La menace du référendum

Édouard Philippe
(Photo AFP)

Dans « les Échos » de ce matin, Édouard Philippe fait le point sur l’application des mesures sociales annoncées par Emmanuel Macron. Il confirme qu’elles coûteront 10 milliards, dont le gouvernement va chercher le financement sans trop augmenter le déficit budgétaire. Plus surprenant, il ne voit pas d’inconvénient à un référendum d’initiative citoyenne (RIC).

LE PREMIER MINISTRE  a délibérément pris un risque : un RIC aurait pour résultat, en l’état actuel de la popularité du président, d’interrompre son mandat et de changer les institutions. L’ambiance nationale est certes marquée par la nécessité de satisfaire les revendications des gilets jaunes, mais comme ils continuent à exprimer leur mécontentement après des décisions qui vont pourtant coûter dix milliards à la collectivité, faut-il tenir compte de leur aspiration à renverser le régime? Pour le moment, il existe une loi sarkozienne de 2008 qui prévoit un RIC si 185 élus, députés ou sénateurs, en font la demande et si 4,5 millions d’électeurs le réclament. Si l’on s’en tient à ces conditions, le référendum n’aura sans doute pas lieu. Mais, comme le souligne avec bonheur Jean-Luc Mélenchon, les gilets jaunes semblent avoir calqué leurs doléances sur son programme : ce qu’ils veulent, c’est un changement de régime, de République, l’abolition du scrutin majoritaire, la mise en place de la proportionnelle intégrale, moyen certain de mettre à la tête du pays le Rassemblement national ou, peut-être, la France insoumise.

La lettre de la Constitution.

On ne saurait être plus marcheur qu’Édouard Philippe et donc, si le gouvernement accepte le principe d’un référendum d’initiative citoyenne,  ses troupes, dont de gros effectifs n’ont cessé d’appeler à la prise en compte des réclamations des gilets, l’encourageront dans cette démarche. On ne voit pas, néanmoins, comment elle apporterait un surcroît de démocratie à la société française. Bien entendu, les promoteurs du RIC veulent déjà en modifier les conditions d’application. Ils peuvent peut-être trouver 185 élus, mais jamais on ne transformera les quelques milliers de gilets jaunes qui continuent de tenir des ronds-points en 4,5 millions de votants. Cinq cent mille devraient suffire, nous disent-ils, déjà prêts à dénoncer les manœuvres du gouvernement s’il s’en tient à la lettre de la Constitution. C’est pourtant ce qu’il doit faire. Il a lui-même proposé une révision de la Loi fondamentale, dont l’examen a été reporté pour cause de grave crise politique et sociale. Si cette révision est enfin discutée, nul doute que des partis tenteront de faciliter la tenue d’un référendum dans des conditions plus expéditives.

Le goût exquis de la révolution.

Au point où nous en sommes d’une crise qui a fait vaciller le régime, le RIC se présente comme un instrument pour évincer Emmanuel Macron du pouvoir et pour procéder à des élections anticipées. Toutes choses qui auront le goût exquis de la révolution, mais qui plongeront le pays dans un chaos économique et social. Déjà, les primes annoncées par le gouvernement seront, d’une manière ou d’une autre, un jour ou l’autre, payées par les contribuables. Or le Premier ministre, en les énumérant, en a prouvé la générosité : si chacun des deux membres d’un couple gagne le smic, les deux auront droit à la prime de cent euros. En fait, la prime sera applicable à tous les salaires jusqu’à 1 560 euros par mois. Une mère célibataire avec 2 000 euros la touchera. Un couple avec deux enfants qui gagnerait un smic et 1 750 euros sera éligible.

Le départ prématuré de Macron, même si on le déteste, se traduirait par une baisse de la croissance, une hausse du chômage et un gel des salaires, tout simplement parce que l’économie ne supporte pas l’instabilité politique. La décision de passer par un RIC pour mettre fin à la crise entre le pouvoir et une faible partie de l’opinion (les gilets jaunes sont une infime minorité, quoique soutenue par beaucoup de nos concitoyens) nous semble d’autant plus absurde qu’il y a , tout au long du mandat, plusieurs grands rendez-vous électoraux, tous  à la proportionnelle : les élections européennes en 2019, donc bientôt, les municipales en 2020 et les régionales en 2021, avant les élections générales de 2022 (scrutin uninominal majoritaire à deux tours).

Un chantage.

C’est pourquoi il faut observer le phénomène des gilets avec un minimum de raison : qu’une classe de travailleurs ait été oubliée par le gouvernement, c’est certain. Qu’après avoir hésité un peu trop longuement, celui-ci ait enfin réagi en distribuant de l’argent aux plus pauvres, c’est normal. Que, pour résoudre une crise dont les éléments fondateurs remontent au choc pétrolier de 1974 et à la crise mondiale de 2008, il faille renoncer aux réformes est d’autant plus absurde que le seul moyen de redonner des couleurs à l’économie française, c’est la « transformation » que Macron appelle de ses vœux. Au lieu d’une approche rationnelle du « mal français », nous sommes en train de tomber dans des excès capables d’affaiblir le pays et tout ce qu’il représente. Le pouvoir tente fébrilement d’engager un dialogue avec les « représentants » introuvables des gilets jaunes ; beaucoup, parmi eux, ont saccagé un nombre élevé de péages et de radars anti- excès de vitesse (dont la moitié serait actuellement démolie) ; d’autres se moquent de toucher cent euros de plus par mois, comme si la collectivité pouvait leur en donner mille.

