Des cafouillages inévitables

Secoués par la crise
(Photo AFP)

Le Parlement a adopté définitivement le budget de 2019, même si une loi « d’urgence économique et sociale », ou loi « gilets jaunes » doit encore être adoptée avant la fin de la session parlementaire.

IL NE FAUT avoir aucune indulgence particulière pour le gouvernement d’Édouard Philippe. Il ne faut pas non plus l’accabler sous le prétexte qu’il a éprouvé de vives difficultés dans la gestion de la crise induite par les gilets jaunes. On nous répondra que l’acuité de la crise résulte du comportement personnel d’Emmanuel Macron. Mais il n’est pas qu’un président autoritaire qui envoie bouler les mécontents. Il est le président qui s’est attelé à des réformes indispensables. Qu’il ait rencontré des résistances est bien naturel et, en réalité, il a survécu, au moins pour le moment, à un cyclone qui menaçait de l’emporter, lui et ses réformes.  On aimerait savoir qui, dans les corps constitués, dans le peuple et dans le personnel politique, lui a apporté un peu d’aide pour tenir bon dans une crise de régime qui menaçait à la fois ses amis et ses ennemis. Personne. Le gouvernement ayant tardé à présenter ses nécessaires amendements au projet de budget, le Sénat, dominé par la droite classique, a d’abord rejeté le texte, pour se raviser ensuite quand enfin le pouvoir a fini d’élaborer les changements dictés par la crise.

Au bord de l’abîme.

Pourquoi ajouter à la colère populaire, celle, beaucoup moins spontanée, des sénateurs, sinon pour ne jamais rater la moindre occasion de mettre ce gouvernement en difficulté et continuer à en faire un épouvantail ? À quoi ceux qui sont censés surveiller les institutions comme le lait sur le feu jouent-ils, sinon à périr pourvu qu’ils abattent ce pouvoir honni ? Mais qu’ils le disent ! Qu’ils le reconnaissent ! Qu’ils admettent qu’ils pratiquent la politique du bord de l’abîme sans y croire le moins du monde car ils en seraient victimes eux aussi !  Voilà : à la crise des gilets jaunes s’est ajoutée celle des policiers que le gouvernement a réussi à régler en 48 heures, certes en acceptant de nouvelles dépenses et c’est à se demander où il va trouver les sommes pour augmenter les forces de l’ordre, leur payer leurs heures supplémentaires, tout en versant 10 milliards aux ménages les plus faibles financièrement.

La relation Macron-Philippe.

Partout dans la presse, surgissent des analyses qui veulent démontrer à tout prix que la feuille de papier à cigarette qui sépare le président du Premier ministre ne cesse de s’épaissir. Et alors ?  D’abord, Macron devait imposer ses décisions aux technocrates de Bercy, toujours attachés à la maîtrise des dépenses au point d’en oublier les considérations sociales et politiques ; ensuite, il est tout à fait vrai que, dans la hâte à prendre des mesures d’apaisement, Édouard Philippe et d’autres ministres ont été démentis par le chef de l’État. Je voudrais bien y voir ceux de l’opposition qui auraient à gérer cette crise.  Je ne crois pas du tout que les divergences Élysée-Matignon soient durables. Mais, que diable ! Ce ne serait pas la première fois qu’un président change de Premier ministre. Inutile d’en faire un pataquès.  Après quoi, il va falloir organiser cette vaste concertation où tous les citoyens lambda pourront s’exprimer. Pas facile de mettre sur pied un tel événement, mais tout de suite on s’inquiète des retards, des atermoiements et des obstacles. Il n’y a pas le feu, d’autant que la concertation va durer six mois. Un peu de patience.

Mais la patience a été remplacée par la hargne. La crise permet aux diverses oppositions de décrire le pouvoir comme une maison qui s’écroule, comme une chute prématurée, la déroute inéluctable d’un exécutif qui avait pour ambition de réformer le pays sans dommages. Le coût d’arrêt à la « transformation » est probable. Même si, plus tard, Macron s’attaque à la réforme des retraites, il s’y aventurera sur la pointe des pieds. Le déficit et la dette risquent de ne pas être réduits, d’autant que l’année 2019 sera économiquement difficile, avec la chute des marchés d’action déjà largement entamée et une croissance faible. Toutes choses qui ne sont pas vraiment du ressort du président. Dans ce cas, pourquoi s’en réjouir ?

