Le comeback de Fillon

Fillon hier à Nice
(Photo AFP)

L’attitude la plus maline, en cette campagne ô combien tourmentée, consiste à jeter le même opprobre sur tous les sondages sans distinction, ce qui rend tout commentaire nul et non avenu. Pourtant, il faut bien se risquer à faire des évaluations, fussent-elles grossières.

SINON, on pourrait dire que Benoît Hamon sera au second tour ou que Philippe Poutou sera élu président de la République. On voit bien, en faisant une comparaison entre candidats du peloton de tête et candidats du peloton de queue, qu’il existe bel et bien une hiérarchie des candidatures. Ce qui n’enlève rien à l’incertitude créée par la proportion, plus élevée que lors des présidentielles passées, des indécis et des abstentionnistes. Il n’est pas interdit, pourtant, de répartir les indécis en fonction des intentions de vote telles qu’elles sont rapportées par les enquêtes d’opinion. Ni d’appliquer aux abstentionnistes le même principe. Le sondage ultime, c’est le scrutin lui-même et le résultat qu’il fournit n’est pas contesté, quel que soit le pourcentage de ceux qui votent blanc ou ne se rendent pas aux urnes.

Fillon devant Mélenchon.

La moyenne des sondages publiés jusqu’à aujourd’hui, c’est-à-dire à cinq jours du premier tour, montre en gros que M. Macron et Mme Le Pen se partagent la pole position, tandis que M. Mélenchon progresse, mais aussi M. Fillon qui, selon un sondage Elabe de ce matin, parvient à 19,5 % alors que M. Mélenchon, malgré ses meetings monstres et ses hologrammes, reste à 18 %. Selon Elabe, Emmanuel Macron est en tête, avec 24 % des voix, contre 23 % à Marine Le Pen. Selon Opinion Way/Orpi, Macron et Le Pen sont tous deux à 22 %, Fillon 21 et Mélenchon 18. Premier constat, une dynamique Fillon a soudainement doublé celle de Mélenchon, quatrième dans les deux sondages.
L’enquête Opinion Way indique par ailleurs un effritement des deux candidats de tête, ce qui ouvre clairement, depuis aujourd’hui, la possibilité pour François Fillon de figurer au second tour. Il se passe, pour le candidat de la droite et du centre, ce qui s’est passé lors de la primaire, où sa dynamique n’a été décelée par les sondages que lors des derniers jours précédant le scrutin et s’est poursuivie pendant les dernières heures, ce qui lui a permis non seulement d’arriver en tête au premier tour de la primaire, mais de l’emporter largement contre Alain Juppé au second tour. Une troisième enquête, Ifop-Fiducial, infirme les résultats précédents, avec Macron à 23, Le Pen à 22, en recul de deux points, Mélenchon à 19,5 et Fillon à 19. Néanmoins, elle indique elle aussi l’affaiblissement de Mme Le Pen qui, s’il se poursuivait, pourrait modifier la sélection du second tour.

Le Pen inquiète.

Cette configuration durera ou non, sera confirmée ou non, mais elle permet de faire de nouvelles hypothèses. M. Fillon, en effet, ne peut se qualifier que s’il élimine soit M. Macron, soit Mme Le Pen. Pour le Front national, une élimination dès le premier tour aurait des conséquences négatives durables et remettrait en cause toute la stratégie mise au point par la candidate, qui a durci ses positions récemment, sur l’Europe et l’immigration, dans l’espoir de rassembler plus de monde. Une cinquantaine de prix Nobel de l’économie ont mis en garde les Français contre le vote Le Pen et certains d’entre eux lui reprochent de se réclamer d’eux, alors qu’ils contestent son projet. Ou l’art de s’attribuer des soutiens qui n’existent pas.
Quant à Emmanuel Macron, il reste l’un des deux candidats, avec M. Fillon, capable de faire échec aux deux extrémismes, de droite et de gauche. S’il est éliminé, c’est François Fillon qui doit battre Mme Le Pen au second tour, tâche qui serait moins difficile que dans le cas d’un duel avec Jean-Luc Mélenchon, qui attirerait vers lui toutes les gauches en déshérence. En outre, M. Fillon dominerait les sondages depuis longtemps si Nicolas Dupont-Aignan, qui oscille entre 3 et 4 %, s’était désisté. Par ailleurs, l’annonce par le ministre de l’Intérieur, aujourd’hui, qu’un attentat déjoué semblait viser M. Fillon renforcera sa popularité. Bien qu’il n’ait pas vraiment su apaiser les esprits au sujet de ses attachés parlementaires, il se présente aujourd’hui comme bien plus qu’un candidat de droite : celui qui est capable d’écarter ces deux dangers que les extrêmes font peser sur le pays.

