La longue marche d’Hillary

Hillary hier à Long Beach (Photo AFP)

Hillary hier à Long Beach
(Photo AFP)

Grâce aux voix des « super-délégués » (notables du parti démocrate disposant d’un stock de suffrages), Hillary Clinton a, depuis hier, le nombre de voix suffisant pour l’emporter au premier tour de la convention démocrate qui aura lieu à Philadelphie du 25 au 28 juillet. Elle s’est bien gardée de crier victoire : aujourd’hui six États, dont la Californie, votent aux primaires et elle n’est pas assurée de faire un bon score.

MÊME SI elle perd dans cet ensemble d’États, sa première place ne sera pas en cause. Le problème vient de ce que son rival, le sénateur du Vermont Bernie Sanders, ne veut pas admettre publiquement sa défaite. Mieux : il conteste les règles régissant le fonctionnement du parti démocrate et ne désespère pas de convaincre les super-délégués de voter pour lui lors de la convention. M. Sanders a fait une campagne remarquable qui l’a très vite sorti de l’anonymat et a fait de lui une figure nationale. Il apporte une fraîcheur inattendue à une campagne brouillée par les dangereuses facéties de Donald Trump et ralentie par une Hillary Clinton besogneuse, prudente, et quelque peu dépassée par les propositions complètement innovantes d’un compétiteur qui l’a déstabilisée. M. Sanders a su financer sa campagne au moyen de micro-dons, il a présenté un programme qui enthousiasme les jeunes parce qu’il prône une justice sociale inexistante à l’heure actuelle aux États-Unis et il s’attaque à Wall Street, aux banques et à l’Establishment ; et il gagné bon nombre de primaires, même si Mme Clinton dispose de trois millions de voix d’avance sur lui.

Sanders s’est radicalisé.

Il n’est donc pas un candidat négligeable. Il effraie Hillary qui se demande ce qu’il va lui faire sur le chemin d’épines et d’ornières qui va jusqu’à la convention. Après un début élégant et généreux pour sa rivale, Bernie Sanders s’est radicalisé, comme si son succès l’enivrait et qu’il y trouvait une légitimité supérieure à celle de Mme Clinton. Il a adhéré au parti démocrate il y a seulement un an, parce qu’il savait qu’une candidature indépendante ne le mènerait nulle part. Maintenant, il veut changer le parti qu’il vient à peine d’adopter. Il a entonné les refrains des républicains sur la corruption, les connivences financières et le conservatisme du couple Clinton et Dieu sait que, dans un univers médiatisé, il est facile de détruire l’image d’un adversaire.
Il est bien peu probable que M. Sanders convainque les dirigeants du parti de changer de camp. Même si son succès est fulgurant, le sénateur est atypique. Le parti démocrate, qui a assisté avec délices à la décomposition du parti républicain et notamment du Tea Party, veut une candidate capable de recueillir un consensus, alors que Bernie Sanders divise les démocrates en progressistes et conservateurs. Ce n’est pas, d’ailleurs, que le sénateur ne soit pas capable de triompher de Donald Trump. Les sondages montrent que les chances de son parti ne seraient pas moins grandes s’il était investi. Au populisme du candidat républicain, il oppose un humanisme, un souci social, une volonté de lutter contre les inégalités qui l’honore. L’Amérique, effectivement, a les moyens d’améliorer la condition de cette majorité d’Américains qui ne profite plus de la croissance depuis 15 ans. M. Trump est un démagogue doublé d’un ignorant, M. Sanders a un programme applicable. Alors, pourquoi pas lui ?

Une forme de subversion.

Parce qu’il n’est pas et ne sera pas le vainqueur des élections primaires, même s’il bat Hillary aux primaires d’aujourd’hui. Et qu’il en est à se demander quelle forme de subversion il peut utiliser pour que les chefs démocrates le préfèrent soudainement à Hillary Clinton. Laquelle peut se dire à juste titre que, décidément, rien n’est facile pour elle. Elle a été première dame, sénateur, secrétaire d’État, elle a une expérience qu’aucun des candidats aux primaires ne possède, elle a le sens des responsabilités, ce qui n’est pas négligeable dans le monde extraordinairement dangereux où nous vivons. Enfin, et quoi qu’en disent les sondages, le devoir de l’Amérique, c’est de se débarrasser de Trump parce qu’il ne saura jamais gérer une crise internationale et que les États-Unis ne sont pas un pays comme les autres, mais une puissance qui, quoi qu’on dise, assure un certain nombre d’équilibres mondiaux. On veut espérer que l’ex-première dame saura porter l’estocade contre le candidat républicain le plus fantaisiste, le plus absurde, le plus ignare de l’histoire des États-Unis.

RICHARD LISCIA

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