Le fameux acte V des gilets a échoué pour une seule raison : les casseurs n’étaient pas au rendez-vous. Ce qui démontre que, sans violence, le mouvement serait infiniment moins efficace sur le plan politique. Bien entendu, le RN et LFI nous décrivent une crise sans retour dont l’unique aboutissement ne peut être que la disparition politique de Macron, mais aussi de la Ve. Mais qu’est-ce qui nous prend? Où allons-nous de ce pas ? Pourquoi devrions-nous sacrifier le redressement de la France à des revendications qui, jusqu’à preuve du contraire, sont fondées autant sur la haine qu’inspire Macron (à un certain nombre) que sur la justice sociale ? Les promesses du président doivent être tenues. L’ordre, républicain et juste, doit être rétabli. Le salut est dans l’effort, pas dans le chantage.

RICHARD LISCIA

 

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12 Responses to La menace du référendum

  1. Michel de Guibert dit :

    Sur le plan constitutionnel, le ver était dans le fruit depuis la suppression du septennat par Chirac, lourde erreur qui a complètement modifié le positionnement du président par rapport au Premier ministre.

    Réponse
    Tout à fait d’accord. Cependant, c’est Jospin qui a voulu raccourcir le mandat, et Chirac a cédé.
    R.L.

    • Michel de Guibert dit :

      Ah, j’ignorais ce point d’histoire imputant la responsabilité première à Jospin (même si la responsabilité de Chirac demeure pour une part).
      Merci pour cette précision.

      • JMB dit :

        Le quinquennat a été proposé par Jospin à Chirac, mais a fait l’objet d’un référendum le 24 septembre 2000, et a été voté par plus de 73 % des électeurs, qui en sont donc les responsables réels.
        C’est aussi Jospin qui a inversé le calendrier électoral et donc encore réduit le rôle de l’Assemblée déjà faible dans la constitution de la Vème République.
        Dans TOUS les autres pays d’Europe, le chef de l’État est soit un monarque soit un président élu (éventuellement au suffrage universel comme au Portugal), il assure essentiellement la continuité de l’État. Celui qui dirige le gouvernement est le chef de la majorité élue au scrutin législatif.
        Le constitutionnaliste Dominique Rousseau interrogé sur les problèmes du RIC a cité Cicéron: « Entre la multitude et le peuple, il y a le droit ».

  2. admin dit :

    LL (USA) dit :
    On semble en effet se diriger vers la fin de la Ve Republique – qui était une réponse à l’impuissance de la IVe, qu’on semble vouloir retrouver. Mais on semble seulement. Comme tu le sous-entends, le vrai projet c’est en fait d’abolir la République, un voeu aussi cher à Mélenchon qu’à Le Pen; et si tout ça n’a pas un parfum de Weimar … De loin j’assiste à tout ca avec une incrédulité totale. Je pensais que le Brexit avait marqué un nouveau record d’irrationalité. Mais il est battu à plate couture par le vote italien; et le sera bientôt en France si les électeurs ne se réveillent pas.

  3. chretien dit :

    Ils ne voulaient rien lâcher et maintenant ils cèdent tout ? Mélenchon et Le Pen n’en espéraient pas tant ! On peut réellement se poser des questions … sur leurs intelligences au moins sur leurs amateurismes? Ils ont paniqués ou quoi ?
    Quand je vous demandais de les conseiller ! Il faudrait leur envoyer le livre du Général Pierre de Villiers « Qu’est-ce qu’un chef ? »

    • D.S. dit :

      Ce général n’a pas supporté avoir un nouveau chef, pourtant parfaitement légitime. Voilà pourquoi il a mis en scène sa peu glorieuse démission.

      • Michel de Guibert dit :

        Non, le Général de Villiers a donné sa démission parce que les crédits affectés à l’armée avaient été diminués au risque de ne pouvoir remplir ses missions.
        L’avenir lui a donné raison puisque le pouvoir a rétabli de façon peu glorieuse ces crédits ensuite.
        Réponse
        Je me permets de rappeler la prédominance du politique sur le militaire en démocratie.
        R.L.

  4. chretien dit :

    Tout ce qu’on leur demande c’est de diriger la France avec du « BON SENS », ce qui leur manque le plus !

  5. JULIEN dit :

    Tout à fait d’accord avec R.L. Le RIC est dangereux pour notre République, en cette période de récriminations et de violence. Il serait préférable de débattre du passage éventuel à une VIème République dans le calme et la sérénité retrouvés plus tard.

  6. PICOT François dit :

    Le gouvernement fera tout pour qu’un RIC n’aiy pas lieu, et, s’il a lieu, il fera tout pour qu’il soit le plus insignifiant possible. Déjà, il vient d’éliminer l’immigration des discussions à venir alors que c’est un sujet capital pour les Français. Logique, après avoir signé dans notre dos le traité de Marrakech. Là il fallait un référendum : résultat connu d’avance donc nos « politiques » se sont bien gardés de le faire. Quant à une éventuelle VIe République si c’est pour revenir au panier de crabes des partis lors de la IVe, c’est inutile. Ce n’est pas la Ve République qui ne va pas ce sont les hommes de pouvoir qui ne sont pas à sa hauteur. N’est pas De Gaulle qui veut.

    Réponse
    Je vous confie la tâche de désigner un nouveau De Gaulle. En attendant, il est inutile de colporter des fake news sur le traité de Marrakech. C’est un cadre général et international relatif à l’immigration, ce n’est une contrainte pour aucun gouvernement.
    R.L.

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