Requiem pour les perdants

Affiche de campagne à Paris
(Photo AFP)

La convergence des sondages, le résultat, éminemment favorable à la République en marche (REM) des législatives dans les circonscriptions de l’étranger, l’atmosphère de veillée de victoire de REM au premier tour, la quasi-certitude d’une majorité absolue pour le président Macron après le second tour, tout concorde pour que la surprise ne vienne pas du triomphe annoncé mais éventuellement d’un succès mitigé.

IL N’EST pas question de nier la force de l’ouragan qui arrive. Il faut seulement admettre que, s’il se confirme, personne n’y peut rien et qu’il n’existe pas de parade à une majorité voulue par les électeurs. On entend des voix multiples qui nous mettent en garde contre un pouvoir absolu : il serait néfaste pour le pays. Yves Jego, UDI, Seine-et-Marne, estime qu’une « majorité trop forte, c’est une victoire à la Pyrrhus et En Marche ! va se transformer en citadelle assiégée ». Le président du Sénat (LR) Gérard Larcher, pense qu’il « faut une majorité et une opposition. S’il n’y a pas ces deux piliers, le risque est grand ». Jean-Christophe Cambadélis (PS) déclare que « trop de pouvoir tue le pouvoir ». Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre, dénonce le danger de « parti unique ». Si je n’accordais pas à ce moment de transition historique toute l’attention et le sérieux qu’il mérite, je dirais que ces diverses évaluations sont infiniment drôles.

Être fort pour mieux gouverner.

Je ne vois pas en effet ce que M. Macron peut faire pour échapper à son invincibilité. Doit-il prendre la parole pour demander aux électeurs de ne pas voter massivement pour son mouvement ? Ses amis doivent-ils conseiller aux électeurs, dans des circonscriptions choisies, de choisir leurs adversaires ? En outre, on nous parle de risque, ou de danger, mais on ne nous dit pas lequel. Si la France insoumise ou le Front national étaient en mesure de s’emparer de l’Assemblée nationale, on comprendrait mieux l’inquiétude qui sourd de LR et du centre. Mais le président Macron a décrit abondamment ses intentions et il les traduit tous les jours par des actes réformateurs qui devraient plaire à la droite, au centre et même au PS. Non content de lancer la réforme du travail, d’unifier les services de sécurité, de poser les jalons d’une réforme de l’Europe, il laisse son ministre, Jean-Michel Blanquer, refonder l’Éducation nationale. Non seulement il va vite, mais il avance sur plusieurs fronts à la fois ; non seulement il est largement passé des paroles aux actes, mais il affronte des obstacles énormes qu’il ne saurait franchir s’il ne dispose pas d’une vaste majorité et s’il n’est pas compris par l’opinion. Or, que dit-elle, l’opinion ? Qu’elle est sensible à une offre politique entièrement nouvelle, qu’elle veut donner une chance à ce président, qu’elle devine, sait ou croit savoir que le pays doit s’adapter à un contexte mondial différent. Je ne vois pas comment une majorité, forte ou très forte, issue du suffrage universel, serait un danger pour la démocratie. D’abord, elle ne durera pas éternellement et les conflits politiques et sociaux finiront par l’effriter ; ensuite, pour vaincre les obstacles déjà dressés sur la route du pouvoir, celui-ci a besoin de tous les atouts.

Il n’y a pas de pouvoir absolu en démocratie.

L’important, en effet, n’est pas que le président Macron règne ou non en monarque présidentiel sur un peuple subjugué. Dans l’ampleur et la diversité des sujets auxquels il s’attaque, on trouvera une foule de décisions contestables. Les mesures fiscales qu’il s’apprête à prendre ne sont pas forcément agréables. Un retraité, dont la pension est gelée depuis quatre ans, sera bientôt la victime indignée de la hausse de la CSG. Une famille aisée ne bénéficiera pas de la suppression de la taxe d’habitation. On trouvera dans la réforme du travail des dispositions inquiétantes pour les salariés. Et ainsi de suite. Mais la question ne porte pas sur les intérêts personnels, ou sur les égoïsmes individuels. Elle concerne en priorité le tableau général d’une France qui vient d’échapper à l’emprise des extrêmes et un mouvement salvateur susceptible de nous arracher aux scléroses de notre société. M. Macron n’a pas un blanc-seing pour un siècle, il a un mandat pour cinq ans, période décisive pour l’avenir du pays. Ou bien il le redresse, ou bien il échoue. Mais on ne pourra pas le juger avant de lui avoir donné sa chance ou en lui comptant chichement les soutiens indispensables dont il a besoin pour réussir. Nous sommes tous libres de voter pour d’autres partis que la République en marche. Ce ne sera la faute de personne (ou ce sera la faute de tous) si, au terme du décompte, on s’aperçoit qu’Emmanuel Macron a beaucoup de pouvoir, sachant que, dans une démocratie comme la nôtre, le président le mieux loti doit toujours faire des concessions.

RICHARD LISCIA

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One Response to Requiem pour les perdants

  1. liberty8 dit :

    Tout vole en éclats, tous les partis sont pulvérisés en même temps, même ceux qui étaient en position de force a la fin des présidentielles. C’est un séisme sans comparaison. Les dirigeants de LR attendent une déculottée mémorable, les autres ne sont pas mieux, même Melanchon ! Les 40 % d’abstentionnistes prévus sont surtout du parti des extrêmes. Donc la barre des 12 % des inscrits risque d’être dure à franchir et on aura peut être moins de triangulaires.
    Macron nous a tous bluffés, c’en est même époustouflant, il avance déjà sur tous les fronts, rien ne lui résiste, une blitzkrieg dans toute sa splendeur.
    Sarkozy dit de lui : « Macron c’est moi en mieux ». Quand on connaît le personnage on est scotché !
    Doit-il pour cela avoir une majorité réduite, un contre-pouvoir ? Eh bien non, s’il est bon, il doit avoir les moyens de sa politique.
    Je plains ses adversaires quand ils trouvent des raisons pour que l’on vote en leur faveur, ils ne sont même plus crédibles.
    C’est un changement important de notre histoire, un ouragan qui se lève sur une politique veillotte et figée, rien ne sera plus comme avant.

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