Le duel droite-droite

Fraîche poignée de mains
(Photo AFP)

Le clou de « l’Emission politique », animée hier soir par Léa Salamé et Thomas Sotto, c’était évidemment le débat entre le Premier ministre, Edouard Philippe, et le chef de l’opposition LR, Laurent Wauquiez. C’est peut-être moins le fond des argumentations que ce que disaient leurs propos de leurs caractères qui aura été intéressant.

LES TÉLÉSPECTATEURS n’aiment pas en général les batailles bruyantes sur les plateaux. M. Wauquiez s’est rendu à la télévision pour tenter d’écharper son interlocuteur qui, pour une fois agacé, lui a envoyé à son tour quelques piques. Si M. Wauquiez est incapable de sourire, c’est parce qu’il veut dramatiser les problèmes et les transformer en crise. On a donc assisté à un débat tendu qui ne laissait guère la place aux amabilités et encore moins à la sérénité. Sûr et certain, l’immigration est une affaire des plus sérieuses et nous devons la juguler. Mais ce n’est pas sous l’effet de l’angoisse que M. Wauquiez a refusé d’appeler M. Philippe par sa fonction, c’est pour mieux faire croire au public qu’il parlait avec lui d’égal à égal. Tant pis pour le respect dû à un chef de gouvernement, mais j’appelle ce genre de comportement de l’enfantillage. C’est tellement facile de vilipender un homme sous prétexte qu’il détient une parcelle de pouvoir, comme si ses fonctions lui avaient été octroyées de droit divin et qu’il ne les méritait pas. C’est plus simple de guerroyer avec moult palabres et de tenter de déstabiliser l’adversaire, ce à quoi le chef des LR n’est pas parvenu, que de s’en tenir à la vérité sur l’immigration, épouvantail, cette fois encore, brandi avec une conviction qui renvoyait M. Wauquiez au niveau du Rassemblement national ou de M. Dupont-Aignan.

Un effort de pédagogie.

Je ne reviendrai pas sur le contenu de l’émission que vous avez peut-être vue ou dont vous avez lu les comptes-rendus dans les journaux. J’ai décelé en revanche chez Edouard Philippe un effort estimable de pédagogie et pour mettre en cohérence une foule de mesures prises par son gouvernement. Qu’on l’admette ou non, il avait réponse à tout. Il a résisté avec un stoïcisme remarquable aux attaques d’une élue locale et d’un retraitée qui, pourtant, avaient cent fois raison. Le défaut de ce genre d’émission, c’est qu’elle oppose les cas personnels à la macro-économie. Le Premier ministre ne peut pas rendre à une interlocutrice les quelques dizaines d’euros par mois que lui a fait perdre la hausse de la CSG. Mais il a su montrer que cet effort, fourni par les millions de retraités, peut avoir  des conséquences favorables à la relance de l’activité économique.

Un homme de cette trempe-là.

Boxeur et bon vivant, Edouard Philippe ne se prend pas au sérieux. Et si le sérieux est un impératif catégorique pour un chef de gouvernement qui s’exprime à la télévision, on devinait qu’il aurait préféré discuter d’une manière plus gaie et plus drôle. Il est apparu hier, mais ce n’est pas la première fois, comme une alternative rafraîchissante à Emmanuel Macron. Il n’en a pas l’arrogance, ni les petites formules, « pognon de dingue », ou « traverser la rue pour trouver un emploi ».  En ce sens, son discours peut avoir un effet apaisant, même si, pour la simple raison qu’il ne peut pas se désavouer lui-même, M. Philippe ne peut offrir aucun cadeau, y compris à ceux qui viennent lui en demander sur un plateau de télévision. Est-il permis de croire à la sincérité de cet homme-là ? Non, dit-il, il n’a pas de plan de carrière, non il ne veut pas devenir président. Je le vois si solidement attaché à ses fonctions actuelles, si loyal à son patron, si peu enclin à critiquer quelque membre de son gouvernement, par exemple Gérard Collomb, dont le comportement à l’égard du président devient quelque peu cavalier, que rien, pas même sa chute éventuelle, ne le troublera. Il me semble que, pour conduire des réformes affreusement impopulaires, il faut un homme de cette trempe-là. Il est de ceux qui partent sous les huées, mais après avoir accompli un travail utile, dont tireront avantage ses pires détracteurs.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Le duel droite-droite

  1. YM DANTEC dit :

    « Il faut un homme de cette trempe »
    il a cette humanité apparemment fragile dont L. Wauquiez est démuni –

  2. JULIEN dit :

    On a le sentiment que Laurent Wauquiez est prisonnier de la position très droitière qu’il a du prendre pour se démarquer des centristes de son parti. Mais avait-il le choix ? Cette position le rapproche beaucoup de l’extrême droite, ce que semble souhaiter une partie des électeurs de LR.
    Sera-t-il suivi par l’ensemble de son parti ? On peut espérer que non.

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