La victoire de la démocratie

La joie des macroniens
(Photo AFP)

A 39 ans, Emmanuel Macron a été élu président de la République par plus de 66 % des suffrages. Il devient ainsi le plus jeune chef de l’Etat de la Vè République.

IL N’EST PAS interdit de prendre le temps de mesurer la très belle qualité de cette victoire. Elle dégage une majorité de deux Français sur trois. Elle écarte du pouvoir le Front national, mettant un terme, au moins provisoire, à un cauchemar français. Elle acte un triomphe de la démocratie nationale et un immense sursaut européen. Elle brise un cycle populiste marqué par les progrès des extrémistes dans tous les pays de l’Union européenne, par le Brexit et par l’entrée de Donald Trump à la Maison Blanche. Elle envoie un message selon lequel la régression de l’humanisme n’est pas une fatalité. Elle réintroduit l’idée de dialogue entre partis opposés et entre pays en conflit. Elle apporte un espoir au monde.

Un exploit sans précédent.

Pas plus qu’il n’est interdit d’évaluer la nature de l’exploit ainsi accompli. Un jeune homme seul, inconnu il y a trois ans, jamais élu à quelque poste que ce soit, qui passe en très peu de temps de l’anonymat à la notoriété internationale. Un homme qui a eu l’intuition d’une très forte et très insistante exigence populaire et qui, d’une certaine manière, a su y répondre, mais avec élégance. Un homme qui, certes, a été servi par d’extraordinaires circonstances : le retrait de François Hollande, l’échec de Manuel Valls à la primaire socialiste, la défaite d’Alain Juppé et de Nicolas Sarkozy, la chute de François Fillon. Il ne fait aucun doute que sa campagne, menée comme la bataille du pont d’Arcole, s’est nourrie de la disparition en chaîne des hommes théoriquement plus capables que lui d’obtenir la magistrature suprême. Mais en même temps, si M. Macron n’avait pas eu l’audace, le langage, la foi, la détermination, le courage, la persévérance et, ajouterai-je, la nonchalance bénigne de ceux qui croient assez en leur propre destin pour ne jamais se laisser envahir par le doute ou le découragement, s’il n’avait pas eu le pressentiment que le pays était mûr pour un changement aussi profond, s’il n’avait pas canalisé la colère et la rage manifestées par le peuple français, il n’aurait pas réussi.

Une opposition qui se forme déjà.

Quelle que soit la position idéologique de chaque Français, les adeptes de la démocratie et du républicanisme doivent, avant toute chose, remercier le président Macron. Le remercier pour le service qu’il leur a rendu en renvoyant Mme Le Pen à ses chères études, ou plutôt, à ses manigances. Le remercier pour avoir réaffirmé avec vigueur la primauté de la démocratie française et de l’Europe. Pour avoir opposé l’espoir à une analyse ténébreuse, à un diagnostic sinistre, à la violence des extrêmes ; l’espoir lié à des réformes que nous n’avons jamais voulu engager et qui sont indispensables, quoi qu’en pensent ceux qui veulent avoir leur revanche du troisième tour.
J’y viens. Les forces hostiles à M. Macron se sont manifestées dès dimanche soir à 20 heures. Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, qui, comme son chef, vomit la Vè République et n’a pu s’empêcher d’exprimer la colère que lui inspire le verdict des urnes, n’a pas hésité à menacer M. Macron de toutes les défaites à venir. Ces gens ne comprennent qu’une langue : celle de la force, et semblent ne faire un bout de chemin avec la démocratie que pour en découdre autrement le moment venu. Extrême gauche, extrême droite, même combat.
On ne comparera pas le projet de la droite à celui des mélenchonistes. Il est légitime que la droite et le centre, privés de leur victoire par des affaires judiciaires, tentent, à l’occasion des élections législatives, de constituer une majorité parlementaire. Mais je crois qu’ils doivent aussi prendre la mesure du phénomène qui vient de se produire. Je n’ai pas le sentiment que François Baroin, qui voulait être le Premier ministre de M. Sarkozy, puis celui de M. Fillon et qui veut maintenant s’imposer à M. Macron en tant que Premier ministre de cohabitation, ait bien compris que les Français ne supportent plus les combinazioni, c’est-à-dire les arrangements où chacun tire à hue à dia sans que le projet n’avance jamais.

