Police efficace

Rémi Heitz
(Photo AFP)

Chérif Chekatt, le terroriste de Strasbourg, a été abattu par la police hier soir dans le quartier du Neudorf, pas loin du lieu où il avait commis ses crimes. Comme l’avaient prévu les spécialistes, le fugitif, dépourvu de soutiens et de réseaux, ne se trouvait pas à l’étranger.

Il A FALLU quarante-huit heures pour mettre un terme à la cavale de Chérif Chekatt. Le procureur de Paris, Rémy Heitz, en a fait un récit complet. Des moyens exceptionnels avaient été déployés et au terme de la traque, des agents de police ont vu Chekatt devant une porte d’immeuble qu’il ne parvenait pas à ouvrir, l’ont interpellé. L’homme a tiré sur eux, ils ont riposté et l’ont tué. Le marché de Noël de Strasbourg a pu rouvrir ses portes, après avoir enregistré des pertes commerciales importantes. L’élimination du terroriste témoigne de l’efficacité de nos services de sécurité et évite au gouvernement une nouvelle polémique, que l’opposition n’aurait pas manqué d’alimenter si Chekatt n’avait pas été arrêté ou éliminé.

La censure censurée.

Dans ce contexte sécuritaire très particulier (les forces de police sont sur les dents), 70 députés du PS, du PCF et de la France insoumise ont eu l’idée bouleversante de déposer une motion de censure contre le gouvernement d’Édouard Philippe ; elle a été rejetée à une majorité écrasante par l’Assemblée nationale. On s’interroge sur la qualité de cet exercice gratuit et inutile, qui a simplement servi à démontrer le vide de la pensée de gauche et le ridicule du comportement de cette fragile alliance entre trois partis peu représentés dans l’hémicycle et en désaccord sur tout, sauf sur Macron. Des gilets jaunes à nos politiciens les plus éclairés, on n’arrête pas de vouloir refaire le monde et de rechercher ardemment la justice, sociale, bien sûr, et c’est facile, n’est-ce pas ? mais aussi la justice des institutions, la prise en compte du vote blanc, le recours au scrutin proportionnel, la création éventuelle d’assemblées parallèles, au moment précis où il est question de diminuer les effectifs du Parlement. Il n’y a rien de sérieux dans tout ça, parce que, justement, c’est la remarquable solidité des institutions qui a permis au pays de résister au terrorisme et aux affrontements provoqués par les réformes. Le président Macron, sans nul doute, est affreusement impopulaire, depuis que certains de ses détracteurs dressent de lui un portrait haïssable et qu’ils font de sa disparition, politique ou même physique, un objectif naturel et justifié. Mais il résiste, grâce au mandat de cinq ans dont il dispose.

Comment empoisonner la vie des Français.

De toutes parts, les supplications abondent, à droite et même à gauche et unanimement au sein de la République en marche, pour que les gilets jaunes fassent une pause, qu’ils nomment des délégués et qu’ils dialoguent avec le gouvernement sur les allègements fiscaux et les primes aux smicards. Une partie (mais combien ?) des gilets semble souhaiter l’amorce d’un dialogue, une autre partie n’en démord pas, elle manifestera demain à Paris. La mort de Cherkatt lui ôte une épine du pied, puisque l’un des arguments du gouvernement était qu’il ne fallait pas imposer une nouvelle épreuve aux forces de l’ordre, épuisées par un mois de manifestations et par la chasse à l’homme de Strasbourg. Mais l’aveuglement des gilets reste entier : à force de manifester et de limiter le commerce dans les grandes villes, ils vont finir par ruiner pas mal d’entreprises et créer un surcroît de chômage qui alimentera les bataillons de pauvres. Ce n’est pas le pire. La vérité sur cet épisode dit historique et même révolutionnaire, c’est que les casseurs se servent des gilets jaunes et de leurs manifestations pour démolir des quartiers dans les villes, notamment à Paris. Et que le mouvement ne gênerait personne s’il n’était pas accompagné de violences insupportables. Certes, ces exactions mettent en péril la stabilité du pays, mais alors, que les gilets jaunes le reconnaissent : ils espèrent se faire entendre en empoisonnant la vie de leurs compatriotes.

Le soutien aux gilets commence à faiblir, il diminuera encore à partir de dimanche, quand on comptera les vitrines brisées et les incendies de voitures. Il y a eu, en France, un élan de compassion pour des concitoyens mal payés, qui travaillent et sont fauchés le 15 du mois, mais méprisent les gestes sociaux faits par le gouvernement et veulent, encore et toujours, en découdre. Si le mouvement était purement social, il rejetterait les violences et, au lieu de manifester, il devrait nommer des vigiles pour empêcher la casse.

RICHARD LISCIA

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8 Responses to Police efficace

  1. Sphynge dit :

     » Ils espèrent se faire entendre en empoisonnant la vie de leurs compatriotes. » Il est vrai, hélas, que sans le bruit des casseurs, les gilets jaunes n’auraient probablement pas été entendus.

