Chômage : la malédiction

Manif’ pour l’emploi le 2 décembre dernier
(Photo AFP)

L’économie française a créé environ 250 000 emplois en 2017, mais le nombre de chômeurs n’a diminué que de 13 000. Les explications techniques de cette contradiction ne sont pas rassurantes. Elles indiquent en effet une inadaptation de la formation professionnelle au marché du travail.

L’HÉRITAGE de François Hollande n’est pas tout mauvais et l’embellie dans la croissance a aussi pour raison les mesures que le précédent président a prises pour relancer l’industrie, toutes destinées à diminuer le coût du travail et à faire en sorte que les entreprises reconstituent leurs marges.La majorité des emplois créés en 2017 est constituée de contrats à durée indéterminée (CDI), ce qui est positif car il s’agit emplois durables.  D’autres dispositions du précédent quinquennat, comme la création de 500 000 formations qui ont eu immédiatement un impact technique sur le taux de chômage, ont été abandonnées après les élections de 2017. Ce qui expliquerait que les bilan de l’an dernier soit si peu enthousiasmant.

L’impact des réformes.

Il vaut mieux s’orienter vers les déficiences structurelles de notre marché du travail si l’on veut combattre le chômage avec efficacité, sans tomber dans les polémiques sur les qualités respectives de la gestion hollandaise et de celle de Macron. Aussi bien le président actuel se montre lui-même très prudent sur l’évolution du chômage pendant son quinquennat puisqu’il pense que le taux tombera à 7,5% en 2022. Ce n’est pas encourageant : plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, ont un taux de chômage résiduel (à 4 %, on parle de plein emploi) et la Grande-Bretagne. La France se situe dans le groupe méridional de la zone euro. Son taux est cependant inférieur à celui de l’Italie et de l’Espagne.  La vraie question porte sur sur la résistance du chômage en France que n’entament ni les mesures prises par M. Hollande et dont l’effet commence à s’estomper, ni les réformes lancées par M. Macron. Le nombre de personnes en chômage de longue durée ne cesse d’augmenter, en dépit des créations d’emplois qui semblent surtout s’adresser aux jeunes arrivant sur le marché, mais pas ceux qui attendent de trouver un emploi depuis un an ou plus.

Patience et longueur de temps.

La manière optimiste de voir les choses, c’est de se dire que toute réforme prend du temps pour induire un changement. C’est la convergence de la baisse du coût du travail, la hausse du nombre de formations, la réforme de l’apprentissage, la préparation aux emplois utiles à l’industrie qui viendront à bout du chômage en France. Si le chef de l’État est aussi prudent sur le sujet, c’est qu’il est parfaitement conscient des pesanteurs d’une formation professionnelle qui coûte bon an mal an une trentaine de milliards et donne des résultats manifestement insuffisants. Ce n’est pas seulement la crise de 2008 que nous payons, c’est l’accumulation de traditions industrielles et syndicales qui faisaient de l’assurance chômage l’alpha et l’oméga de la politique de l’emploi : indemniser les chômeurs et revendiquer des hausses de salaires qui affaiblissent notre compétitivité à l’exportation, tel a été le mot d’ordre syndical depuis quarante ans.

Macron et son gouvernement se sont attelés à la « transformation », le mot qui remplace celui de réforme, que les Français n’aiment guère. Mais il ne faut pas oublier que le taux de chômage n’a pratiquement pas cessé d’augmenter en France depuis le choc pétrolier de 1974. Un quinquennat ne sera donc pas suffisant pour absorber les trois millions de chômeurs que compte le pays. Il en faudra sans doute un autre, et beaucoup de chance, pour que nous retournions à une situation de plein emploi.

RICHARD LISCIA

 

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4 Responses to Chômage : la malédiction

  1. admin dit :

    LL dit :

    Sans parler d’une nécessaire réforme de l’éducation pour aligner les formations sur les besoins techniques du marché.

  2. DANTEC dit :

    Trois millions de chômeurs et 300 000 offres, de toute façon le compte n’y est pas.

  3. JB7 dit :

    Pour diminuer le chômage il faudrait aussi, impérativement :
    – diminuer la paperasse administrative, non seulement cela diminuerait une charge de travail pénible pour les employeurs, mais, de plus, cela libérerait du temps dans les administrations pour répondre au téléphone ou aux courriers.
    – mettre en place une  » task force  » comme aux Etats-Unis (cela était proposé dans le livre de Juppé, sur son programme économique) .
    – simplifier la fiche de paye
    – simplifier les procédures pour créer une entreprise ou pour s’installer en libéral
    – supprimer les mesures stupides (par exemple, si vous déménagez de quelques centaines de mètres en restant dans la même commune, tout en gardant la même superficie de local et le même nombre d’employés, vous êtes obligés de changer de numéro de siret)
    Il est intéressant de noter que le personnel qui travaille à l’accueil d’un certain nombre d’administrations serait de très bon conseil, pour simplifier bon nombre de formalités administratives inutiles et chronophages !

  4. JB7 dit :

    Manuel Valls avait été interviewvé en 2013 par la TSR :
    https://www.youtube.com/watch?v=KDj2tUyvcvI
    Les problèmes économiques sont abordés à 14’35 et notamment à 17’09 le journaliste suisse remarque que les frontaliers français travaillant en Suisse se plaignent souvent que  » créer une entreprise en France c’est d’une lourdeur effrayante ; côté suisse c’est beaucoup plus facile ».

    Evidemment, on ne peut pas vraiment comparer ces deux pays dont la fiscalité est différente. Toutefois, ce dont se plaignent ces frontaliers, c’est surtout de la lourdeur administrative !

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