Quelle majorité ?

M. Macron a-t-il le droit d’avoir une majorité présidentielle ? La Vè République, surtout depuis qu’il y a coïncidence entre le renouvellement du mandat présidentiel et de l’Assemblée nationale, est taillée pour la lui donner sur un plateau d’argent. Depuis plus de cinquante ans, un président élu a toujours trouvé sa majorité, conformément à une nécessité de cohérence à laquelle ont pensé les rédacteurs de la Constitution. L’éparpillement des suffrages entre les quatre blocs nés du premier tour de scrutin ferait de la représentation nationale un organe cacophonique et stérile. Or nous avons tous besoin d’un changement, de réformes, nous avons tous besoin, y compris les plus heureux d’entre nous, de donner des emplois aux chômeurs, et des chances à ceux qui ne parviennent pas à boucler leurs fins de mois même quand ils ont un travail. L’écrasement du Front national par En Marche ! montre que M. Macron a bénéficié d’un vote d’adhésion au moins autant que d’un vote de rejet de l’extrême droite. L’affaiblir par le biais des législatives, c’est offrir aux démolisseurs de la République, j’ai nommé M. Mélenchon et Mme Le Pen, le moyen de bloquer les réformes.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to La victoire de la démocratie

  1. Scalex dit :

    Quelle émotion! Le nouveau président a seulement l’âge de l’un de mes fils. Sa personnalité est particulièrement convaincante et je voterai sans hésiter « En marche » aux législatives.
    PS: J’avais voté Fillon au 1er tour.

  2. phban dit :

    Bravo et merci à Emmanuel Macron, sans lui nous serions peut-être sous une présidence FN, il suffit de penser à ce qui aurait pu se passer en cas de second tour Mélenchon / Le Pen ou même Fillon / Le Pen.
    Et merci à vous pour vos analyses pertinentes et votre souci d’éviter le schématisme.

  3. Liberty8 dit :

    Décidément, notre France a toujours le sursaut révolutionnaire pour bannir les extrêmes quand on lui donne la parole. La France n’est ni la GB avec son isolationnisme qui va la perdre, ni les Etats-Unis avec le relent xénophobe et la peur de l’autre. Il faut lire le tweet de Hillary Clinton.
    Bravo aux démocrates qui ont élu Macron. Bravo à notre président, jeune, sympathique.
    Le Pen veut changer son parti, elle peut bien l’appeler « Myosotis et Pâquerettes » il aura toujours la couleur brune et le bruit des bottes !
    Cette élection différente de toutes les autres sera probablement aussi différente dans sa suite. Non tous les Français ne sont pas En Marche! et après la joie et l’euphorie du soulagement, il va falloir parler programme et surtout dépenses et recettes, comme de bons comptables.
    Car, pour remonter notre pays, il ne suffit pas d’émotion, de marketing et de philosophie, il nous faut des mesures qui tiennent la route et surtout dans un équilibre financier.
    Macron est plutôt de centre droit que de centre gauche. Les pauvres socialistes qui l’ont suivit vont déchanter rapidement ou évoluer … qui sait ?. La droite, par la voix de Woerth, a parlé plus d’une association que d’une cohabitation.
    Depuis deux mois, j’essaye désespérément de comprendre le programme Macron. Je trouve toujours une colonne de dépenses et une seule ligne de recettes ( CSG +1.7). Alors, contrairement à Scalex, je vais encore attendre et voir, pour ensuite me faire une idée concrète. Pas de chèque en blanc, nous n’en avons plus les moyens. Je soutiendrai ensuite le programme le plus apte et le plus crédible.
    Mais aujourd’hui je ne veux que ressentir le soulagement et le bonheur, la fierté d’être Français et de son président.
    Alors, attendons demain.

  4. André Mamou dit :

    Et si Macron se révélait être le sauveur de la France ? Quand le pays est en grande souffrance, arrive au pouvoir celui qui va libérer le territoire , bouter dehors l’envahisseur, sauver la Révolution, conquérir, remporter des victoires … » Je me suis toujours fait une certaine idée de la France… »

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