Travail : la réforme est lancée

Muriel Pénicaud, ministre du Travail, avec Edouard Philippe, hier.
(Photo AFP)

Le gouvernement a annoncé hier sa feuille de route pour la réforme du code du travail. Le parcours sera long et semé d’embûches.

LES PREMIERES réactions sont pour la plupart négatives, bien que le pouvoir n’ait pas touché, en définitive, au temps de travail et à la fameuse inversion des hiérarchies de normes, deux tabous auquel il a préféré ne pas s’attaquer de front. On lui reproche soit de vouloir passer en force soit de manquer de clarté quant à ses intentions. Jean-Luc Mélenchon parle même de « coup d’Etat social » et la CGT exprime son scepticisme. Plafonnement des indemnités de licenciement, fusion des instances représentatives, articulation entre les négociations d’entreprises et des négociations de branches, il s’agit moins de décisions qu’un catalogue de dossiers pour lesquels la discussion est déclarée ouverte.

Assurance chômage et retraites.

Le gouvernement a mis l’accent sur la concertation, réclamée avec vigueur par les syndicats. Le projet de loi d’habilitation sera examiné lors du conseil des ministres du 28 juin, 48 réunions avec les partenaires sociaux sont prévues entre le 9 juin et le 29 juillet, d’autres auront lieu en août et septembre. Il est bel et bien question de « barémisation » des indemnités de licenciement, il y aura des référendums d’entreprise mais il ne sera pas possible de négocier un contrat spécifique avec l’entreprise. Dès septembre, la réforme de l’assurance chômage, de la formation professionnelle et de l’apprentissage sera lancée. L’année prochaine, la réforme des retraites verra le jour. Une mission sur le compte pénibilité fera le point sur ce dossier épineux.
Le sujet est assez vaste et complexe pour donner lieu à toutes de louanges et de critiques. Il est en tout cas remarquable que le président Macron ait enfin réussi à proposer un cadre général pour la négociation. En dépit des difficultés qu’il a décidé d’affronter, il n’est pas interdit d’espérer que, contrairement à tous ses prédécesseurs, il soit en mesure de franchir le cap de septembre sans provoquer une explosion sociale. Certes, rien, pour le moment, ne lui garantit la mansuétude syndicale, même si, le 18 juin, il obtient la majorité absolue à l’Assemblée. L’histoire de ces vingt dernières années a prouvé que le « troisième tour social » est dans les esprits, surtout face à un pouvoir politiquement fort.

Remettre le pays au travail.

Emmanuel Macron sait pertinemment à quoi il s’expose, mais il sait aussi pourquoi il a été élu. Depuis le jour où François Mitterrand a déclaré « On a tout essayé » contre le chômage, tous les exécutifs se sont cassé le nez sur la réforme du travail. Or la crise de l’emploi, qui dure depuis 40 ans en France, a fait des ravages en accumulant les chômeurs et en détruisant lentement le tissu social. Les mouvements qui sont en train de perdre la partie politique n’ont rien d’autre à nous proposer que d’anciennes méthodes de gestion dont l’inanité à été largement démontrée par toutes les politiques engagées alternativement par la droite et par la gauche. L’exécutif actuel n’a pas pour ambition de faire triompher une idéologie plutôt qu’une autre, il s’efforce, en recourant à des méthodes qui ont réussi dans le reste de l’Europe, de remettre au travail ces quelque 5 millions de Français qui n’ont pas d’emploi ou ne peuvent pas vivre de l’emploi qu’ils occupent.
Sur le foisonnement des décisions à prendre, sur la nécessité de respecter des syndicats sourcilleux, sur la difficulté non seulement d’adopter des mesures innovantes mais d’en faire bénéficier nos concitoyens, on peut souligner à l’infini la dimension d’une tâche écrasante. Mais on n’a pas le droit de ne pas donner au pays la chance que d’autres gouvernements n’ont pas eu le courage de proposer. Loin de nous l’idée qu’il faille réinventer le culte de la personnalité ou célébrer un président un peu vite décrit comme « jupitérien ». Il ne s’agit pas de s’en remettre à lui, il s’agit de l’encourager à adopter des réformes qui n’ont que trop tardé.

RICHARD LISCIA

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5 Responses to Travail : la réforme est lancée

  1. phban dit :

    Belle analyse, nuancée et lucide.
    Juste un détail : c’est Lionel Jospin qui avait affirmé « On a tout essayé ».

    Réponse
    Jospin n’a jamais utilisé cette expression, d’autant que la croissance lui a permis de réduire le chômage à partir de 1999. C’est Mitterrand qui l’a prononcée en 1993 telle qu’on peut encore la retrouver sur une video archivée par l’INA sur le site de l’Obs.
    R.L.

  2. admin dit :

    Exact. Jospin a dit « l’Etat ne peut pas tout » quand Renault a fermé son usine de Vilvorde, en Belgique.
    R.L.

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