le scandale a pris une telle ampleur et s’étend à tant de personnalités publiques que le peuple a réclamé la tête de tous ceux qui le gouvernent. L’opposition a donc trouvé en Mme Roussef le parfait bouc émissaire. Elle l’a accusée d’avoir procédé à des manipulations budgétaires. Mais c’est une tradition au Brésil de reporter au budget de l’année suivante une partie du déficit de l’année en cours. Tous les dirigeants brésiliens l’ont fait et les ennemis de Mme Roussef présentent une pratique, certes contestable mais universelle, comme un crime présidentiel. La présidente a d’abord tenté, mais en vain, de contenir le mécontentement ; elle a rappelé Lula à ses côtés, le peuple a cru voir qu’elle s’abritait sous le prestige de l’ancien président ; puis, elle a accusé ses détracteurs d’avoir monté un « coup d’État » institutionnel. Elle a à la fois tort et raison : la procédure d’empêchement est inscrite dans la Constitution brésilienne, il ne s’agit donc pas d’un coup d’État. Elle a été utilisée dans le passé, mais elle est très rare et les reproches adressés à Mme Roussef ne justifient pas sa destitution. D’autant que ceux qui ont réclamé son départ à cor et à cri sont eux-mêmes, probablement, des gens corrompus. Elle est remplacée par le vice-président Michel Temer, dont le parti centriste figurait dans la coalition gouvernementale, et sur qui pèsent de lourds soupçons. Le Brésil est tout simplement en train de se déchirer, au point que l’on peut craindre que cette récente et fragile démocratie ne supporte plus les coups qui lui sont portés.

RICHARD LISCIA

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