La violence d’un petit nombre

Port-la-Nouvelle, hier
(Photo AFP)

Le mouvement des gilets jaunes s’essouffle, mais il a gagné en violence. La journée de samedi  prochain à Paris déterminera la suite des événements.

EMMANUEL Macron prône le « dialogue », sans pour autant donner suite à la proposition de Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, de réunir une conférence sociale nationale. Son ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, établit pour sa part un bilan sinistre des manifestations ou émeutes, notamment à la Réunion, où un couvre-feu partiel a été mis en œuvre. La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, dénonce des émeutiers qui n’ont rien à voir avec les gilets jaunes et participent aux troubles uniquement pour en découdre avec les forces de sécurité.  On dénombre deux morts, 552 blessés dont 52 appartenant aux forces de l’ordre, 450 manifestants en garde à vue, 30 sites stratégiques dont 15 dépôts de carburants « libérés », ainsi que six accès aux autoroutes. A Virsac, au nord de Bordeaux, un péage a été saccagé et incendié. La police a dispersé les manifestants mais le péage est dans tel état que les véhicules ne peuvent pas l’approcher.

Paris, 24 novembre.

Le nombre de gilets jaunes n’a cessé de diminuer depuis le 17 novembre. Il en reste quelques milliers, des irrédentistes décidés à remplacer par la radicalisation l’insuffisance de leurs effectifs. Le mouvement souffre d’une absence de leadership, de revendications multiples et incohérentes, de propositions fantaisistes. La violence est mise au service de sa persistance. La perspective d’une grande explication à Paris le 24 novembre pourrait galvaniser des troupes hésitantes, mais le gouvernement a fait savoir que tout rassemblement place de la Concorde serait interdit. Les éléments les plus convaincus croient néanmoins débouler dans la capitale par divers moyens clandestins et se réunir non loin de l’Elysée, à la barbe des policiers. Incapables d’exprimer leurs idées au-delà de la force de leur engagement, souvent en opposition avec des gilets jaunes qui les soutenaient, divisés donc sur la marche à suivre, ils ne semblent pas représenter, pour le moment, une menace pour le pouvoir. Seule à ce jour, la fédération FO des Transports a décidé de rejoindre les gilets jaunes et la CGT se contente d’organiser une journée de protestation le 1er décembre prochain.

Colère des maires.

Le désordre n’en est pas moins inquiétant et le mécontentement profond dans la population, y compris celle qui s’abstient de manifester. Le soutien affiché au mouvement, soit 74 % des Français selon un sondage qui a été publié avant le 17 novembre, n’empêche pas une majorité apparente de préférer le travail et la circulation aux blocages des routes. Le gouvernement semble donc en mesure de juguler le phénomène, mais, quoi qu’il arrive, il sortira encore plus affaibli de l’épreuve.  La partie de la population qui souffre cruellement de revenus faibles continuera à réclamer une hausse du pouvoir d’achat, notamment par une baisse des taxes, sinon de l’impôt sur le revenu, car les gilets jaunes sont très précisément ces Français qui ne paient pas l’IR mais sont assujettis aux impôts indirects.

Le pronostic est d’autant plus sombre que le gouvernement se contente de se murer dans son programme sans envisager d’aller vers un compromis. Or il fait face à de multiples frondes, dont celle des maires, réunis en ce moment à Paris. Le président a refusé de se rendre à leur congrès et a préféré inviter à l’Elysée des maires sélectionnés sur le volet, ce qui a déclenché une série de sarcasmes chez ceux qui ne sont pas invités et chez ceux qui le sont. Partout, dans les communes, le différend entre le pouvoir et les maires porte sur les crédits alloués par l’Etat, en baisse constante, ce qui ajoute à l’impécuniosité des foyers celle des mairies, incapables d’améliorer les infrastructures locales et de compenser par une gestion dynamique l’insuffisance des revenus personnels.

RICHARD LISCIA

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13 Responses to La violence d’un petit nombre

  1. ostré dit :

    Merci de reconnaitre enfin que ce gouvernement gère très mal, s’obstine aveuglément dans des réformes qui déplaisent à la majorité et surtout aux plus pauvres. il est temps d’en changer.
    Réponse
    Désolé de vous le dire, mais vous n’avez pas compris mon propos. Quant à changer de gouvernement, je vous propose de descendre dans la rue et de vous emparer de l’Elysée.
    R.L.

  2. ostré dit :

    Je viens d’apprendre que notre gouvernement envisage de diminuer les pensions de reversion.
    Merci pour les retraités veuves et veufs le petit nombre va s’agrandir.

    Réponse
    Cette information est fausse, en tout cas pour le moment. Il ne faut pas se précipiter quand les réseaux sociaux diffusent des informations non-contrôlées.
    R.L.

    • ostré dit :

      Ce ne sont pas les réseaux sociaux mais la télévision d’État, la 3 hier soir.
      Réponse
      Télévision d’État ? Nous ne sommes pas à Moscou. Et même la 3 peut se tromper. Et qu’est-ce que la pension de réversion a à voir avec les gilets jaunes ?
      R.L.