    Réponse
    Si c’est vrai, pourquoi en parler ?
    R.L.

    • Michel de Guibert dit :

      … pour qu’ils puissent être entendus peut-être ?

      Réponse
      Parce qu’ils ne le sont pas ? Ou bien faut-il que la collectivité nationale réponde à chaque cri par quelques millions d’euros de plus ? Non, la casse est bel et bien le moteur de la négociation sociale. Tout le monde le sait mais tout le monde feint de distinguer entre gilets jaunes et casseurs. C’est seulement quand l’opinion retournera majoritairement son jugement que les émeutes s’arrêteront.
      R.L.

  2. serpin dit :

    Je suis étonné que, parmi les commerces attaqués, aucun patron n’ai sorti sa carabine pour tirer sur un casseur. Toutes les conditions sont réunies pour déclencher un tel événement.

    Réponse
    En démocratie, on ne se fait pas justice soi-même.
    R.L.

  3. ostré dit :

    Il est en effet malheureux que pour se faire entendre il faille manifester en paralysant les activités, affronter la police (avec blessés) ouvrir la porte aux casseurs qui en profitent.
    Tout cela pour finalement quelques avancées et faire tout financer par les contribuables pas toujours aisés alors qu’il aurait été plus juste de rétablir l’ISF, d’annuler la flat tax et le CICE.
    Tout ces avantages qui favorisent les multinationales leurs actionnaires et l’évasion fiscale qui n’apportent rien aux plus pauvres et à la transition écologique majorent le déficit. Merci, le président des riches.

    Réponse
    Il suffit d’appliquer votre programme pour faire fuir tous les investisseurs, démoraliser les entreprises, faire baisser les créations d’emplois. C’est tellement facile de supprimer l’ISF, impôt qui n’a aucun équivalent au monde et d’annoner, comme tout le monde, que Macron est le président des riches, ce qui n’est pas vraiment une marque d’originalité. Pourquoi croyez-vous qu’une personne crée une entreprise ? Pour payer l’ISF ?
    R.L.

    • claude dit :

      Quelles créations d’emplois ? Trois millions de chômeurs. Sans compter d’autres pauvres qui ne peuvent finir leur mois et qui sont maintenant dans les rues.

      Réponse
      Donc, si je vous comprends bien, c’est Macron qui, en 18 mois, a privé la France de trois millions d’emplois. C’est pour cette raison que des gilets jaunes le menacent de destitution, ou mieux de mort. On ne combat pas le chômage en taxant les entreprises, et encore moins en distribuant l’argent de l’Etat, même si Macron est maintenant contraint de le faire. Quant aux gilets jaunes, ils sont en train de tuer l’économie française : demandez aux commerçants. Il faut être aveugle pour ne pas le comprendre. On combat le chômage en réformant les structures de production et en donnant le maximum de souplesse aux entreprises, ce que Macron est en train de faire.
      Vous n’êtes pas obligé de le croire, et moi je ne tiens pas à vous le répéter. En revanche, je vous suggère de lire, dans « le Point » de cette semaine, les entretiens avec le philosophe allemand Peter Sloterdjik et avec l’économiste Laurent Davezies. Eux qui, semble-t-il, sont plus crédibles que moi, exposent des idées identiques aux miennes. Je suis content d’être en leur compagnie. Cette lecture aurait à mes yeux un gros avantage : elle vous permettrait d’écrire à une autre publication et d’oublier la mienne.
      R.L.

  4. D.S. dit :

    Ces deux derniers avis sont de la pure mauvaise foi. Les gilet jaunes veulent prendre le pouvoir? Sont ils vraiment convaincus que leurs solutions amélioreraient leur sort ? On a beau me dire qu’il ne s’agit que d’une méthode pour en avoir le plus possible, on ne supporte plus ces discours stéréotypés qui passent en boucle à la télé. Mais un reportage récent sur un pays d’Afrique peu connu donne envie d’aller y porter un gilet jaune. Le Svaziland est rongé par la misère et le sida. Avez vous aperçu le luxe incroyable du palais de l’une des 14 épouses du roi de ce pays? Et dire que l’on reproche à Macron le service en porcelaine acheté récemment pour l’Elysée.

  5. François PICOT dit :

    Ce n’est pas Macron seul qui a créé cette situation, c’est Mitterrand + Chirac + Sarkozy + Hollande. Macron ne fait que poursuivre, même si on essaye de nous persuader du contraire, la même trajectoire : pression fiscale progressive et réglementations paralysantes; mais à présent ça déborde. Le mouvement des gilets jaunes va probablement s’arrêter mais la marmite recommencera à bouillir car les miettes de Macron ne seront pas suffisantes pour calmer le jeu et le fond des problèmes n’est pas abordé. Quant aux économistes distingués, il est intéressant de lire aussi Jacques Sapir ou Charles Gaves.

    Réponse
    Chacun a la droit de choisir les économistes qui lui semblent les plus pertinents.
    R.L.

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