RICHARD LISCIA

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5 Responses to Le comeback de Fillon

  1. LAURENT Bernard dit :

    Toujours attentif à votre blog et au courrier des lecteurs, je suis entièrement d’accord avec le courrier du Dr René-Patrick Brana la semaine dernière. Je fais confiance à « notre ami M. Fillon » et je fais le maximum pour en convaincre famille, amis et confrères.

    • Thomas dit :

      La faute de Fillon a été de salarier sa femme, comme de nombreux députés. Pas grand chose d’autre à lui reprocher et pourtant, « ils » ont dû bien fouiller. Et si finalement, il n’était pas si pourri que ça ?

  2. pierre dit :

    Quelle que soit la sophistication des mises en scène de communication de l’élection présidentielle, il est un fait qui demeure universel, le formidable impact de la dominance naturelle. Qu’elle émane de la posture, du physique, du regard et d’autres signaux non verbaux, le président de la république française, tant qu’il n’est pas élu à la proportionnelle, relève de la sélection naturelle du chef. Lors de la dernière élection, il fut fait exception à cette aspiration pour éviter le retour d’un chef qui avait fait son temps. Aujourd’hui, parmi les quatre prétendants qui s’affrontent, celui qui porte le plus clairement les signaux de la dominance, qui montre qu’il fait face dans la tourmente et qu’il émet les signaux que l’on attend d’un Alpha, c’est en tout premier lieu Monsieur Fillon. Ce qui manque aux sondeurs, c’est de pouvoir étiqueter l’opinion de ceux qui ne parviennent à se décider. Et c’est leur choix qui fera la décision. Leur hésitation porte cependant un message, celui d’un désarroi face aux promesses et aux programmes qui sont si rarement tenus, et ce désarroi plaide en faveur d’un retour à la décision instinctive et universelle, celle qui se donne un chef naturel.

  3. Démerdecine générale dit :

    Ce n’est pas M. Fillon seul qui compte, mais c’est toute la France dans les prochaines années. On ne peut plus continuer sans changement ni sacrifice. Quand on voit que près d’un Français sur deux est extrémiste et croit au Père Noël, on craint pour les entrepreneurs qui ne vont plus entreprendre.

  4. liberty8 dit :

    L’élément qui va faire basculer la tendance vers Fillon c’est jeudi, les 100 meetings réalisés à travers la France, un énorme coup de pub. Pendant que Mélenchon se dédouble par ses hologrammes, pendant que Macron commence à fatiguer (pitoyable lors de son discours sur les universités) et à ne plus savoir quoi faire, Fillon va frapper un grand coup, la dynamique est en marche pour le second tour, ensuite tout dépend qui sera en face.
    Une étude d’universitaires statistiques français a essayé de recouper sondages, intérêt sur Internet et d’autre facteurs et donnent le Pen à 22, Fillon à 21.5, Macron à 20.5 et Mélenchon à 18.5. Bref tout le monde donne des chiffres et tout le monde trouve son bonheur dans ces différents chiffres.
    La vérité dimanche soir et peut être pas à 20 h .

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