Les sources du populisme

Le pape serait-il faillible?
(Photo AFP)

L’actualité reste animée, mais à la faveur d’épisodes qui ne laisseront pas nécessairement une trace profonde dans la mémoire historique. Je vous invite donc à une pause favorable à la réflexion, au sujet d’un thème, le populisme, qui embrase notre société aujourd’hui, mais a toujours existé.

EN FAIT, je souhaite attirer l’attention du lecteur sur un ouvrage qui vient d’être publié et qui a été rédigé par mon ami et collègue Christian Delahaye.  Faut-il le présenter à ceux qui lisent « le Quotidien » dans ses deux versions, papier et Internet, où il publie des reportages, dossiers et portraits formant un modèle pour le style, l’information et le sens de la nuance ? Cet excellent journaliste est doublé d’un théologien, imbattable sur le plan académique, mais qui jette sur le catholicisme institutionnel le regard d’un homme libre, dont le raisonnement ne saurait être contraint par les codes établis. Avec cette liberté,  ses vastes connaissances, son savoir, il a forgé un livre, intitulé « l’Alliance contre nature. Quand les religions nourrissent le populisme » (1) dont je ne saurais trop recommander la lecture car rarement un  écrivain aura autant puisé dans le passé pour expliquer le présent. On serait tenté de dire, après ce livre, qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, si Delahaye ne montrait comment, au-delà de la tentation populiste qui a pu marquer la chrétienté dès que Jésus a commencé à bousculer les institutions en place à Jérusalem, le Christ a livré au monde un message d’amour universel.

L’humanisme, remède au populisme.

Un gilet jaune a dit hier que « la colère allait se transformer en haine ». Qu’il me permette une correction : la haine a précédé la colère et elle a un objectif politique, désigner un groupe d’humains, les élus, les gens de pouvoir, les riches et les moins riches, pour exiger qu’ils se démettent de leurs fonctions. L’inspiration des gilets se situe donc aux antipodes du christianisme. Pis, ils se réfèrent parfois à leur religion pour condamner toutes sortes de personnes qu’ils considèrent comme une menace à leur confort et même à leur propre existence. Christian Delahaye révèle des paroles du pape François qui voit dans l’immigration massive les prémices d’une Troisième guerre mondiale, ce qui ne fait pas de lui le politologue le plus serein et le moins engagé. L’auteur cite Joseph Moingt dans un essai datant de 2007 : « À se retrancher sur ses contrôles identitaires, l’Église catholique risque une dérive sectaire qui ferait fuir à nouveau ses fidèles épris de liberté évangélique. L’Église a reçu mission à cette fin d’annoncer l’Évangile à toute créature, à la création toute entière (…) non vers elle-même mais vers l’humanité de l’homme ».

Tout l’objet de l’ouvrage est donc de condamner la tentation populiste au sein de l’Église et celui qui s’y oppose est un homme de foi. Siècle par siècle, Christian Delahaye débusque le populisme depuis la nuit des temps, dans l’ancien testament, dans le nouveau, dans quelques rares comportements de Jésus, jusqu’à nos jours. Il tire de ses lectures-marathon la conviction, étayée par de nombreuses citations, que le populisme représente un danger pour le christianisme et que l’Église, loin de céder à ses sirènes, devrait s’engager pour l’éliminer de ses enseignements et de ses orientations. De la part de l’auteur, c’est un acte de foi, un engagement, et même une promesse que  les catholiques sincères devraient tous soutenir. J’insiste sur la qualité de ce livre passionnant qu’on lit d’une traite et qui apporte à ses lecteurs une foule de récits, d’anecdotes, de citations inconnues. Le théologien a choisi sa cause et la défend avec une belle ardeur. Enfin, ce qu’il a à dire ne concerne pas que les chrétiens. Il s’adresse à toutes les religions, à toutes les ethnies, à toutes les différences, à toutes les diversités pour qu’elles remplacent par l’amour du prochain la forteresse de leur spécifité.

