L’ombre de la guillotine

Éric Drouet
(Photo AFP)

C’est à dessein que j’utilise ce titre provocateur, mais de deux choses l’une : ou bien on prend Jean-Luc Mélenchon au sérieux ou bien on ignore ses déclarations. Je me situe dans le premier groupe.

LE CHEF de la France insoumise vient d’exprimer sa « fascination » pour Éric Drouet, lequel est un gilet jaune dont les méthodes, notamment la manipulation de l’information, relèvent de celles de l’extrême droite la plus violente. M. Drouet a déjà eu l’occasion de dire que des manifestants à la porte de l’Élysée doivent y entrer. Pour ces propos, il a eu le privilège d’être auditionné par la police. Le 22 décembre, il se promenait avec un bâton et a donc été interpellé de nouveau. Hier, il tentait de manifester sans gilet jaune avec quelques amis, ils ont été conduits au poste  et M. Drouet se trouvait, ce matin encore, en garde à vue. Quel rapport y -t-il entre la France insoumise et Éric Drouet? Aucun, puisque M. Drouet, de toute évidence, appartient corps et âme à l’extrême droite. De sorte que l’on peut comprendre la « fascination » de M. Mélenchon comme le ratissage le plus large qui ait été mis au point depuis que la politique a été inventée.

Délire amoureux.

Il n’y a pas de quoi être surpris. Habité par l’esprit de revanche, M. Mélenchon cherche une majorité capable de se débarrasser du président Macron et d’instaurer la VIe République. Le délire amoureux que Drouet lui inspire n’est pas autre chose que la traduction dans les mots d’une stratégie susceptible de conduire le pays aux changements qu’il appelle de ses vœux. On accueillait naguère avec scepticisme l’idée d’un rapprochement entre le Rassemblement national et la France insoumise qui, effectivement, pourrait produire, à la manière italienne, un gouvernement à la fois populiste et largement majoritaire.  M. Mélenchon est en train de faire sauter les verrous idéologiques qui s’opposent à toute contamination d’un parti extrémiste par celui qui se situe de l’autre côté du spectre politique. C’est tellement vrai que le RN et LFI  ont réservé à la garde à vue de Drouet les commentaires les plus hargneux, y voyant une atteinte à la liberté d’expression. Comme d’habitude, ce sont les partis les moins soucieux d’altruisme et du droit qui, au nom des institutions dont ils souhaitent la disparition, brandissent le drapeau des libertés. Mais M. Drouet n’est pas un martyr, c’est un élément subversif qui, sans l’action des forces de l’ordre, irait au bout de son aventure et n’hésiterait pas à conquérir le pouvoir par la violence.

On ne sait pas encore qui, de Mélenchon ou de Marine Le Pen, est le chat ou la souris. Mais le chef de LFI n’y va pas par quatre chemins. Sa culture étant insondable, il compare Éric Drouet à l’un de ses homonymes, Jean-Baptiste Drouet, collaborateur de Robespierre qui contribua à l’arrestation de Louis XVI. On sait comment l’histoire s’est terminée. Inutile de s’indigner  : la violence est partie intégrante de l’extrémisme et la haine dont Macron fait l’objet obnubile la conscience de nombre de gilets jaunes dont les revendications « insatisfaites » conduisent forcément au départ du président.

Une alliance des extrêmes ?

Dans ces conditions, il est tout à fait logique que M. Drouet ait maille à partir avec la police. Il a déjà fait assez de mal. Tant qu’il ne s’identifie pas à son illustre et homonyme prédécesseur, il ne court aucun risque. En revanche, M. Mélenchon a réussi à rendre plausible une alliance entre son parti et le RN, et tente de bâtir, grâce au mélange des contraires, une majorité. S’il est vrai qu’Emmanuel Macron a déjà tiré avantage du « dégagisme », en créant ex nihilo un courant majoritaire, l’émergence d’un mouvement deux fois sectaire pourrait bien donner un prolongement à cette colère publique que l’actuel président n’a pas su apaiser. C’est le danger le plus immédiat, étant entendu que le centre, la droite classique et la gauche sont incapables, en l’état, de nous en protéger. Emmanuel Macron, sur qui pleuvent tous les coups, à la grande joie des médias, reste néanmoins l’unique rempart existant en France contre l’excès, la démesure, la déconfiture et l’affaiblissement national.

RICHARD LISCIA

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12 réponses à L’ombre de la guillotine

  1. Michel de Guibert dit :

    Rien de nouveau : Jean-Luc Mélenchon n’a jamais caché son admiration pour Robespierre.

  2. Picot François dit :

    Ne prenez pas M. Mélenchon au sérieux : il insulte M. Macron à Marseille et en le croisant un peu plus tard dans une rue (comme c’est bizarre) se fait tout doux, tout sucre et tout miel. C’est clair : malgré les apparences ils sont de la même caste politicienne, et donc ils se respectent.