RICHARD LISCIA

PS-Trêve des confiseurs. Je m’absente à partir de demain vendredi. Je vous retrouve le 3 janvier 2019. Je souhaite à tous les lecteurs d’excellentes fêtes de fin d’année.

 

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5 réponses à Des cafouillages inévitables

  1. Michel de Guibert dit :

    Il vaudrait mieux que le président préside et que le gouvernement gouverne, la confusion des rôles n’est pas opportune, conséquence directe de la suppression du septennat au profit du quinquennat et de l’alignement de l’Assemblée sur le président, ce dernier n’étant pas responsable devant le Parlement à la différence du chef du gouvernement.

  2. mathieu dit :

    En clair, ce président qui voulait en finir avec trente années de renoncement aux efforts indispensables, 30 années de reculades et de renvoi de la dette aux générations futures… fera comme tous ses prédécesseurs, laissera enfler le déficit, ne pourra tenir ses engagements budgétaires européens, cassera la tirelire et videra la cagnotte qu’il commençait juste à remettre à flot… Il est presque en train de renier sa propre et courageuse politique engagée depuis 18 mois, donnant raison au « plus-gueulant » et au moins-disant. Bref la bonne vieille gouvernance française depuis 40 ans, où l’on ne gère que son maintien au pouvoir et sa propre survie quand il y a le feu à la maison. Rien de nouveau sous le soleil.

  3. Doriel Pebin dit :

    Merci pour vos commentaires lucides où il y a toujours en arrière-plan, l’intérêt général, la défense de la démocratie et de l’humanisme. Dans la société « liquide » (Zygmunt Bauman) actuelle, nous sommes dans le court-termisme constant. Il est navrant qu’aucun parti politique « dit de gouvernement » ne rappelle que les 3 piliers fondamentaux de la démocratie sont les élections libres, l’état de droit et l’esprit de consensus. Il y a à peine 18 mois, Le Pen a été très nettement rejeté par le peuple et Mélenchon le serait tout autant (12 % de popularité actuellement!). Force est de constater que le mouvement « gilets jaunes » ne remplit aucune des 3 conditions d’une démocratie. Macron a été démocratiquement élu et il ne le sera pas dans 3 ans si la majorité de Français ne le souhaitent pas (où est la royauté ?). Manifester sans autorisation et en bloquant la voie publique est illégal. Une fois OK, mais tous les samedis avant tout pour obtenir la démission du président de la République, c’est dépasser toutes les bornes démocratiques. Le premier des référendums d’initiative populaire s’appelle le vote ! Tous ceux qui refusent de voter (de très nombreux gilets jaunes) n’ont qu’à prendre leurs responsabilités en créant un parti politique type Podemos ou 5 étoiles). Il est trop facile d’appeler au dégagisme (« macron démission » = remarquable programme électoral) sans savoir ce qui se passera ensuite, cela s’appelle de l’irresponsabilité et de l' »adulescence ». Quid de l’intérêt de la France et de nos enfants et petit-enfants ? Le spectacle du Brexit devrait pourtant inspirer le « vrai » peuple de France. Les Brexiteurs « en chef » ont menti et trompé le fameux peuple. Ils se « débinent » en termes de responsabilité avec des arrière-pensées purement politiciennes. Si un nouveau référendum avait lieu, il n’est pas du tout certain qu’il serait le même…. après 2 ans à peine. Est-ce sérieux ? Le populisme et le ressentiment n’ont jamais donné de bons résultats, bien au contraire. Dans l’avalanche de commentaires actuelle du niveau d’un match de foot (« le peuple » contre Macron), rares sont ceux qui remarquent que la France risque de passer de la 1ère à la 2e division !
    Pendant ce temps-là, la planète se réchauffe, la pauvreté dans les pays subsaharienss s’aggrave. Les « remarquables démocrates » que sont Poutine, Erdogan, Trump rigolent de l’affaiblissement de la France et de l’Europe sous l’œil bienveillant de la Chine, autre « remarquable » démocratie.

  4. BIFFOT Jean Rémy dit :

    A vouloir favoriser le « tout État »et détruire tous les espaces de « liberté individuelle », on finit par étouffer la France. Le tout État coûte cher. Et ce n’est pas ainsi que l’on réduira le déficit national et les problématiques individuelles.

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