L’Italie défie l’Europe

Salvini et Mattarella
(Photo AFP)

Le gouvernement italien a adopté un projet de budget qui prévoit un déficit de 2,4 %. Endettée à hauteur de 132 % de son produit intérieur brut, l’Italie va donc devoir emprunter de nouveau en 2019, alors qu’elle s’était engagée, avant l’arrivée des populistes et néo-fascistes au pouvoir, à réduire sa dette.

LE MEILLEUR moyen d’évaluer le parcours d’un pays, c’est son budget. Celui-ci indique les orientations, bonnes ou mauvaises, de la nation. Le déficit budgétaire italien pour 2019 est seulement de 2,4 %, inférieur aux 2,8 % du budget français. Mais la situation économique et financière chez nous et dans la péninsule n’est pas la même. L’endettement italien atteint 132 % du PIB quand il est en France de 99 %, ce qui est beaucoup, mais presque supportable. La décision, prise par Luigi di Maio, du mouvement Cinq Étoiles et par Matteo Salvini, de la Ligue, tous deux vice-présidents du conseil, a été acceptée par le ministre de l’Économie, Giovanni Tria, que le président de la République, Sergio Mattarella, avait installé à ce poste dans l’espoir qu’il calmerait les ardeurs de di Maio et de Salvini. M. Tria a pensé à démissionner, mais le président Mattarella, convaincu qu’il peut continuer à exercer un contrôle sur les actions du gouvernement, l’en a dissuadé.

Une hausse des taux.

En Italie, les mesures adoptées (création d’un revenu de citoyenneté de 780 euros, pour un coût de 10 milliards, départ à la retraite anticipé pour 400 000 citoyens, investissements de 15 milliards en trois ans en faveur des petites entreprises) ont été accueillies avec un tel enthousiasme que l’espoir de les modifier à la faveur d’une confrontation entre Rome et la commission européenne est à peu près nul. M. Salvini s’est empressé de dire qu’il servait les intérêts des Italiens, pas des Européens. Sauf qu’il met à mal la cohésion de la zone euro et qu’en annonçant son plan il a déclenché une hausse des taux d’intérêt et une chute de la bourse. Ce qui signifie que les prochains emprunts de l’Italie sur les marchés européens seront de plus en plus coûteux.

Le fait accompli.

Comme pour l’immigration, l’Italie met ses partenaires devant le fait accompli. La fermeture de ses ports aux navires, humanitaires ou non, chargés d’immigrants, bloque le flux migratoire en provenance de Libye, alors qu’elle bafoue le droit de la mer et la jurisprudence internationale en matière de secours aux bateaux en détresse. De la même manière, elle prétend se libérer d’un seul coup des liens qui la rattachent à l’Union européenne, mais elle ne peut financer ses largesses sociales sans aller chercher des dizaines de milliards sur les marchés, qui lui prêteront des fonds avec parcimonie et à des taux élevés, alors que son système bancaire est déjà fragilisé par des prêts qui ne seront jamais récupérés. Personne, en Europe, pas même les Italiens, n’ignore l’état calamiteux des finances du pays. Et c’est pourquoi, di Maio et Salvini, loin d’envisager une sortie de l’Italie de l’Union européenne, entendent en tirer le meilleur parti, mais à leurs propres conditions.

Les exemples précédents, comme celui de la Grèce, indiquent que l’Allemagne refuse de faire des cadeaux aux États qui vivent à crédit jusqu’au moment où il faut renflouer leurs finances. Pour retrouver un semblant de stabilité économique et financière, la Grèce a dû perdre un quart de son PIB. Les citoyens italiens qui applaudissent une politique socialement généreuse, semblent ignorer que, dans un an, ils risquent de ne plus pouvoir emprunter. Si Alexis Tsipras est encore au pouvoir à Athènes, c’est parce qu’il a accepté tous les remèdes de cheval que Bruxelles et le Fonds monétaire international lui ont imposés. Bientôt la Ligue et Cinq Étoiles devront soit faire machine arrière, soit renoncer au pouvoir.

RICHARD LISCIA

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4 réponses à L’Italie défie l’Europe

  1. admin dit :

    LL (USA) dit :
    Vers une crise financière en Italie. Rome sera obligée d’emprunter à des taux astronomiques.

  2. Sphynge dit :

    La solution qui s’imposera presque inévitablement, comme le prévoient maintenant de plus en plus d’économistes et même d’experts européens, est le retour aux monnaies nationales avec des taux de change adaptés à leurs économies. Après la Grande Bretagne, la Chine et les USA, l’Europe participerait à son tour à la fin de la période néo-libérale qui a détruit à peu près tous les apports économiques et sociaux du libéralisme régulé qui l’a précédée. Ce sera peut-être l’occasion de construire une Europe plus rationnelle.
    Réponse
    Je prends le pari : l’Europe et l’euro survivront.
    R.L.

  3. claude ostré dit :

    L’Italie ne veut pas connaître le sort de la Grèce. On peut comprendre en particulier la suppression des pensions de réversion qui ont mis des milliers de veuves dans la misère. Ne pas oublier que l’Allemagne n’a jamais payé les dommages de guerre à la Grèce. Les Grecs ne l’ont pas oublié. On renfloue les banques en taxant les plus pauvres, bravo.

  4. JULIEN dit :

    Pouvez-t-on attendre autre chose d’un parti d’extrême droite ?

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