    Réponse
    Vous-même le prendrez au sérieux quand il sera au pouvoir.
    R.L.

    • Alan dit :

      Oh non, M. Liscia, pas ça, j’espère !
      Et je ne suis pas du tout d’accord avec M. Picot, Mélenchon et Macron ne sont pas de la même caste, Macron est un démocrate, ce que n’est pas Mélenchon.

  3. Sphynge dit :

    La droite française qui s’allierait avec un Mélenchon, internationaliste, immigrationniste et islamophile, montrerait, une fois de plus, qu’elle est la droite la plus bête du monde ! La Ligue du Nord l’a fait en Italie, mais le mouvement Cinq Étoiles n’a quand même pas le gauchisme ultra-structuré de Mélenchon !

  4. Bulté dit :

    Les agissements de M. Drouet et les réflexions de M. Mélenchon sont des anecdotes. En parler leur donne une importance inutile.

    Réponse

    Ce qui rend votre commentaire encore plus inutile.
    R.L.

    • martin dit :

      Ne doit-on se manifester que pour être de votre avis? Je vous ai connu plus modeste et meilleur débatteur.

      Réponse
      Je suis désolé d’être inférieur à vos attentes, mais les attaques ad hominem ne grandissent pas ceux qui s’y livrent.
      R.L.

  5. mathieu dit :

    « …à la grande joie des médias »… On ne dira jamais assez, en effet, le rôle délicieusement et dangereusement pervers d’une bonne partie des médias, parmi les plus visibles et audibles, qui, au prétexte de faire de l’audience, du « buzz », font monter la mayonnaise, soufflent sur la moindre braise, focalisent sur le moindre élément pouvant déstabiliser le pouvoir: se jetant goulument – c’était inespéré! – sur un nouvel épisode Benalla arrivant à point nommé, alors que l’on croyait le torchon suffisamment et complaisamment essoré tout l’été dernier!
    N’oublions pas ces pauvres petits lycéens à genoux les mains sur la tête sous le fusil de leurs bourreaux prêts à rejouer Drancy!! N’oublions pas la célébration tous les soirs de mai, jusqu’à l’indigestion, du cinquantenaire de mai 68, avec la lancinante question: « Peut-on rejouer la pièce cet été », grâce à la « convergence des luttes »?.. Alors que dans le même temps, les 60 ans de notre Vème République sont passés inaperçus dans les médias!
    Décidément, le « 4ème pouvoir » semble bien l’allié inespéré, le ciment qui pourrait innocemment réunir et agréger ces deux pôles opposés, extrêmes et extrémistes dont vous parlez!

  6. BASPEYRE dit :

    La guillotine prônée par un mec de gauche! Le délire!

    Réponse
    Elle n’a pas été inventée par la droite.
    R.L.

    • JMB dit :

      Sous l’Ancien Régime, la peine de mort est un châtiment communément admis mais elle est appliquée de façon différente: tête tranchée pour les nobles, pendaison pour les roturiers qui pouvaient être soumis au bucher, à la roue, à l’écartèlement. Ainsi, trente ans avant la Révolution, Damien, qui avait blessé Louis XV, eut la main droite brûlée, fut tenaillé, eut du plomb fondu dans ses plaies, fut écartelée, mit une heure pour mourir. L’examen du système pénal est une priorité de l’Assemblée constituante. Guillotin dépose en janvier 1790 une proposition pour une méthode identique pour tous, éliminant celles qui sont infamantes.
      En 1791, Michel Lepeltier de Saint-Fargeau, qui cent ans avant Jules Ferry souhaitait une école gratuite, laïque et obligatoire, présente un projet de Code pénal d’où la peine de mort est exclue. L’aile droite de l’Assemblée, dont l’abbé Maury est un membre actif, refuse cette suppression. Finalement, le nouveau Code pénal n’exclut pas la peine de mort mais aucune torture préalable ne sera infligée au condamné.
      (La distinction entre droite et gauche remonte aux premiers temps de la Constituante lors de la discussion sur le veto à accorder au Roi: pour ce qui deviendra la droite il devait être absolu et seulement suspensif pour ce qui deviendra la gauche.)

  7. chretien dit :

    Intéressant, votre article, mais c’est donner trop d’importance à Melenchon alors que Marine le Pen engrange astucieusement de nouvelles adhésions chaque jour.
    Le risque est effectivement une situation à l’italienne car au final le RN est toujours écarté .
    Au plaisir de vous lire tout le long de cette année.

    Réponse
    Mélenchon n’est important que parce qu’il se rapproche un peu plus chaque jour du RN.
    R.L.

  8. admin dit :

    LL (USA) dit :
    Au moins Mélenchon affiche la couleur. C’est toujours bon d’avoir un peu de clarté .

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