Macron entre en résistance

Macron le 31 décembre
(Photo AFP)

Aux termes de « panique », « catastrophique », Titanic », Emmanuel Macron a répondu, le 31 décembre, à l’occasion de ses vœux à la Nation, par une prétendue convergence entre l’insurrection des gilets jaunes et son programme de réformes.

MAIS OUI, c’était un bon discours, un texte approprié, qui venait de loin et ne risquait pas d’entrer dans le maquis fiscal ou le pourcentage de la dépense publique. On ne va pas dans les détails quand on prononce un discours annuel. Permettez-moi d’y déceler une indispensable condamnation des émeutes, de la casse, des incendies de voitures et de pneus, avec leur cortège de morts et de blessés, une dénonciation de la haine massive et épaisse de certains gilets contre les médias, contre les étrangers, les juifs et les homosexuels. C’est aussi le rôle d’un chef d’Etat de constater une dérive grave, une intolérance qui n’est pas seulement le fait des spécialistes de la révolte, mais des éléments provenant de deux mouvements autoritaires, l’extrême droite et l’extrême gauche, vêtus des respectables habits fournis par la colère, mais applaudissant aux atteintes qu’elles subissent.

Les gilets ne sont pas apolitiques.

Cette hypocrisie des extrêmes, à laquelle s’ajoute celle, plus discrète, de la droite, montre chaque jour que, si le paquebot macronien chavire, personne, parmi ceux qui se chargent de le couler, n’en profite. On publie constamment des sondages relatifs à l’impopularité du président, on ne rappelle pas souvent qu’il n’y a strictement personne pour le remplacer.  Les gilets jaunes devraient créer une liste pour les élections européennes ? Ils assureraient ainsi le triomphe de la République en marche en affaiblissant Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Cette issue probable trahirait leur origine. Ils ne sont pas apolitiques, ils ne se prétendent affranchis des partis que pour cacher leurs divisions. Ils ont repris à leur compte les vieux slogans des extrêmes sur l’ISF, sur le changement de République, sur l’irresponsable demande d’accroissement de la dépense publique.  Pour un citoyen qui revient d’un séjour à l’étranger, l’atmosphère nationale semble doublement figée, sous un ciel de plomb immuable et dans la continuité de gilets jaunes et de l’affaire Benalla. Un pays se complaît dans une crise interminable et un procès, fallacieux pour sa meilleure part.

Un mouvement à la fois faible et populaire.

Que le président de la République trouve dans le dynamisme des gilets jaunes la force à canaliser vers les réformes est un formidable paradoxe. Ce que les « révolutionnaires » craignent le plus, c’est le changement instauré par Emmanuel Macron. Ils veulent remplacer l’économie de marché par un système automatique de redistribution des revenus en leur faveur. Le pouvoir leur offre dix milliards, ils s’en moquent. Ils se croient capables de gouverner eux-mêmes et sont encore convaincus qu’il suffit d’aller prendre les sous dans la poche des riches. Conception rétrograde, infantile et suicidaire de l’économie. Le soutien que la moitié des sondés apportent aux gilets n’est pas le moindre paradoxe de cette marche vers le désastre. Plus le mouvement s’affaiblit, plus il est populaire, plus il devient insupportable car il faut peu de personnes pour bloquer un dépôt ou occuper un rond-point.

Non, M. Macron n’a plus les moyens de poursuivre ses réformes, surtout celles de retraites et de la fonction publique. Au point où nous en sommes de cette crise irrationnelle, il faudrait un miracle pour qu’il continue à transformer le pays sur la base de son impopularité actuelle. La question d’un changement de méthode ne se pose même pas : il est indispensable. Il faut que l’exécutif noue avec les syndicats des liens assez solides pour commencer un dialogue et que tous se résignent à faire non pas l’idéal mais le possible. Ce que Macron ne trouvera pas dans des oppositions acharnées à le détruire en montant en épingle l’affaire Benalla et surtout en s’appuyant sur un mouvement incompatible avec le credo de LR et de l’UDI, il peut l’obtenir des syndicats, notamment la CFDT, qui ne demande qu’à coopérer avec le gouvernement pour réformer le pays. Jupiter, c’est fini. Macron ne sera sauvé que s’il choisit l’humilité et la modestie. Et s’il se souvient qu’il reste la dernière chance du pays avant une victoire du dégagisme.

RICHARD LISCIA

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13 réponses à Macron entre en résistance

  1. Sphynge dit :

    En s’adaptant astucieusement à la situation, il continuera à gouverner mais à la manière des Mitterrand, Chirac, Sarkozy ou Hollande. D’ailleurs, en fin de compte, jusqu’ici il n’aura pas fait mieux qu’eux. Ce qui a conduit à la situation actuelle. La France (et pas seulement elle), à besoin aujourd’hui d’un changement beaucoup plus profond que des réformes économiques. Tant que personne n’entraînera l’adhésion massive nécessaire, on peut penser que rien ne changera. Sinon en se dégradant. Et ce n’est pas en proposant une grande concertation, et en en retirant le sujet essentiel (l’immigration, ce qui est peut-être regrettable mais c’est ainsi), que l’on fera progresser quoi que ce soit. Nous sommes tentés de partager votre pessimisme !

