La main tendue au peuple

Macron, hier, à la télé
(Photo AFP)

Les réactions au geste d’Emmanuel Macron (prime de 100 euros par mois pour les smicards, défiscalisation totale des heures supplémentaires, exonération de la hausse de la CSG pour les retraités à moins de 2 000 euros par mois, toutes générosités accompagnées d’un immense mea culpa) sont mitigées. Pour le moment, la détermination d’un certain nombre de gilets jaunes, très divisés, à manifester de nouveau samedi prochain, ne semble pas entamée.

LA MINISTRE  du Travail, Muriel Pénicaud, a évalué à 10 milliards l’effort budgétaire consenti par l’État pour aider les foyers défavorisés. Ce seul nombre remet en question un projet de loi de finances en cours de discussion parlementaire et qui doit être bouclé avant la fin du mois. Peu de gilets jaunes interrogés par les médias considèrent que M. Macron, vu et écouté par 21 millions de téléspectateurs, a accompli un acte surhumain. Des salariés qui touchent moins de 1 200 euros net par mois, estiment que 100 euros, « c’est des miettes ». On leur demande moins de la gratitude que la décision d’arrêter de manifester. Les élus doués de cette vertu de plus en plus rare qu’est le sens de la responsabilité les incitent à mettre un terme à leur action. Qu’ils le veuillent ou non, c’est par la force des casseurs qu’ils ont obtenu les avancées proposées par le président ; qu’ils le veuillent ou non, ils ont affaibli la croissance du pays, ce qui se traduira par un chômage supplémentaire ; qu’ils le veuillent ou non, ce sont dix milliards, et sans doute plus, que le chef de l’État a mis sur la table.

Le peuple mystifié.

Ils n’ont pas plus de quatre jours pour cuver leur enivrant triomphe et se rasséréner. S’ils poursuivent leur mouvement, ils ne peuvent pas croire que l’opinion, cette fois, les soutiendra encore. Leur discours sur ce que Macron aurait dû faire et n’a pas fait, comme le rétablissement de l’ISF ou la taxation accrue des entreprises (celles-là même qui créent des emplois) est de la bouillie d’experts improvisés. La crise fait vaciller le régime et chacun, dans le pays, a sa solution. Et, en plus, chaque gilet présente sa martingale sans paraître se douter qu’il refait le monde avec des éléments d’appréciation qui viennent tout droit des réseaux sociaux.

La classe politique, heureusement, est plus prudente. La droite critique Macron mais sans grand enthousiasme : la défiscalisation des heures supplémentaires avait été inaugurée pour la première fois par Nicolas Sarkozy et abolie par François Hollande (geste meurtrier) : la droite ne peut pas dénoncer ce qu’elle a elle-même inventé. Jean-Luc Mélenchon dispose d’un appareil analytique beaucoup plus puissant : c’est la Ve République qu’il veut assassiner tandis que  Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan, satisfaits de rejoindre l’autre extrême, participent à l’entreprise de démolition : LFI et RN nous jouent ce grand opéra italien qu’est l’alliance entre populistes et néo-fascistes. S’ils n’étaient pas capables de mystifier le peuple comme ils le font depuis tant d’années, on rirait de leur grotesque pantomime.

Quelle alternative ?

François Bayrou dit : ce moment macronien est historique, c’est un tournant, une nouvelle époque. C’est à ce vertige, cet état d’ébriété glorieuse, cet enthousiasme romantique du jusqu’au-boutisme que s’attachent les gilets jaunes : rentrer à la maison pour cent euros par mois, alors qu’ils ont pris la lumière pendant quatre semaines sur les ronds-points et les périphériques ? Que nenni !  Il ne s’agissait pas pourtant d’une enième émission télévisée. Il s’agissait d’un acte fondateur, un effort de redistribution des ressources de l’État qui permettent aux foyers démunis de trouver un peu d’oxygène, un changement de cap social qui exige des trésors d’inventivité. Oui, c’est vrai : Macron n’a pas renoncé à son projet réformiste, à sa fameuse « transformation ». Il continue de croire que c’est en allégeant les charges des entreprises qu’il parviendra (enfin) à relancer l’emploi.

Le voilà donc contraint à aller chercher l’argent là où il n’est plus, à déplaire à d’autres forces économiques pour satisfaire les gilets jaunes, à envisager de creuser le déficit alors qu’il avait pris, face à Bruxelles, l’engagement de retourner rapidement à l’équilibre. Pour l’instant, il ne sort pas vainqueur de la bataille ; sa tâche, par exemple la réforme des retraites et celle de l’État, va être compliquée par son affaiblissement politique et par une cote de popularité qui n’a jamais été aussi basse dans l’histoire de la Ve. Mais depuis qu’il a été élu en 2017, il y a une constante : rien de ce que proposent les oppositions n’est vraiment crédible. Aucun programme alternatif ne s’impose à l’opinion comme une solution viable. L’élection de 2017, c’était le pont d’Arcole. 2019 sera, c’est selon, Iéna ou Waterloo.

RICHARD LISCIA

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6 réponses à La main tendue au peuple

  1. anonyme dit :

    Merci Macron ! Enfin c’est la paix, ici, en France

  2. phban dit :

    La raison va-t-elle prendre le dessus ? Espérons.

  3. Michel de Guibert dit :

    « Une cote d’impopularité qui n’a jamais été aussi basse dans l’histoire de la Ve » ? Vous voulez dire une cote d’impopularité qui n’a jamais été aussi haute !
    Réponse
    La correction est faite. Merci
    R.L.

  4. admin dit :

    LL (USA) dit :
    Peu apprécié, mais attendu.

  5. JEAN MARIE RADIGUET dit :

    Encore une fois, s’il montrait l’exemple en diminuant le niveau de vie monarchique du gouvernement, pour commencer, cela pourrait lui permettre de redescendre sur terre avec ses citoyens.

  6. Chretien dit :

    L’important est de stopper cette vague et de s’élever contre les invitations incessantes de toutes les chaînes de TV et de radios des Mélenchon, Corbière, Ruffin et consorts pour poursuivre leur propagande et campagnes d’insurrection à la manière du Venezuela, où toute la population est en train de fuir ce régime. Hors et même dans des réseaux sociaux et sans bouillie d’experts il y a quand même des solutions raisonnables : ne croyez-vous pas ? Des fonctionnaires payés 2 600€/mois pendant 10 ans …sans travailler ? Nous connaissons tous des employés de mairie dans des situations injustifiables qui ont été recrutés uniquement par clientélisme ?
    Epingler les exilés fiscaux (les plus riches : artistes, chanteurs,sportifs, chefs d’entreprise partis en Suisse et en Belgique et même ceux moins riches partis au Portugal, Espagne, Maroc) qui reviennent en France pour se faire soigner à nos frais ? On ne peut pas leur retirer leur carte vitale?
    On pourrait citer des milliers d’exemples comme ceux-ci qui pourraient relever d’une simple bonne gestion !

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