RICHARD LISCIA

 

(1) Empreinte. Temps présent, 18 euros

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5 Responses to Les sources du populisme

  1. Michel de Guibert dit :

    N’ayant pas lu le livre et votre article poussant à le lire mais ne donnant guère d’illustrations ou d’exemples au propos de l’auteur sur la tentation populiste de l’Eglise, je demeure perplexe sur la thèse de l’auteur.
    Pour ce qui concerne l’Eglise catholique, que je connais mieux que les autres, il me semble qu’elle a plutôt été un rempart contre le populisme et qu’elle en est même aux antipodes en prônant l’attention aux petits et l’accueil des étrangers.
    En dehors des relents de populisme dans les replis identitaires d’une fraction intégriste, je vois surtout l’influence de certaines Eglises évangéliques dans la montée du populisme, comme on l’a vu avec Trump et Bolsonaro.

    Réponse
    Les exemples abondent dans le livre, mais ce n’est pas le rôle d’un critique de refaire le récit. A la fin de l’ouvrage, l’auteur s’intéresse à la tour de Babel et estime que si la multiplicité des langages a été décidée par Dieu, c’est bien parce que Dieu est attaché à la diversité du monde. Delahaye, dans ce livre, ne s’en prend à personne. Il pense qu’au delà des contorsions de l’histoire le message chrétien est celui de l’amour et de l’universalisme, tout ce que ne sont pas les populistes, les nationalistes … et les pouvoirs arbitraires.
    R.L.

    • Michel de Guibert dit :

      Cette interprétation du récit de la tour de Babel comme une invitation à l’altérité, interprétation qui était aussi celle de Lévinas, me convient bien, même si elle n’est pas exclusive d’autres interprétations comme celle du désir de toute-puissance de l’homme.

  2. admin dit :

    LL (USA) dit :

    Populisme: un terme récent en politique, deuxième moitié du XIXe siècle. Il est rapidement devenu péjoratif (mais ne l’était pas au départ), synonyme de démagogie, et désigne le fait de s’adresser systématiquement aux pulsions et aux peurs plutôt qu’à la raison. Nul gouvernment n’est exempt : gouverner par sondages, c’est être populiste. Mais la vraie virulence du populisme vient de son cynisme : le désir de manipuler l’opinion plutôt que de l’éclairer. Test simple pour mesurer la sincérité des politiciens : cherchent-ils à éclairer ou à manipuler ? Que l’Eglise fut populiste ne surprendra personne : les religions ne s’adressent pas à la raison. Cherchait-elle a manipuler ou à eclairer les chrétiens? Delahaye répond clairement à la question. Le bilan politique du catholicisme n’est pas celui de l’amour. Jésus en aurait des cauchemars.

    • Michel de Guibert dit :

      « Les religions ne s’adressent pas à la raison »… St Thomas d’Aquin doit se retourner dans sa tombe ! « L’Eglise cherchant à manipuler les chrétiens », quelle caricature ridicule digne des tweets de Trump, M. LL (USA) !
      Si Delahaye dit vraiment cela (?), vous me dissuadez définitivement de lire le livre que Richard Liscia nous recommandait de lire.

  3. mathieu dit :

    S’il y a loin de la coupe aux lèvres, loin des – bonnes – intentions à l’action concrète (l’Eglise catholique a connu 20 siècles de dévoiements et de renoncements divers, de contaminations de son Ordre divin par la fragilité de ses messagers humains), le message originel est, sans ambiguïté, un combat constant contre le « populisme » et une permanente agression au confort moral de la masse. L’évangile accueille l’étranger, donne plus de poids au pécheur va-nu-pieds publicain qu’au docte pharisien, sauve la prostituée de la lapidation POPULAIRE, fait fête au fils prodigue bambocheur plus qu’à son frère travailleur, donne autant à l’ouvrier de la dernière heure qu’au « CDI » au boulot depuis le matin… Tout est là pour heurter les aspirations naturelles et les assurances du « petit peuple » depuis 2 000 ans!

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