    Réponse
    Ce n’est pas du tout le même pessimisme. Je crois profondément à la réforme, pas vous. La France a peut-être besoin de quelque chose de plus profond qu’une réforme économique, mais commençons par l’essentiel : la relance de l’emploi, l’amélioration de la productivité, l’investissement, seul moyen de développer les entreprises et de réduire le chômage.
    R.L.

    • Sphynge dit :

      Oui, tout à fait, mais cela peut-il se faire sans un changement plus profond : comme les tentatives mineures de ses prédécesseurs (hormis De Gaulle),l’expérience de Macron semble indiquer que non. L’essentiel est donc peut-être ailleurs.

      • admin dit :

        L’expérience de Macron est la plus importante depuis De Gaulle. Je ne vous oblige pas à le croire, mais il faut être sourd et aveugle pour ignorer les réformes qu’il a lancées et qu’il poursuivra si ses adversaires ne parviennent pas à les empêcher.
        R.L.

  2. D.S. dit :

    Et si les anti-gilets jaunes se faisaient entendre un peu plus? On a l’impression que s’opposer à certaines idées fumeuses, défendues sur les rond-points, n’est pas politiquement correct. On se demande bien pourquoi? La liberté d’expression doit jouer dans les deux sens. Une manifestation pro-Macron a été évoquée pour le 27 janvier prochain à Paris. L’ennui, c’est qu’une autre manifestation (sur le climat) est aussi annoncée, au même endroit et à la même heure. Ne mélangeons pas les messages. Les choses sont déjà assez compliquées comme cela.

  3. phban dit :

    Ne désespérons pas, les personnes raisonnables savent que seul Macron ouvre des perspectives sérieuses, elles finiront bien par se manifester et renverser le cours de l’opinion. Souvenons-nous de l’après-68, De Gaulle avait largement gagné les élections et repris le contrôle du pays.

    • Sphynge dit :

      Oui, mais c’était le début de la fin.

    • Michel de Guibert dit :

      Il ne faudrait pas méconnaître le rôle essentiel de Georges Pompidou dans la gestion de la crise de mai 1968.

      • mathieu dit :

        Toute l’expérience, l’intelligence de la négociation, le savoir et la détermination de Pompidou ne sont, hélas, jamais parvenus à infléchir la colère devenue irrationnelle du « peuple de France » en mai 68. Ce n’est que le coup de poker de De Gaulle avec la dissolution de l’Assemblée, son discours radio de 4 minutes, et le défilé du 1er juin aux Champs Elysées, qui ont, en 24h, remis la France au travail…lui faisant bénéficier dans un deuxième temps des accords de Grenelle – jamais d’ailleurs! – signés par… Pompidou!

  4. Michel de Guibert dit :

    Le départ de l’excellent Sylvain Fort est une mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron.

  5. Doumé dit :

    Macron donne dans l’amateurisme le plus invraisemblable (cf la nouvelle mise en garde à vue de Drouet). Sa garde rapprochée ( eux qui ne sont pas encore partis) ressemble de plus en plus à une cinquième compagnie de pieds nickelés ; certes qui mettre à sa place? Cela dit pour paraphraser De Gaulle , il ne suffit pas de s’agiter sur sa chaise en criant : « Réforme, réforme », pour que la France d’en bas et des gilets jaunes se retrouve acteur réel de la modernisation du pays. Écouter, comprendre et aimer les Français , ce sera toujours mieux que l’arrogance et le mépris ; sinon cela risque de très mal finir pour Macron, mais surtout pour la France.

    Réponse
    Moi, je trouve de l’arrogance et du mépris dans la casse, la violence et la nature des exigences, comme la destitution du chef de l’Etat. Le coup du mépris ? Trouvez un meilleur argument. Drouet ? La loi est appliquée. Si vous trouvez le régime répressif, essayez la Corée du Nord. La boursouflure n’est pas le bon moyen pour se faire entendre.
    R.L.

    • Bulté dit :

      On peut prendre aussi comme exemple le Danemark où la pression fiscale est identique à celle de la France. Mais en retour, les gens sont heureux et ne descendent pas dans la rue. Pourquoi? Parce que l’argent collecté est équitablement redistribué, et les services publiques gratuits ou bien organisés. Il faut cesser de croire que nous avons un système social qui nous protège et que le monde entier nous envie. J’en veux pour exemple nos hôpitaux et il faut être sourds ou aveugles pour méconnaître nos carences. On peut lancer des réformes, si elles appauvrissent le peuple alors que nous avons le plus grand nombre de milliardaires en Europe, le chaos nous guette.

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