      • Michel de Guibert dit :

        Ce que cela à a voir avec les gilets jaunes, ce sont les inquiétudes de la population, surtout des « petites gens » !
        Réponse
        Les petites gens ? Lesquelles, celles qui se précipitent en masse au black friday ?
        R. L.

      • PICOT François dit :

        La possible baisse de la pension de réversion a été annoncée ce matin sur Le Figaro. Si cela passe il y aura une baisse supplémentaire du pouvoir d’achat pour certains et ce ne seront sûrement pas les plus riches. Les gilets jaunes manifestant parce qu’ils sont écrasés de charges et que le pouvoir d’achat, en général, est en baisse malgré ce qu’essaye de nous faire avaler le gouvernement, il y a bien un rapport direct.
        Réponse
        Faux. Dans « le Figaro », Jean-Paul Delevoye a expliqué que si une veuve a déjà une pension parce qu’elle a travaillé, le calcul de la reversion de la retraite de son mari décédé serait fonction du montant qu’elle touche déjà. Prenons un couple de retraités avec 4 000 euros pour le mari et 2 000 pour son épouse. Au décès du mari, la veuve toucherait 3 000 euros, c’est-dire que ne lui seraient reversés que 1 000 euros, soit 25 % de la pension du mari, au lieu de 50 % actuellement.
        L’information fournie par Ostré est donc juste, je le reconnais sans réserve. Mais, si on veut diminuer la dépense publique, j’aimerais savoir au nom de quoi une femme qui a travaillé devrait toucher une pension de réversion dès lors qu’elle a déjà une retraite. En revanche, je trouve juste qu’on lui assure le même niveau de vie.
        R.L.

        • Michel de Guibert dit :

          Un couple de retraités avec 4000 € pour le mari et 2000 € pour sa femme, ce ne sont pas de « petites gens » !

        • ostré dit :

          Merci d’avoir reconnu mon info, j’insiste.
          La raison est donc de réduire la dépense publique en s’attaquant aux retraites déjà payées à l’avance par les retraités ?On croit rêver. Il n’y a pas d’autres niches chez les plus riches ? Et comment maintenir ce niveau de vie en diminuant déjà de 25 % ?
          Réponse
          Bon, on peut arrêter ce débat. L’Etat ne peut pas fonctionner sans impôts. Ce que vous dites des retraites n’est pas vrai : ce ne sont pas des retraites par capitalisation, mais par répartition. Si vous vivez dix ans de plus que d’autres, vous touchez quand même votre pension. Donc vous représentez un risque financier plus grand pour la collectivité. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Vous voulez payer moins d’impôts ? Très simple. Vous économisez pour votre retraite et vous payez de votre poche l’école, l’hôpital, la police, les juges.Je ne suis pas sûr que vous feriez une bonne affaire.
          R.L.

          • Michel de Guibert dit :

            Ce que vous décrivez, Richard Liscia, est le système anglo-saxon : moins d’impôts et moins de chômage certes, mais plus d’inégalités dans l’accès aux soins et à l’enseignement… de fait nous ne serions pas gagnants, sauf les plus aisés peut-être…

            Réponse
            Non, ce n’est pas ce que je souhaite. Je m’acharne à dire qu’il faut payer des impôts pour avoir les soins et l’enseignement.
            R.L.

          • Michel de Guibert dit :

            Mais c’est exactement ce que je disais, Richard Liscia !
            Je parlais de ce que vous décriviez en disant que nous ne serions pas gagnants, non de ce que vous souhaitiez (et que je ne souhaite pas non plus).

          • ostré dit :

            La retraite par répartition ou capitalisation vient toujours des retraités mais pas des contribuables. La répartition est la solidarité entre générations.

  3. mathieu dit :

    Deux réflexions sur le sujet:
    – depuis les derniers mandats présidentiels, quand un pouvoir prépare un « mauvais coup » (pertinent ou pas) pour le portefeuille desFfrançais, il lance une info « non confirmée », un ballon-sonde, et s’il ne génère pas une levée de boucliers généralisée, la rumeur devient décision, plus ou moins édulcorée.
    – quant aux « GJ » et la sympathie (manifestée sur sondage) à leur cause d’une majorité de Français, il semble ressortir que l’augmentation des taxes carburants ait été très tôt programmée dans la campagne pour équilibrer un budget prévisionnel et financer des promesses (sûrement licites), le « prétexte écolo » (pourtant la plus essentielle des causes) n’étant que le faux-nez de cette mesure impopulaire, n’ayant même pas réellement convaincu ceux qui la proposaient!
    Ce gouvernement « oeuvrant, enfin, pour le long terme », pour une évolution en douceur, aurait pu simplement surtaxer et dissuader l’achat de tous les véhicules polluants, laissant disparaître progressivement le parc de ces canards noirs, sous l’action de leur grand âge et des contrôles techniques. Réhabiliter le rail pour le fret marchandise plutôt que supprimer les voies existantes aurait été aussi un signal écolo fort. Je ne vous ai guère entendus sur le sujet, messieurs les vertueux, Philippe et Hulot ! Il est vrai que ce moyen de transport rapporte bien moins de taxes que le carburant.
    En disant clairement les choses, on fait moins de déçus.

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