Drôles de « rapatriés »

Christophe Castaner
(Photo AFP)

Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, a confirmé hier à l’Assemblée nationale, que la France envisageait de « rapatrier » les quelque 130 djihadistes, hommes, femmes et enfants qui sont détenus par les Kurdes au nord de la Syrie.

JUSQU’A présent, la doctrine était simple : les citoyens français qui ont rejoint des mouvements terroristes ne sont plus considérés comme des Français et leur sort doit nous être indifférent. Ce qui a modifié la donne, c’est l’intention de Donald Trump d’évacuer les 2 000 militaires américains qui soutiennent le combat des Kurdes en Syrie. Du coup, ces Kurdes ne veulent plus détenir des djihadistes qui les encombrent et souhaitent les restituer à la France. C’est un dilemme insoluble, car la défaillance américaine porte un coup sévère à l’action des Kurdes qui sont nos alliés et ont aidé les forces occidentales en Irak et en Syrie. Sans eux, il est probable que les victoires contre Daech auraient été impossibles ou en tout cas auraient pris un temps beaucoup plus long, avec des pertes plus sévères.

Ce sont des traîtres.

La France a donc une dette morale à l’égard des Kurdes et il est juste qu’elle veuille s’en acquitter. Elle a toujours accepté de récupérer les enfants de terroristes pour des raisons humanitaires évidentes. Elle ne veut pas des adultes qui ont pris leur terrible responsabilité, se sont battus contre notre pays et sont des traîtres, dont la démarche a été aggravée par de nombreux cas de cruauté gratuite, d’exécutions expéditives, de décapitations et d’assassinats pour l’exemple. L’idée de leur appliquer le droit français alors qu’ils se sont comportés en sauvages donne la nausée à n’importe qui, y compris dans le cadre d’une  justice qui a éliminé la peine de mort.

Pourtant, ne pas contrôler la vie de ces assassins revient à leur rendre leur dangerosité. S’ils recouvrent la liberté, ils iront rejoindre Daech. Si nous les gardons en détention, ils resteront neutralisés, étant entendu que les peines de prison ne sont pas éternelles et qu’il n’est pas impossible qu’un jour ils se retrouvent libres en France et capables de se livrer de nouveau au terrorisme. La solution facile n’existe pas : les « exterminer », comme certains le suggèrent, en s’appuyant sur les assassinats ciblés auxquels notre armée procède parfois sous le contrôle du gouvernement, est inenvisageable : il existe une marge entre un assassinat ciblé et une campagne d’élimination massive. Créer, dans un un confetti éloigné de la République, une prison pour les y enfermer, comme le suggère Nicolas Dupont-Aignan, est absurde : on a vu ce qui s’est passé avec Guantanamo. Leur rendre la nationalité française pour les faire passer en justice, c’est leur accorder tous les droits qu’ils ont délibérément perdus et risquer de leur infliger des peines légères ou nulles qui les exonèreraient de leurs crimes tout en les aidant à reprendre leur tâche sinistre là où l’ont laissée.

Ils se situent au-delà du droit français.

Le renvoi devant une cour nationale ferait bon marché de la souffrance des victimes. Ce sont les mêmes qui, non contents d’attaquer des innocents en Syrie et en Irak, ont fomenté des complots pour assassiner en France, en Belgique et dans divers coins d’Europe, des civils sans défense. Quelles que soient leurs motivations idéologiques, ils n’ont jamais su mettre un frein à leur passion meurtrière. Ils ne se sont jamais dit que le jeu n’en valait pas la chandelle et que la culpabilité théorique dont ils chargeaient leurs victimes était un mythe monstrueux. En passant à l’acte, ils ont scellé leur propre destin. Les larmes d’une Française qui réclame son retour en France ne sauraient nous émouvoir au même titre que les souffrances de ceux qui sont morts, ont perdu l’un des leurs, sont restés handicapés ou mutilés. Le terrorisme, c’est aussi la rupture de tout lien avec le droit. Si nous ne voulons pas les juger, c’est parce que nous ne disposons pas dans notre code pénal des instruments susceptibles d’apporter une réponse à leur cas.

Alors, que faire ? La France ne peut pas demander aux Kurdes de les exécuter. Ce serait renoncer à un humanisme qu’ils ont acquis eux-mêmes dans des conditions d’extrême violence et malgré la férocité qu’ils ont subie. Ils n’obéiraient sans doute pas et, logiquement, nous demanderaient de faire le sale travail. Nous ne rétablirons pas non plus la peine de mort parce que ce ne sont pas les terroristes qui peuvent nous dicter notre posture morale. Nous devons documenter chaque cas pour que le tribunal puisse juger en connaissance de cause et les condamner séparément à des peines sévères, et justes. Mais, politiquement, l’affaire va soulever chez les victimes et leurs familles, un vif ressentiment. Le pouvoir doit réfléchir davantage à une solution moins troublante.

RICHARD LISCIA

 

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4 réponses à Drôles de « rapatriés »

  1. Michel de Guibert dit :

    Les intellectuels et les hommes politiques qui ont longtemps soutenu et protégé Cesare Battisti sont mal placés pour juger aujourd’hui les terroristes djihadistes.

  2. Sphynge dit :

    Les épigones du criminel de guerre ne pourraient-ils pas relever de la procédure qu’avait utilisée Israël à l’encontre d’Eichmann, jugé et exécuté après rétablissement temporaire de la peine de mort ? Les juristes et les constitutionnalistes trouveraient certainement le moyen d’y parvenir.

  3. BASPEYRE dit :

    Avec tout le retard pour l’encaissement des différentes allocations,il pourront s’acheter une Mercedes chacun au retour vers la chère patrie.

  4. PICOT François dit :

    Autrefois, c’était douze balles dans la peau. Ils ne sont plus français par leurs actes, donc il n’y a aucune raison qu’ils reviennent en France. Notre gouvernement devrait tout faire pour qu’ils ne reviennent jamais, mais hélas ! Quant à dire qu’on les contrôlera mieux si on les a « sous la main » c’est une aimable plaisanterie. Ils se sont battus contre la Syrie? Peut-être pourrait-elle leur procurer gite et couvert ? Mais en prison, et là c’est autre chose qu’une prison française.

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